CHAPITRE XII
Découverte de la conjuration de Babington(août 1586); irritation à Londres contre les Français (août-septembre); danger de Marie Stuart (septembre 1586); la cour en est avertie par des dépêches pressantes de l'ambassadeur, L'Aubépine de Châteauneuf (septembre-octobre 1586). —Apathie de Henri IIL - Assemblée des lords d'Angleterre (8 octobre); formation du tribunal qui devait juger Marie Stuart. — Incertitude de l'ambassadeur français en Angleterre sur les véritables intentions de Henri IH. — Procès de Marie Stuart (octobre 1586). — Condamnation de la reine d'Ecosse (4 novembre 1586). — La sentence est confirmée par les deux chambres du parlement (8 novembre 1586).
Le baron d'Esneval revenait de son ambassade d'Ecosse et arrivait à Londres au moment de l'arrestation de Babington et de ses complices. Il vit les feux de joie allumés dans toutes les rues, et entendit les volées des cloches qui retentirent pendant vingt-quatre heures à Londres, et eurent des échos dans toute l'Angleterre*. L'exaltation, l'effervescence du peuple anglais s'expliquent par les bruits sinistres qu'on répandait et que reproduit la lettre suivante , écrite par un protestant français réfugié en Angleterre ' : « La trahison étoit telle , qu'on a voulu tuer et assassiner la reine d'Angleterre , tous les François réfugiés pour la religion , avec quelque nombre de grands seigneurs d'ici , tenant le même parti , et en même temps mettre en liberté la reine d'Ecosse et la proclamer reine d'Angleterre. Au même temps se devoit trouver une armée navale d'Espagne pour y en-
t. Voy. le mémoire présenté par d'Esneval à Henri ni au retour de son ambassade en Ecosse; Pièces justificatives.
2. Archives de la famille d'Esneval; cette lettre est signée De la Haye.
maiTATlON DANS LONDRES (4586). 145
trer , et pendant l'exécution de cette maudite conspiration se devoit révolter le royaume d'Irlande ; ce qu'il a fait , et y sont de présent en grand trouble. Mais les pauvres misérables conspirateurs ont été mal assistés de leur prétendu secours , de façon qu'on les pend là comme andouilles , et ici l'on procède rigoureusement. L'un des principaux chefs se pendit la dernière semaine avec sa jarretière, après s'être donné deux coups de couteau dans le ventre*. Ils ont déclaré de terribles merveilles de cette maudite tragédie par toute la chrétienté, même du vénérable pape ennemi d'icelle* ( Dieu le veuille et ses suppôts amender , sinon les châtier selon leurs mérites). Bref, cette bonne princesse et tous nos réfugiés ont été délivrés par la main de Dieu de ce maudit massacre. »
La violence et même les grossièretés de ce langage caractérisent assez la disposition des esprits en Angleterre. Le peuple accusait l'ambassadeur français d'avoir fomenté le complot et de cacher dans son hôtel quelques-uns des conspirateurs*. Comme on n'osait pas violer cet asile protégé par le droit des gens , on cerna toutes les issues de l'hôtel. Sur la plainte de L'Aubépine de Châteauneuf , on éloigna les gardes , mais on continua d'exercer une surveillance secrète. Plusieurs des gens de Châteauneuf et de d'Esneval furent même arrêtés comme suspects et exposés aux injures d'une populace fanatique \ Aux réclamations de l'ambassadeur, Walsingham répondait froidement qu'il fallait prendre patience, et que lui-même n'avait pas été mieux traité à Paris à l'époque de la Saint-Barthélémy*. Les protestants français réfugiés en Angleterre n'étaient pas les
1. n se nommait Bellamy. Cambdeni Bist. Elii,, pars ni, p. 444.
2. Sixte-Quint était loin d'être défavorable à Elisabeth , si Ton en croit Gregorio Leti, Hist. d'ÉUsàbeth, t. H, p. 108 et suiv. de la trad, française.