‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 155 sur 215 · Archives de la famille d*Esneval, Pièces justificatives · texte numérisé non relu

Archives de la famille d*Esneval, Pièces justificatives

3. Ms. de la Bibl. imp., suppl. fr. , n* 5933, foi, 379 recto. Cf. Egerton,

PROCÈS DE MARIE STUART (i586). 151

se trouvant en son royaume et y ayant conspiré contre sa personne, étoit sujette aux lois d'Angleterre. Quant à ce que demandoit l'ambassadeur, qu'elle fût assistée de conseil pour répondre, il devoit savoir que ceux qui font et attentent cas semblables sont par toutes les 1ms civiles jugés indignes d'avoir conseil; partant, qu'elle pensoit en cela ne rien faire contre la forme ordinaire du droit en lui déniant toute assistance. »

Les juges étaient arrivés à Portheringay, et le jeudi, 23 octobre, commença le procès de Marie Stuart. Les dépêches de Châteauneuf instruisirent Henri III de tous les détails * : « Elle sortit en une grande salle préparée à cet effet, où étoit un dais à côté duquel fut mise une chaire pour la dite dame reine et non sous le dit dais qui fut laissé vide, comme la place de la reine d'Angleterre, dont elle s'offensa, ainsi que j'entends, et dit qu'elle méritoit bien être sous le dais, puisqu'elle avoit épousé un roi de France. Après ce, voyant tous ces seigneurs et parmi eux force gens de justice, dit qu'il y avoit là beaucoup de gens de conseil, mais qu'il n'y en avoit pas un pour elle. Messieurs les chancelier et grand trésorier s'approchèrent avec le procureur général, qui lui exposèrent la charge qu'ils avoient, de la part de la reûie, de l'interroger sur certaines lettres écrites de sa main à Babington et autres conjurés pour tuer la dite dame reine et envahir ce royaume. Elle ne voulut répondre en façon aucune pour le dit jour, alléguant qu'elle étoit reine qui ne connoissoit nul supérieur et qu'eUe ne répondroit à autre qu'à la reine même , et ajouta parmi ce quelques paroles de colère. Sur cela , ils dépêchèrent à la dite dame leur maîtresse, qui écrivit aussitôt à la reine d'Ecosse une lettre dont la teneur , tournée mot à mot de la phrase angloise, est :

c Vous avez fait dessein, en diverses sortes et matières, de

t. Dépêche du 30 octobre 1586, ms. de la Bibl. imp., suppl. fr. , n*'593% fol. 381 . Cf. Egerton , p. 86 , 87.

i52 PROCÈS DE MARIE STUART (i586).

« m'ôter la vie et ruiner mon royaume par effusion de sang. « Je n*ai jamais procédé si durement contre vous , mais , « au contraire, vous ai maintenue et préservée comme moi- « même. Ces trahisons vous seront prouvées et faites manifes- « tes en votre endroit, et pourtant notre plaisir est que vous « répondiez à ma noblesse et aux pairs de mon royaume, « comme vous me feriez si j'étois là présente. Et, partant , je « vous mande, charge et commande leur faire réponse, ayant « bien entendu de votre arrogance ; mais faites pleinement « et vous pourrez avoir plus de faveur de nous. Elisabeth. » Sans aucune autre subscription de sœur ni de eotmne.

« Cette lettre arrivée le vendredi matin (24 octobre), elle sortit en public et persista à dire qu'elle ne pouvoit être jugée d'autre que de tous les rois de la chrétienté; qu'elle ne répondroit point devant eux. Bien leur vouloit-elle dire que par toutes voies elle avoit cherché sa liberté et la chercherc»it tant qu'elle vivroit , mais qu'elle n'avoit jamais attenté à la vie de la reine ni été en communication avec Babington et les autres pour cet efifet, ains seulement pour sa liberté, et que, quand la reine d'Angleterre l'interrogera elle-même, elle lui dira la vérité , ne voulant point qu'ils prissent tout ce qu'elle disoit pour réponse , laquelle elle ne voudroit faire sans conseil de V. M., en la protection de laquelle elle étoit. Et, comme le grand trésorier la prioit de vouloir voir les lettres écrites de sa main, elle se mit en quelque colère, disant qu'il y avoit là de ses ennenais présents qui lui avoient brassé cela, et se laissa aller à dire beaucoup de choses d'aigreur jusques à dire que véritablement elle avoit eu pratique avec plusieurs princes étrangers , même de faire venir des forces étrangères pour cet effet. Tout ce qu'elle dit fut écrit , puis lui fut relu et fait signer par tous les seigneurs là présents ; lesquels reviennent ce jourd'hui et se doivent, à ce que j'entends , assembler un de ces jours, et sur ce qu'elle a dit la juger; et puis après, leur jugement sera confirmé par le parlement qui commencera dedans dix jours, v

CONDAMNATiON DE MARIE STUART (i£;86). 453

L* Aubépine ajoutait un post-scriptum *, qui ne pouvait laisser aucun doute sur le sort de Marie. < La reine d'Ecosse ayant protesté longtemps qu'elle étoit reine souveraine et demandé acte de sa protestation , enfin elle répondit que elle avoit procuré sa liberté par tous moyens , fors que de consentir à attenter à la vie de la reine , mais bien de faire venir des forces étrangères en ce royaume pour se sauver , et que , pour cet effet , elle avoit eu intelligence avec Babington et les autres conjurés. Ce fait là seul la condamne, de sorte que tous ces seigneurs qui étoient là s'assembleront lundi prochain , 3"»* jour de novembre , et la jugeront coupable et digne de mort , comme je suis averti de bon lieu. »

En effet , le 3 novembre , les juges arrivèrent à Londres ; le lendemain, ils se réunirent à Westminster dans la chambre étoilée , siégèrent jusqu'à cinq heures du soir , firent appeler plusieurs fois Nau et Curl , secrétaires de Marie Stuart , et enfin prononcèrent contre cette princesse une sentence de mort*. Quatre jours plus tard (8 novembre), les deux chambres du parlement confirmèrent la condamnation. Henri III assista avec une insouciance inexplicable à tous les actes de cette procédure , malgré les instances réitérées de son ambassadeur. Son attention était-elle absorbée par les négociations que suivait alors Catherine de Médicis avec le roi de Navarre* ? Était-il dupe des ruses de Wotton, qu'Elisabeth avait envoyé en France pour lui présenter les pièces qu'elle « estimoit devoir aigrir le roi contre la reine d'Ecosse et ses parents*? » Son ressentiment contre les Guise étouffait-il dans son cœur toute pitié pour leur nièce ? Quels qu'aient été les motifs de sa conduite , il est certain qu'il montra une profonde indifférence pour le sort de Marie

1. Ms. de laBibl. imp. , suppl. fr. , n« 593^ fol. 382 recto.

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