MORT DE MARIE STUART
elle saura que les ports de ce royaume ont été si exactement gardés, que il m'a été impossible de faire passer un seul homme ; et, qui plus est, ayant obtenu un passe-port sous autre nom que le mien, celui que j'envoyois a été arrêté à Douvre, avec son passe-port, et y est encore de présent, bien que je l'eusse dépêché dès le xix* de ce mois. >» L'ambassadeur retraçait ensuite les circonstances de la mort de Marie Stuart, sa constance à ses derniers moments et sa fidélité inébranlable à la religion catholique*.
« Le samedi 14 février, écrivait Châteauneuf •, M. Beale, beau-frère de M. de Walsingham, fut dépêché sur le soir, avec commission signée de la main de la reine, pour faire trancher la tête à la reine d'Ecosse et commandement aux comtes de Shrewsbury et de Kent, avec beaucoup d'autres gentilshommes voisins du lieu de Fortheringay , d'assister à la dite exécution. Le sieur Beale mena avec lui le bourreau de cette ville, qui fut habillé tout de velours noir, ainsi que j'entends; et partirent la nuit du samedi, assez secrètement. Il arriva là le lundi au soir, 16 février, et le mardi furent mandés les dits comtes et gentilshommes.
« Le dit jour au soir, M. Pawlet, gardien de la reine d'Ecosse, accompagné de Beale et du shérif de la province (qui est celui qui, en chaque bailliage, est comme prévôt des maréchaux ou juge criminel) , allèrent trouver la dite dame et lui signifièrent la volonté de la reine, qui étoit contrainte de faire exécuter la sentence de son parlement. L'on dit que la dite dame se montra fort constante, disant : que, encore qu'elle n'eût jamais cru que la reine sa sœur en eût voulu venir là, si est-ce que (cependant) elle se voyoit réduite en si grande misère depuis trois mois, qu'elle avoit la mort pour très-agréable, prête à la recevoir quand il plairoit à Dieu. Ds lui voulurent laisser un ministre; mais elle ne voulut point.
1. Hs. de la Bibl. imp., f. Béthune, n» 8880, fol. 7 et suiv.