‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 166 sur 215 · TROISIÈME AUDIENCE DE BELLIÈYRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME AUDIENCE DE BELLIÈYRE

rois ; ici reparaissent les citations classiques de la premi^e harangue : Mucius Scevola et Porsenna, Cicéron, pro rege Dejotaroy etc. Enfin Bellièvre terminait par le trait qui eût pu porter coup, si Henri III eût été en état de se faire respecter. Il menaçait Elisabeth de la vengeance de la France, dans le cas où elle procéderait à l'exécution du jugement. Cette menace, toute dissimulée et adoucie qu'elle était, blessa Elisabeth. Dans une troisième et dernière audience qu'elle donna à Bellièvre (le 7 janvier 1587), elle lui témoigna vivement son mécontentement. « Presque comme indignée, elle dit : « Monsieur de Bellièvre, avez-vous charge du roi mon frère de me tenir tel langage? » Il lui fit réponse : « Oui, madame ; j'en ai très-exprès commandement de Sa Majesté. » Elle lui répliqua : « Avez-vous ce pouvoir signé de sa main? » Il lui dit encore : « Oui, madame; le roi, mon maître, votre bon frère, m'a expressément recommandé et chargé, par lettre signée de sa propre main, de vous faire les remontrances ci-dessus, n Elle lui dit : « Je vous en demande autant signé de la vôtre. » Ce que mon dit seigneur envoya dès le même jour*. » Mais la hauteur du langage aurait eu besoin d'être soutenue par la fermeté des actions, et les Anglais savaient parfaitement à quel état de faiblesse était réduit Henri III. Le confident intime d'Elisabeth, Leicester, écrivait à son beau-frère le comte de Bedford : « Que les ambassadeurs français s'exprimaient dans les audiences publiques avec une grande vivacité, traitant la procédure contre la reine d'Ecosse d'indignité et d'acte d'hostilité contre la France, dont elle était reine douairière ; mais que tout cela n'était que de pure forme et convenance. On était bien assuré qu'aucune action ne suivrait la violence des paroles ■. »

1. Mémoire sur Tambassade de BeUièvre , publié par M. Labanoflf, p. 169 et 170; 1" recueil des Lettres de Marie Stuart.

2. Burnet dit avoir vu roriginal de cette lettre, et en donne l'analyse, Histoire de mon temps, t. II, p. 220; coUect. Guizot.

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