‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 89 sur 215 · CONDUITE DE CASTELNAU · texte numérisé non relu

CONDUITE DE CASTELNAU

mis pour éloigner la guerre de son royaume*. Castelnau était un de ceux qui pouvaient se plaindre le plus vivement de la perfide politique d'Elisabeth. Elle le blessa, en effet, mais il ne se jeta pas comme les esprits faibles dans le parti opposé. Il garda ses défiances contre TEspagne , prit ses précautions contre l'Angleterre , et suivit sans s'en départir une politique vraiment nationale ; il combattit l'Espagne en Flandre, l'Angleterre en Ecosse. Pendant quatre années, son énergie, son activité ne se démentirent jamais. Agé de plus de soixante ans, tourmenté par la misère où le laissait Henri III, il suffit à tout, et trouva des loisirs pour écrire des mémoires qu'on peut proclamer sans exagération le guide le plus sûr pour l'histoire d'une partie du xvi* siècle. Je pourrais accumuler les autorités à l'appui de cette assertion • ; je me contenterai d'un nom auprès duquel tous les autres s'effacent. Bossuet caractérise Castelnau en ces termes : « auteur digne de toute croyance par son désintéressement et son grand sens *. » L'expérience de l'ambassadeur éclaira l'historien*, sans que les travaux intellectuels ralentissent l'activité de l'homme politique.

1 . Bibl. imp., ms., f. Béthune, ii« 8810 : « N'obmettaDt pas pourtant la dicte dame Royne envers le roy d'Espaigne de faire ce qu'elle pourra pour l'entretenir et dissimuler avec luy, et néantmoins tousjours soubz main allumer le feù de la guerre le plus qu'elle pourra entre ses voisins et s'en deffendre eUe et son royaume , etc. »

2. Voy. les témoignages de Le Laboureur, préface aux MévMires de Castelnau: Sorel, Bibl, franc., édit. 1664, p. 302 et 303; Niceron, Mém. pour servir à Vhist. des Savants, t. XIV, p. 121; Lenglet Dufresnoy, Méth, pour étud. Vhist,, édit. in-4, t. IV, p. 83, et le P. Lelong, Bibl, hist, de la France. Jebb , dans l'ouvrage intitulé Marie Stuart , t. II , préface , dit de Castelnau : « Quo nemo aut melius noverit quali in statu res versa- « rentur aut descripserit accuratius. »

3. Bossuet, Défense de Vhist. des Variations, n» xvi. — Édit. Lebel, Versailles, 1816, t. XXI, p. 517.

4. Il est certain que Castelnau écrivit ces mémoires pendant son ambassade : «Ce qui m'a donné, dit-il dans l'épître à son fils, occasion de faire ces mémoires , c'est quelque loisir que j'ai trouvé depuis dix ans que je suis ambassadeur du roi en ce royaume. » Mais ce passage ne détermine pas répoque précise de la composition. Les biographes de Castelnau ont négligé cette question , qui ne me parait pas sans intérêt ; car elle indique-

Page 1