Ces mots sont soulignés dans le manuscrit
LETTRES IJIlMi6tfATI(iliES 387
fîéf Si jé tùè rècômmaiideray humblement à Vôsti*e bonne gr&cefy priant fiîeu trous donnter, monsieur, hétlréuse et longue vîe. Vosfré buïùMe édusm' , à vous faire service.
ÈK L'AUBESPINE (ÎHAStEAXnîîEttF.
De Londres r ce ly* jour d'octobre 1586.
ftBTTKB DS HT. DB L-AU^BniliHCXA'TEXUlMr A' ÉLISA^TH.
18 octobre 1586».
COPIE DU TEMPS *
Madame^ sçadiant combien Vostre Majesté désire que ses actions^ieaque justes et équitables en soy, soient trouvez telles par toute la chrestienté, mesmement en faict de si grande importance, comme celluy qui se traicte maintenant en ce royaulme,
1. Le manuscrit donue la date du 27 novembre 1586; c'est une erreur évidente; car la lettré prouvé que Marie Stùart n^aVait pas encore été interrogée, au mcaent oùrambassadeur li'adresse à filftfabtth. Or, lesiaterrogatoiree commencèreni le 11 (21 , octobre; il faut donc admettre que la lettre est écrite avant le 21 octobre (N. S.). J'ai adopté le 18, d'aptes une indication de M. Fr. de Raumer {BHéfe rtuir PcvriSj II, p. 184). Il dcmne soud cette date, le somiitaire d'une letti'e de L'Aubespine à Êliaabetb, tirée de la bibliothèque Gottonienne {Galba, E. , IV, f*> 312). On reconnaît à peine dans te sommaire dé deux lignes Tidée de la longue et remarquable lëttrer dé Fdttibftssadeur françato. Il e6t môme permis de supposer que M. de Raumer s'en est tenu au catalogue. Voici la traduction exacte de ce sommaire : « Elisabeth doit se conduire avec justice et douceur envers Marie ; elle ddh soiiger qu'elle est reine , prîsbnnièt% depuis vingt ans , qu'eàe igbdre les formes, etc. » Malgré l'inexactitude de ce résumé, j'ai cru y reconnaître la pensée de la lettre que je publie , et j'ai pris la date qui s'accorde avec les faits.
i 2. Sur le dos de cette lettre , eti lit : « Double de la lettre dtei M. Falâbassa^ déur dé France à h royne d'Angleteft^ , affin que la rôyoe d'Esoo^se pùiss» estre assistée de conseil avant que d^estre interrogée.»
qui est le jugement de la royne d'Escosse, j'ay pensé, sur Tassurance que j'ay de Textresme bonté, clémence et justice singullière, dont Vostre Majesté a esté toujours louée et recommandée particulliërement, par dessus tous les roys ses prédécesseurs, que je fauldrois grandement de mon debvoir, et au conunandeïnent très exprès que j'ay eu du roy très chrestien, mon maistre, vostre bon frère et amy, si je laiissois partir ceux qu'elle a depputez powr aMer interroger ladicte dame royne^ sans luy remonstrer avecques toute humilité et respect, comme estant ladicte dame royne mère, souverayne, et oultre ayant eu cet honneur si grand, et excellent que d'avoir espousé le primer roy de la chrestienté, puis travaillée de la mauvaise fortune qui, en extresme jeunesse, lui osta son pesre, puis son mary, ceste mesme fortune Ta conduit en telle nécessité qu'avant de sortir l'aage de vingt cinq ans, que les anciens ont estimé capable de se pouvoir gouverner et conduyre , elle fut contrainte se jecter entre voz mains, comme prisonnière, pour éviter, soubz la protection de Vostre Majesté, le mal qui injustement luy estoit préparé par ses propres subjects, en ayant esté dettenue l'espace de dix et huict ans, elle ha, par la bonté et douceur d'icelle, esté traictée si humaynement que cela luy a beaucoup aydé à supporter la privation de sa liberté, qui est si chère à toutes personnes , mesmement à celles qui sont neez pour commander aux aultres , maintenant estant advenu et depuis peu, que, par suscitation d'aucuns, qui ont eu plus d'esgard à leur passion particulière qu'au bien et à la liberté de la dicte dame royne, eUe se soit trov/oèe avoir eu commwiicationdu conseil de ceux qui ont vov,lu attenter à la personne de Vostre Majesté •, poussée du dezir de liberté, mesme depuis deux ans qu'ayant changé le lieu de sa demeure , elle s'est trouvée plus mal traictée que par le passé, Vostre Majesté, ainsy que je suis
1 . Ce passage prouve que Ton croyait généralement en Angleterre que Marie Stuart avait eu connaissance du complot de Babington contre la vie d'Elisabeth. Voyez, sur cette question, les Lettres de Marie Stuart, publiées par le prince Labanoff, recueil de 1845, t. VI, page 397.
adverty, a depputé certain nombre de seigneurs de son royaulme pour se transporter vers ladicte dame royne, pour l'interroger et luy faire son procès, par les formes ordinaires de la justice, pour faire paroistre à toute la chrestienté, que, bien qu'elle se trouve accusée d'avoir attenté à sa vie, si est-ce que, postposant toute colère et désir de vengeance, qui ont ordinairement beaucoup de puissance sur les aultres hommes, à la justice, et bonté qui luy est si familière, elle a voullu remettre le tout au jugement des plus grands et sages de son royaulme; chose , Madame, qui, comme elle sera vue et approuvée de plusieurs, qui jugeront Vostre Majesté avoir satisfaict au debvoir de la justice que Dieu luy a mis entre les mains, aussy, y en a-t-il beaucoup, désirant veoir, aux grandes et notables actions des princes, la perfection plus grande et exacte qu'en affaires privées, jugeront qu'en ce faict icy Vostre Majesté doibt exactement observer touttes les formes les plus douces qui se peuvent trouver es jugomens des hommes, qui est cause que je la supplie, comme ayant charge expresse duroy, mou maistre, d'assister la dicte dame royne d'Escosse, prier et intercedder pour elle vers Vostre Majesté; bien que la quallité de ladicte dame, qui est née souverayne, l'exempte de pouvoir estre subjecte aux jugemens des hommes, toutes fois, si tant est qu'il plaise à icelle qu'elle responde devant ceux qu'elle ha depputez pour l'interroger, au moings, suyvant touttes les loys civilles et impériales reçues et praticquées par tout le monde , elle qui est peu versée aux affaires de la justice , pour estre née royne , et avoir esté dix huict ans quasi sepparée de la conversation des hommes, puisse avant que de respondre, estre assistée de conseil, qui, en nulle province du monde ne fut refusé à ceux qui sont accusés de crime capital, et encore que par les loys d'Angleterre , il puisse estre qu'un criminel est tenu de respondre sans assistance de conseil , si est-ce que ladicte dame n'estant point née Angloise ni subjecte aux loys de vostre royaulme , ne peult, en une si urgente affaire, estre abandonnée de conseil, amys et serviteurs, veu mesmement que ses
?9p I-B?'TIVE;S piPJtpM^TiQUES.
prûlcipaulx seçret^çs, gui jusgu'icy Tout t,ou^o.\ys ^ç§i$.tie, se ti^puyeiit maintenant .prisonnier^ poi;ir ce nie^mç faict et quasi les principaulx accu3âteiirs contre eille. J9 supplie dQ;ei,c Ypstre Majesté, Mada,me, pour m'acquitter du çompaandçjjaent jtpjie J'^y du roy mon ma.istre, pour le désir gpae j>y en n^i'a^cçpittaçLt A^. debvoir de ma charge, luy faire très hiuaÙe §eryiçe, Qt oïdtre^ pour iu'estre estimé, à Tadvenir, ou négligent ou i^pnçjiîmç.n]t, ou ignorant iU forme de justice establie par tout le .momde, voulloir avoir esgard à ma présente yequeste, considérer gvie plus Vpstre Majesté s'accommodera, en ce faict si notable, aux loys d'équité receues par tputtes les aultres proyiaçes çlô la chrestienté, plus ainsy justifiera elle envers tput$ les princes di^ monde sa bonté, clémence, justice et humanité, de laquelle je la supplie ne se vouloir deppartir pap une petite formalité de justice non usitée .en ce royaulme, a,ttendu meçmemexit , quç ceste affaire est de belle conséquence., qu'il ,n'y ,a çeluy ,e.n Europe gui n'en attende l'issue, conforme à 1^ ^rancje pjruçlen,Ç? et vertu dont Vostre Majesté a tousjours çsté reço^aDOiSLudée.
D6 Londns , ce xcvn* novembre (16 octobre) 1586.
XIJI
LETTRE DE M. DE L>UBESPn|rB-C9ATBÀ9WU7 A M. P'eSNEVAL.
•ft0oçM)rel6^.
AUTOORAI^S.
Monsieur, j'ay receu vos deux lettres du xxvnr septembre et du IV* d'octobre , vous remerciant bien humblement des bons offices que vous m'avez faictz par delà, et espère, que , ayant parlé au roy, je sçauray, par vostre première, l'intention
de Sa Majesté sur les choses de deçà, que je vous prie me mander privement et ouvertement. Car il semble que Ton se soucie par delà fort peu du faict de la royne d'Escosse et de ses cartiers, comme je vous ay souventes foys dict. Partant, je seray très ayse de le sçavoyr, afh de me gouverner selon l'intention de mes m" [maistres] ; car icy je faicts ce que je pense estre raisonnable et de la dignité du roy, dont je ay la mauvaise grâce de ceulz ci, qui en France me prestent des chauses [choses], pleines de mensonges et calomnies, pour faire valoyr leur marchandise , et ce pendant faire leurs affaires à nos despens.
J'ay escript à Courcelles quattre ou cinq foys, et luy m'a faict response. Je ne me suis pas fié en son homme, que je luy ai renvoyé, et luy ai despesché ung homme exprès, qui se faict fort de passer. [Je] luy ay bien amplement escript, voyant que Duglas trompoyt le roy d'Escosse, et ne satisfaisoyt pas aux commandemens qu'il a de luy, ainsi que j'entendz.
Le faict de la royne d'Escosse les occupe tellement, que il nç se parle icy d'aultre chose, estantz toutes aultres affaires demeurées derrière, h la tienz powr perdue et en très mauvais estât. Je ay adverty expressément et diligemment, comme v<yus sça/oés. Du reste j jeendemswreray deschargé^ et sur ce, je vous baiseray bien humblement les mains, priant Dieu,
Monsieur, qu'il vous doinct bonne et longue vie.
Vostre humble cousin, à vous faire service ,
De L*Aubespine Chasteauneuf.
De Londres , ce zz* octobre 1586.