Teulet, Première confession de Paris, p
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jardin; et Paris les introduisit dans la eliambre de la reine où ils répandirent sur le plancher la poudre qu’ils apportèrent successivement dans des sacs, parce que le coffre s’était trouvé trop volumineux. Ils prenaient si peu la peine de se dissimuler, que Bothwell descendit précipitamment de la chambre supérieure et leur dit : « Mon Dieu ! que vous faictes de bruyt! on oyt d’en hault tout ce que vous faictes'. » Avisant Paris, probablement fort troublé, il lui demande ce qu’il fait là, et lui ordonne de le suivre dans la chambre du roi, tandis que Hepburn, May demeurent tapisen silence près de leur amas de poudre. Paris remonte donc à la suite de Bothwell ; il se glisse parmi les seigneurs et se place près du comte d’Argyle qui lui frappe légèrement sur le dos, sans rien dire. La soirée s’avançait; cependant Darnley, flatté sans doute de revoir le cercle brillant des seigneurs autour de lui, reconnaissant envers celle qui le remontait à la splendeur de son rang, ne voulait pas qu’elle le quittât ; il s'attachait à elle avec une obstination quelque peu enfantine. A onze heures entin, elle se lève ; il est plus tard, dit-elle, qu’elle ne croyait ; elle ne doit pas manquer de parole à üastien et à sa femme. Darnley persistait à la retenir; elle tire de son doigt et passe au sien une riche bague ; et avec de douces paroles d’adieu, elle lui promet qu’il se reverront bientôt. Son départ eut lieu fort peu de temps après que Paris eut suivi Bothwell dans la chambre royale. « Et n’estant, dit Paris, à la chambre du roy la longueur d’une Pater noster, que la Itoyne s’en va vers l’Abbaye (Holyrood),et ihontelà où estoit les nopces » (Teul., p. 90). Tel est, analyse ou reproduction fidèle, le récit de Paris. Parce que le départ de la reine suivit presque immédiatementrapparition du valet, on a regardé celle-ci comme un signal. C'est une supposition gratuite ; les faits peuvent être successifs sans se produire nécessairement les uns les autres. Lorsque Bothwell dit au valet : « Quand Jehan Hepburn, Jehan Hay... , auront faict ce qu’ilz ont
t. Toujours d'après la Première déposition de Paris. Teutel, p. UO.
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envie de faire, ta sortyras et t’en viendras à la chambre du Roy, ou tu t'en y ras là où lu voudras, * est-ce convenir d’un signal? Quand le comte descend, inquiet du bruit qui se fait au rez-de-chaussée, quand il se fâche de l’air épouvanté de Paris, et l’emmène « après luy » dans la chambre du roi, y a-t-il en cela le moindre indice de collusion avec la reine? On lit, il est vrai, dans la déposition de Hay de Tallo : « A ce que croit le déposant, Paris (en remontant) fit connaître au comte de Bothwell que tout était prêt , et bientôt après la reine et les lords retournèrent à l'Abbaye, milord Bothwell avec eux » Nous ne nous chargeons pas d’accorder les deux témoignages. D’abord Hay de Tallo étant resté caché dans la chambre de la reine, n’a pas vu le fait dont il dépose, et qu’au reste il n’affirme pas. Ensuite Bothwell, descendu lui-même au rez-de-chaussée, a constaté de ses propres yeux que tout était prêt; qu’a-t-il besoin que Paris le suive pour l’en informer? Enfin Paris ne présente nullement le départ de la reine comme la conséquence de sa propre apparition chez le roi. Pour prouver la collusion, on s’appuie encore sur une phrase de Nelson : « La reine avait promis de coucher dans la maison la nuit du dimanche. Mais, après être restée longtemps et avoir entretenu le roi très- familièrement, elle se décida comme par une inspiration soudaine, et s’en alla, dit-elle, pour le bal masqué de Bastien qui se mariait cette nuit’. L’incident du vieux lit pourpre doit nous mettre en garde contre la véracité, sinon de Nelson, au moins de ceux qui ont tenu la plume pour lui. La reine ne pouvait pas songer à passer la nuit du dimanche à Kirk-of-Field. Il aurait fallu pour cela, qu’étant restée près du roi jusqu’à onze heures du soir, puis retournée à Holyrood pour le bal du mariage, elle revint à Kirk-of-Field très-tard dans la nuit pendant la saison rigoureuse, lorsqu’elle-même continuait à se ressentir de sa maladie de Jedburgh. S’il eût été réglé qu’elle cou-
t. Déposition de Hay de Tallo dans Anderson, t. II, p. 181. 2. Goodall, Append., p. 245.
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cherait le dimanche soir à Kirk-of-Field, verrait-on Darnley tant insister pour qu’elle ne le quittât pas encore? ' Eût-elle, fait prendre la veille la couverture de son lit? Cette allégation prépare la parenthèse perfide qu’elle s’en alla « comme par une inspiration soudaine • (as it hath been on the sudden). Car alors on peut croire qu’elle vient de recevoir le signal, et qu’elle invente un prétexte de s’éloigner. Mais ce mariage se préparait depuis plusieurs jours ; mais la reine avait annoncé qu’elle assisterait au bal et au coucher de la mariée. Il est donc naturel qu’après s’ètre attardée beaucoup avec le roi, elle fasse un effort sur elle-même pour lequitter, comme quelqu’un qui s’est oublié dans un endroit lorsqu’il est attendu dans un autre. La substance de ces dépositions contradictoires et mensongères devient dans le journal de Murray l’article suivant : « 9 février. Elle et Bothwell soupèrent au banquet de l’évêque des Iles. Ensuite elle se rendit en compagnie d’Argyle, Huntly et Bothwell chez le roi ; elle y resta, le comblant de caresses, jusqu’à ce que Bothwell et ses complices eurent tout disposé, que Paris, son valet de chambre, eut reçu la poudre dans la chambre de la reine et qu’il revint
1. Lorsque, après la mort de Darnley, la reine et le conseil annoncèrent celte catastrophe en France, leurs lettres, bien loin de donner lieu à penser qu’elle dût coucher cette nuit-là dans la funeste maison, insistèrent comme sur un bienfait de la Providence qu'elle n’y eût pas couché à cause du bal. — Labanoff, t. Il, p. 4, et Keith, préf. viti-ix. — Voy. au chap. suivant. — M. Mignel (t. I, p. 2K1) relève contre la reine « le transport de la poudre et l’introduction des deux principaux auteurs du crime dans sa propre chambre, où l’on n’aurait pas répandu la poudre ni caché les assassins si elle n’en avait rien su, parce qu’elle aurait pu y descendre et tout découvrir; enfin, son départ de la maison de Balfour, oïl elle detail paner la nuit, quelques heures avant que Darnley fût tué.... » Nous trouvons ces deux chefs d’accusation contradictoires. Comment admettre , quelque complice qu’elle soit, qu'elle laissera ou fera répandre la poudre dans la chambre où elle doit coucher? Est-ce pour sauter avec son mari? Ouelle terrible femme de ne pas reculer devant l’idée de dresser son lit dans le cratère même du volcan! Qui peut douter que si l’on répan 1 la poudre dans la chambre, c'est qu’on est certain qu’elle n’y doit pas passer la nuit? Et pour que les assassins le sachent, faut-il absolument qu’elle soit des leurs? D’autre part, devant aller au bal et coucher à Holyrood, se trouvant en retard, elle n’a aucune raison d’entrer dans sa chambre de Kirk-of-Field. Tout s’explique simplement
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donner le signal. Et ils partirent pour le banquet et le bal de Bastien vers onze heures ; ensuite ils retournèrent tous deux à l’Abbaye (Holyrood) et causèrent ensemble jusqu’à minuit passé1. » Voilà encore l’habitude obstinée de mettre Marie Stuart et Bothwell toujours tôte-à-tête, séparément de tout: calomnie ici, comme auparavant. Bothwell, au lieu de la suivre au sortir du banquet qui, dans ce journal, semblerait donné à leur intention, quoique ce fût une fête en l’honneur de l’ambassadeur de Savoie, Bothwell, disons-nous, alla préparer la poudre avec ses complices dans sa chambre basse d’Holyrood. — Paris « revint donner le signal : » aucun témoignage ne le porte, et le Journal de Murray suppose ce qui fait question. Le reste de cet extrait se compose d’affirmations gratuites, coups de pinceau ajoutés au tableau par l’artiste. Remarquons cependant qu’il est parlé du bal de Bastien , comme d’une chose qui allait de soi. Tous ces dires si peu autorisés ont pourtant reçu la plus facile hospitalité dans l’ouvrage du sévère historien : « Tout étant prêt, dit M. Mi- « gnet, Paris remouta dans la chambre du roi, et la reine se « rappela alors qu’elle avait promis. d’assister à une fête, « avec travestissement, donnée au palais d’Holyrood à Toc- « casion des noces de son serviteur Bastian qui s’était marié « ce jour-là avec Marguerite Carwood, une des femmes at- « tachées à sa personne et fort aimée d’elle. Elle prit donc « congé du roi*. » Ainsi M*. Mignet accepte sans examen la version de llay de Tallo, laquelle d’ailleurs ne trouve aucune confirmation dans celles de Paris et de Nelson. De même, par ces mots la reine se rappelle alors que les mariés d’Holyrood l’attendaient; il admet, également sans discus-