PERFIDIE DE GRAY
allait porter à Henri III Tordre de la Jarretière. Il devait en même temps négocier une intervention dans les Pays- Bas ; c'était un moyen de détourner l'attention de la France des affaires d'Ecosse. Nau venait tenter un dernier et impuissant effort pour Marie Stuart. On lui donna d'abord des espérances qui éblouirent la reine prisonnière. Quant à Gray, il allait vendre aux Anglais Jacques et son royaume, et préparer le triste dénoûment de l'histoire de Marie Stuart. Gray est un des hommes les plus odieusement perfides dans cette époque si féconde en perfidies. Catholique , élève des Jésuites , initié à tous les projets des Guise et de Marie Stuart, il feignit d'abord un zèle ardent pour la reine d'Ecosse. Il reçut ses instructions*, entretint une correspondance avec elle par l'intermédiaire de Castelnau, et, au moment même où il venait briser l'union de la mère et du fils, il affirmait que « son maître n'aimoit rien tant au monde que la reine sa mère*. »
Castelnau ne tarda pas à s'apercevoir de la perfidie de Gray. « n étoit venu offrir à la reine d'Angleterre, écrivait-il à Henri III, le 25 novembre 1584', le roi d'Ecosse en telle sorte qu'elle le voudroit avoir, l'assurant qu'il ne feroit jamais ni ne vouloit faire que ce qui lui plairoit. » Elisabeth touchait donc enfin au but de toutes ses intrigues , tandis que Castelnau voyait s'évanouir l'espérance qu'il avait longtemps nourrie de conclure , par la médiation de la France, un traité qui eût délivré Marie Stuart , uni étroitement la mère et le fils, et resserré l'amitié de la France et de l'Ecosse. Cependant il n'abandonna pas la reine prisonnière : ne pouvant briser ses fers, il vengea du moins son honneur des calomnies de ses ennemis , « chose qui la contentoit presque autant que sa liberté *. » La comtesse de Shrewsbury et ses enfants