VERSATILITÉ DE CATHERINE DE HÉDICIS
mon fils, je ne fais aucun doute que vous n'ayez senti comme nous la faveur que Dieu nous a faite , en donnant au roi mon fils un moyen de se débarrasser de ses sujets rebelles à Dieu et à lui, et nous préservant de leurs mains cruelles, pour laquelle faveur nous savons que vous lui rendrez grâces comme nous, autant pour notre bien particulier que pour celui qu'en retirera la chrétienté tout entière. Ce service, tout à l'honneur de Dieu, est un témoignage de mes bonnes et droites intentions ; car n'ayant eu recours à ces moyens à nulle autre fin que l'honneur de Dieu , je me réjouis en pensant que cette circonstance confirmera et augmentera l'amitié qui existe entre Votre Majesté et le roi son frère , qui est ce que je désire le plus au monde. »
Avec l'Angleterre, Catherine de Médicis tenait un tout autre langage. Elle redoutait la rupture du traité qu'elle venait de conclure et des négociations matrimoniales par lesquelles Elisabeth l'amusait depuis longtemps. Peu s'en fallut, en effet, qu'à la suite de la Saint-Barthélémy le traité de Blois ne fût abandonné. Il y eut à la cour d'Angleterre une violente indignation contre les auteurs de cette boucherie et contre le gouvernement qui l'avait approuvée ou tolérée'. Mais Elisabeth finit par accepter les explications équivoques de La Mothe-Pénelon , et Michel de Castehiau fut chargé d'aller effacer les dernières traces de son ressentiment. Depuis six ans Castelnau n'avait cessé de servir la royauté avec habileté et dévouement. Appeler ou renvoyer les retires, conduire des armées ou diriger des négociations, son activité avait suffi à tout*. Il fut accueilli à Londres avec la bienveillance que lui avait toujours témoignée Elisabeth.
1. Corresp. diplom, de la Mothe-Fénelon , t. V, p. 121 etsuiv.
2. La correspondance de Castelnau avec la cour pendant cette époque, les mémoires qui lui sont adressés , les témoignages authentiques des services qu*il rendit, se trouvent dans deux mss. de la Bibliothèque impériale» f. Colbert. n- 470 et 471.
64 MISSION D£ GAST£LNAU (1572-1573).
Elle le reçut, écrivait La Mothe-Fénelon', « mieux et plus favorablement que Toccasion des choses passées ne le faisoit espérer, et je crois, à la vérité, qu'en l'endroit d'un autre elle n'eût si bien usé qu'au sien. » Elisabeth rappela à Castelnau en termes flatteurs les missions qu'il avait remplies en Angleterre, le loua du service qu'il avait rendu au roi de France lorsque les protestants marchaient sur Meaux, service « qui avoit mérité qu'elle et tous les princes en ouïssent parler'; » enfin, elle le remercia du zèle avec lequel il soutenait l'alliance de la France et de l'Angleterre, et, pour lui donner une preuve éclatante de son désir de la maintenir, elle consentit à tenir la fille de Charles IX sur les fonts de baptême^ « ce qu'elle accorda contre l'opinion de la plupart de ceux de son conseil et le désir de tous les Anglois*. » .
Ainsi le crime de la Saint-Barthélémy avait à peine ébranlé l'alliance qui arrêtait l'ambition de Philippe II et sacrifiait Marie Stuart. Catherine de Médicis , après avoir cédé aux factions et peut-être aussi à des ressentiments personnels, était revenue au parti qu'elle préférait. Quant à Marie Stuart, sa captivité et ses malheurs ne faisaient que s'aggraver. Traînée de prison en prison, de Bolton à York, de York à Coventry , puis enfermée dans divers châteaux sous la garde sévère de Shrewsbury , obtenant quelquefois la permission de se rendre aux bains de Bolton, mais toujours entourée d'une rigoureuse surveillance , elle consolait sa solitude par une correspondance active , par la conscience de son droit et de son martyre pour une cause qu'elle regardait conune sa-
1. Correspondance diplomatique de La Mathe-Fénehn y t. V, p. 314. Lettre du 4 décembre 1572.