‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 74 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée de Michel de Gastelnau en Angleterre (1575) ; état de TAn^r gleterre à cette époque. — Plaintes de Marie Stuart contre Gastelnau et Catherine de Médicis. — Relations de Marie Stuart avec le parti espagnol et don Juan d'Autriche (1577-1578). — Vastes projets de Philippe II. — Négociations de TAngleterre et de la France (1578-1581). — Activité de Michel de Gastelnau; politique de Gastelnau à l'égard de l'Ecosse ; situation de ce pays (1581). — Le parti français se relève en Ecosse (1581-1582). — Rapprochement entre la France et Marie Stuart.

Le nouvel ambassadeur de France en Angleterre était connu pour un partisan zélé de Tallianee anglaise; il se vantait d'avoir contribué à l'établir*, et arrivait avec la mission spéciale de la consolider*. Dès ses premières lettres, on le voit frappé, comme ses prédécesseurs, de la puissance de l'Angleterre et du calme qu'entretient dans son île la fermeté d'Elisabeth*. Comment s'en étonner? Les ambassa-

1. Mémoires de CastelnaUt liv. Y, chap. xiii : « Les bons offices que j'ayois faits tant en Tadvancement de la paix qu'à bastir ceste grande et particulière alliance qui se nourrissoit et augmentoit tous les jours entre la Royne , mère du Roy, et eUe (Elisabeth). »

2. Lettre de Henri III à Gastelnau, en date du 13 octobre 1575 : « Monsieur de Mauvissières , vous sçavez que quaod je vous ay envoyé résider près de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, je vous ay choisy comme celluy que j'ay pensé estre le plus propre en mon royaume pour entretenir noz amitiez, etc. » Ms. de la Bibl. imp., coll. Bréquigny, t. XGVI.

3. Lettre autographe de Gastelnau à M. de Morvilliers , ms. de la Bibl. imp., f. Saint-Germain-Harlay, n«222, fol. 1 et 2. «Elle (Elisabeth) n'a pas fauite d'entendement , comme elle monstre bien par ses aifères qui ce portent fort bien et son pays et ses subjectz si gras et si fertiles et en si grand repos que on ne le sçauroit désirer plus grand. » On lit en tête de cette lettre : Première depesche ofrèe son arrivée.

deurs quittaient un pays en proie à d'effroyables malheurs, où sévissaient la tyrannie des gens de guerre, l'anarchie des passions religieuses et politiques, la licence des grands, le mépris des lois^ Un roi avili, maître prodigue et appauvri de favoris opulents, ne savait ni maintenir l'ordre ni donner la liberté. En Angleterre, au contraire, des finances prospères, un vaste commerce, une noblesse domptée, une riche bourgeoisie, des vaisseaux, « bastions et remparts du royaume*, » s'augmentant chaque, année , un conseil habile et dominé par une volonté supérieure, Londres centre du protestantisme, capitale de l'Europe septentrionale, formaient un contraste qui frappait tout d'abord des esprits attentifs et les pénétrait d'admiration pour Elisabeth. Ce sentiment ne faisait que s'accroître , lorsqu'ils voyaient la modération des impôts', partout une sage économie*, les charges données au mérite et non à la fortune^ enfin l'union de l'immense majorité de la nation et du souverain ; lorsque le puritain Stubb, auquel on venait de couper la main droite, élevait son chapeau de la main gauche audessus de sa tête en s' écriant « Vive la reine • ; » lorsque, sur les routes, le peuple entourait ÉUsabeth de ses hommages et de ses acclamations, et appelait sur elle les bénédictions du ciel'.

t . Voy. p. de FÉtoile, Journal de Henri III; Jérôme Lippomano , Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 551.

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