Ibidem
3. Lettre du duc d'Albe à Philippe II , dans les Papiers d*État du cardinal GranveUe^ t. IX, p. 327.
4. L'original autographe de cette lettre fait partie de la collection de M. Feuillet de Conches qui a bien voulu en autoriser la publication.
dit que elle trouvoit beaucoup plus de bons François en son royaume que de bons impérialistes ni de bons Espagnols, et que , quand il vient un François, chacun prend beaucoup plus de plaisir de lui faire honneur et bonne chère que de quelque autre nation ; et que en cela vraiment ils suivoient son intention.
« Et , de propos en propos , me parla aussi librement du mariage du roi avec elle , comme si j'eusse été de son conseil où que telles choses m'eussent été communiquées, disant que ce lui seroit beaucoup d'honneur, estimant et louant le roi pour le plus grand et vertueux prince de la terre , et que l'espérance en est pour conquérir tout le monde ; me demanda, si telles choses avoient lieu et que elle épousât le roi mon maître, sijeserois bien marri; toutefois que elle avoit peur de n'avoir nulle chose en elle digne d'un si grand roi , sinon un petit royaume, la bonté et la chasteté ; que en cela elle ne vouloit céder à fille qui fût au monde, aimant les choses vertueuses , et que , si elle eût été pauvre damoiselle, elle ne se marieroit jamais ; mais que elle vouloit avoir pitié de ses sujets et de son pays , disant que si Dieu faisoit un tel mariage, et que Dieu leur donnât des enfants, ils n'auroient pas besoin d'être pensionnaires de l'empereur ni du roi d'Espagne, ni de quelque autre prince, si se vouloient contenter de raison ; mais que elle seroit bientôt vieille, et que elle auroit peur de n'être assez agréable au roi.
« Et de vous , madame , elle espéroit bien que ne la délaisseriez jamais, et aussi que elle vous feroit tant de services que seriez contrainte de l'aimer , quand elle n'auroit autre chose. Et pour le moins le roi lui feroit cet honneur de la faire servir de secrétaire ; d'autant que elle peint et écrit bien, disant ces mots : Véritablement je ne serais jamais dédaigneuse^ si tel mariage avoit lieu^ de faire tout le service qui seroit agréable à Sa Majesté. Et encore que je ne sois que un fol, je me suis efforcé de répondre à chaque point le plus sagement que j'ai pu , et vous promets bien que tels propos sont fort
agréables à Sa Majesté. Je ne la vis jamais plus belle ni plus jolie, et vous promets qu'il y a telle flUe de quinze ans, qui pense être belle , qui n'en approche point. Au reste, elle a de grandes et rares vertus et un grand royaume , et je pense que , si vous y voulez entendre , vous aurez bonne réponse. Elle m'a dit qu'elle enverra Sonner*, et qu'il faudra marier des Anglois en France et des François en Angleterre, et beaucoup d'autres propos tendant à cette fin , qu'il seroit difficile de vous écrire; aussi que je me réserve de vous dire de bouche , quand j'aurai cet honneur à vous voir. Je vous supplief très-humblement , madame , me faire cet honneur , si vous connoissez que je puisse servir Vos Majestés de quelque chose , ne m'épargnez pas.
« Madame , je prie Dieu qu'il donne à Votre Majesté , en parfaite santé , très-heureuse et longue vie. A Londres , ce IX» mai 1665.
« Votre très-humble et très-obéissant sujet et serviteur,
« Mauvissiâre. »
Malgré la longueur de cette lettre, je l'ai citée textuellement, parce qu'elle peint le caractère d'une reine dont l'histoire est étroitement liée à celle de Marie Stuart et de Catherine de Médicis. Elisabeth pensait déjà ce qu'elle dit plus tard à La Mothe-Fénelon*, « qu'elle étoit de celles dont on épousoit le royaume et non pas la personne. » Mais sa profonde dissimulation amusa pendant près de vingt ans Catherine de Médicis par des négociations matrimoniales , tandis qu'elle marchait à son but, couvrait le flanc de l'Angleterre en s'assurant de l'Ecosse , et, maîtresse dans son fle, se préparait à lutter contre Philippe II. A la nouvelle du mariage de Marie Stuart et de Damley, elle feignit une violente colère, fit arrêter la comtesse de Lennox, mère de Damley, et confisqua les
1 . Je pense qu'il s'agit de Sommer, souyent employé par Elisabeth dans les négociations.
2. Correspondance diplomatique de la Mothe-Fénelon ^ t. m, p. 419.
RÉVOLTE EN ECOSSE (i8Q5). 41
biens qu'il avait en Angleterre ; les émissaires d'Elisabeth accusèrent le nouveau roi de papisme^ et soulevèrent contre lui Murray, les Hamilton, les Douglas et la plus grande partie de la noblesse écossaise irritée de la hauteur de Darnley. La guerre civile éclata , et les conjurés , chassés par Marie , trouvèrent un asile, en Angleterre. Marie Stuart prétendit , non sans vraisemblance , que les troubles de son royaume étaient fomentés par Elisabeth. Ainsi, en moins de cinq ans, Marie , entraînée par une funeste passion et par de secrètes intrigues, avait compromis sa puissance et provoqué une révolte dangereuse. Hostile à l'Angleterre, suspecte à la France, en lutte ouverte avec une partie de ses sujets, elle se trouvait dans une position critique. La guerre avec l'Angleterre paraissait imminente, guerre dont les flammes, selon les expressions de Castelnau , auraient volé jusqu'en France*. Catherine de Médicis intervint comme médiatrice entre Marie Stuart et Elisabeth. Ce fut encore Castelnau qui eut l'honneur de cette mission. Il fut chargé, au mois de septembre 1566, de se rendre en Angleterre et en Ecosse pour apaiser les troubles de l'Ecosse et réconcilier les deux reines*.