‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 167 sur 215 · LETTRE D'ELISABETH A HENRI III · texte numérisé non relu

LETTRE D'ELISABETH A HENRI III

Elisabeth , convaincue comme son favori de l'impuissance de Henri III, lui écrivit au moment du départ de Bellièvre (18 janvier 1587), une lettre d'un ton hautain et ironique* : « Monsieur mon bon frère, le vieil argument sur lequel j'ai bâti souvent mes lettres, me semble si extrêmement étrange que je suis contrainte de changer de style, et, au lieu de grâces, user de plaintes. Mon Dieu! comment étes-vous quasi forcené à croire que ce soit honneur ou acte d'amitié à reprendre l'opprimé et rechercher la mort d'une innocente pour la faire proie d'une meurtrière, hélas ! postponant ma qualité non moins digne que la vôtre , ne vous souvenant de mon affection en votre endroit la plus sincère, ayant quasi perdu la réputation. entre tous les princes de ma profession, leur ayant toujours négligé pour ne vous conturb^ ce royaume. Aussi souffrant jusques à présent le plus grand danger que jamais prince endura en attente de quelques probables offertes ou raisons, pour me garder de ne faire ce que, à mon journel danger, je souffre, nonobstant, pour bel épilogue de toute cette négociation, vous êtes si aveuglé parles persuasions de tels , qui , à la fin , je prie Dieu qui ne vous ruinent , qu'en lieu de mille remerctments bien mérités de ma part pour si rare et inusitée faveur, M. de Bellièvre m'a fait entendre un langage que ne puis trop bien interpréter. Car, pour vous en ressentir que je ne sauve la vie, me semble une menace d'ennemi, qui, je le vous promets, ne me fera jamais craindre ; mais est le plus court chemin pour dépêcher la cause de tant de malheurs. Je serois bien marrie que vous éprouvassiez l'issue d'une si ambitieuse action, et, pour conclure, laissez-moi, je vous prie, monsieur mon bon frère, entendre par mon ambassadeur en quel terme je prendrai ces mots. Car je ne vivrai heure que prince quelconque se puisse vanter de tant d'humilité mienne que je boive à mon déshonneur un tel trait. Il est vrai, M. de

1 . Ms. de la Bibl. imp. , Buppl. fr. , n* 599> , fol. 42 1 recto et verso. — Cf. EgerUm , p. 98 , et Rathery , Relations de la France avec l'Angleterre^ p. 31 .

Page 1