‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 108 sur 215 · PROJET D'AMBASSADE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PROJET D'AMBASSADE FRANÇAISE

croire ce qui en est), mais le soin et sollicitude que j'ai eus de moyenner et faciliter par tous bons et fraternels offices votre délivrance et liberté. Je désire aussi singulièrement voir mon neveu , le roi d'Ecosse, votre fils , régner heureusement et paisiblement (comme je sais que vous êtes mue de semblable affection) et qu'il soit respecté, servi et obéi des seigneurs et sujets de votre royaume, comme ils y sont naturellement obligés et tenus. Pour ces considérations , j'ai donné charge au sieur de Mauvissière, mon conseiller et ambassadeur en Angleterre , d'intervenir et s'employer en mon nom, tant envers la reine d'Angleterre que mon neveu, votre fils, et les seigneurs de votre royaume , et de s'y transporter, m'assurant que je ne pourrois faire élection de personne qui y soit plus propre que le sieur de Mauvissière, pour ce qu'il est tout porté par delà , et aussi pour ce qu'il sera agréable et desh^é plus que nul autre pour le maniement et négociation des affaires susdites. Je m'assure aussi qu'il s'en acquittera dignement et fidèlement , selon mon intention et la vôtre , pour laquelle entendre plus particulièrement je lui ai écrit qu'il vous aille visiter de ma part en passant , et vous présente cette lettre avec mes affectionnées et cordiales recommandations , par le congé de la reine d'Angleterre , laquelle ne pourra trouver que bon , à mon avis , l'office que je veux faire en cet endroit, qui de soi est louable et très-agréable à Dieu , lequel je prie sur ce , etc. »

Elisabeth se montra moins bien disposée que ne le supposait Henri III. Elle avait alors près d'elle un ambassadeur de Jacques VI, l'archevêque de Saint-André, qu'Arran avait envoyé pour sonder les dispositions de la reine d'Angleterre et traiter avec elle, s'il le pouvait*. Elisabeth s'efforça de l'exciter contre Marie Stuart et de semer la division entre

1. Lettre de Castelnau à Marie Stuart, ms. de laBibL imp. , coll. BréquigQy, t. XGVII. n n'y a pas de pagination au volume, et les lettres ne sont pas classées; mais celle que je cite est évidemment de décembre

EN ECOSSE (NOVEMBRE-DÉGEllBRE 1583). 107

Jacques et sa mère. Tantôt elle lui disait que la reine d'Ecosse écrivait contre son fils, le représentait comme un prince « de mauvais naturel et dissimulé en toute chose*.» Tantôt elle déclarait « qu'elle s'émerveilloit, puisque Jacques avoit fait mourir le comte de Morton comme coupable de la mort du roi son père, et qu'il demandoit encore Archibald Douglas pour faire le semblable , pourquoi il ne réclamoit pas aussi Marie Stuart pour la punir*, comme complice de ce meurtre. » Elle ajoutait, écrit Castelnau à Marie*, « plusieurs autres paroles pleines d'aigreur contre V. M., et voilà les services que cette bonne sœur vous fait en cet endroit. Pour conclusion, il (l'archevêque de Saint-André) m*a confessé qu'il ne trouvoit en cette reine que mauvaise affection vers vous deux (Marie et Jacques), et désir de vous nourrir en inimitié et division, vous menaçant l'un et l'autre avec grande passion et colère*. » On répandait en même temps des bruits odieux contre Marie; on l'accusait de relations criminelles avec son gardien, le comte de Shrewsbury. « On l'a dit à l'ambassadeur d'Espagne , écrit Castelnau à la reine d'Ecosse'; on l'a dit aussi à l'évêque de Saint-André, qui m'en a fait plainte ; on Ta dit aux banquiers et étrangers pour le mander partout, semant cela parmi les catholiques et les protestants pour vous décrier envers eux. C'est le dernier venin que vos ennemis se sont réservé , n'ayant pu empoisonner votre corps, d'envenimer votre réputation. » Le redoublement de la haine d'Elisabeth contre Marie

1. Lettre de Castelnau à Marie Stuart, ms. de la Bibl. imp., coll. Bréquigny, t. XCVU.

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