‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 83 sur 215 · PROJETS DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PROJETS DE PHILIPPE II

cette île et ceux que Dieu a appelés pour y commander, je ne trouve son intention autre que de tirer les affaires en longueur, et, par ce moyen, se défaire de ma juste et trop raisonnable et recommandable poursuite. « Le découragement perce à cette époque dans la plupart des lettres de Marie Stuart. Elle se plaint de la France, du pape, des Guise, et même de l'Espagne*.

Philippe II promettait toujours une flotte et une armée pour envahir l'Angleterre, briser les fers de Marie et la placer sur le trône d'où il voulait précipiter Elisabeth. La volonté ne lui manquait pas : à cette époque même, il venait d'appeler à son conseil des hommes disposés à pousser aux dernières extrémités le système religieux et politique de l'Espagne. C'étaient le Franc-Comtois Granvelle, le Biscayen Idiaquez et le Portugais Christoval de Moura*. Ils auraient volontiers envahi l'Angleterre , la forteresse du protestantisme , et les lettres de Marie Stuart attestent qu'ils ne cessaient de la bercer de cette espérance*. Mais la lenteur habituelle de Philippe II augmentait avec l'étendue de ses projets. Il convoitait le Portugal et s'acharnait à la conquête des Pays-Bas , ce banc de sable contre lequel se brisaient depuis six ans toutes les forces de la monarchie espagnole ; son ambition embrassait jusqu'aux Slaves et aux Scandinaves*. Il était d'autant plus redoutable que l'avénement de Rodolphe II au trône impérial avait mis à sa disposition toutes les forces de la branche allemande de la maison d'Autriche. On répétait hautement en France qu'aucun homme sensé ne pouvait nier que l'Espagne n'aspirât à la monarchie universelle', et que dès que Philippe II aurait

1. Lettres de Marie Stuart, t. V, p. 52, 125, 131 , 163, etc.

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