Chalmers, t. III, p
M. Mignet dit : « Au lieu d’ordonner son arrestation (de Bothwell), comme le demandait, dans une troisième lettre, le comte de Lennoi, elle le combla
LE JUGEMENT DE BOTHWELL
Au moment où Marie Stuart se décidait au sacrifice, si pénible pour une mère, d’éloigner d’elle le berceau de son enfant, le comte de Lennox, après seize jours de silence, reprenait sa correspondance avec elle. Mais entre le 1" mars, date de la dernière lettre qu’il avait reçue de Marie, et le 17, date de sa tardive réponse, il avait renoué ses vieilles trames. Ignorât -il que sa main cherchait les mains qui avaient étranglé son fils, il n’en est pas moins vrai que l’esprit d’intrigue l’entraînait à la plus révoltante des erreurs. Ne pouvait-il pas soupçonner les nobles qui dix-huit mois auparavant, en 1565, avaient dressé une embuscade pour le tuer avec Darnley, et déjà détrôner Marie? En même temps, lui, toujours persécuté jusque-là par Élisabeth, l’invoquait. 11 demanda le 9 mars à Cécil l'intervention de la reine d’Angleterre pour l'aider à punir l’assassinat de son fils*. Ces mesures prises, il écrivit à Marie sa troisième lettre, c’est à-dire la troisième de celles que nous avons (Houston, 17 mars 1567). Il débute par des remerciements sur une grâce que celle qu’il trahissait venait de lui accorder relativement à la garde du « Lennox, et il en sollicite l’extension. Ensuite abordant l’autre sujet, sur l’invitation que la reine lui avait adressée de lui désigner parmi les personnages nommés dans les affiches ceux qu’il croyait devoir être mis en jugement, il reproduisait ses conseils précédents de les arrêter tous, d’assembler
de nouvelles faveurs. Elle l'investit (lu commandement du château d'Edimbourg.... Elle lui donna de plus le château de Blackness, lTnch et la supériorité de Leith. • (T. I, p. 290.) Pour le commandement du château d’Edimbourg, nous venons de voir que les pièces authentiques tendent à établir le contraire. Quant & la supériorité de Leith, il faut se reporter à la vraie date , le 15 février; le diplôme est donc antérieur aux placards, dont le premier ne fut affiché que le 16. Ainsi ce n’est pas représenter la vraie physionomie des événements que vie montrer Marie Stuart honorant Bothwell accuse , de marques de faveur, qu’elle lui donna dans le temps où personne encore ne l'accusait. A grouper les faits, le tableau peut être plus vif , mais il est moins fidèle. Pour faire la balance, disons que Marie Stuart, toujours généreuse et trop généreuse, admit à cette époque Morton en sa présence et lui rendit le château de Tantallon et d’autres domaines, que la couronne avait saisis sur ce traître (Tytler, t. V, p. 396, édit 18é5).
I. Miss Striclcland , t. Y, p. 225, d’après le State Paper Office.
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promptement la noblesse, devant laquelle les auteurs des affiches seraient sommés de se présenter. Quant aux noms, il était bien étonné que la reine ne les eût pas entendu prononcer; et il lui énumérait ceux que contenaient les deux premiers placards'. — Ce n’était pas la peine de prendre seize jours pour combiner une réponse de ce genre. A quoi ce père employait-il le temps, de n’étre pas plus avancé au bout d’un mois que les placards, et de n’avoir absolument aucune lumière sur les auteurs du crime? Buchanan a joint à la Detectio le texte de cette lettre', mais avec altération; par exemple il supprime le commencement, où Lennox ligure dans l’attitude d’un solliciteur à demi satisfait, rôle peu en harmonie avec celui de vengeur de la morale. .Marie Stuart répondit d’Edimbourg (23 mars 1567) qu’elle avait prévenu ses désirs quant à la convocation de la noblesse, que l’assemblée devait s’ouvrir dans une semaine, que les personnes désignées par lui s’y trouveraient, qu’elles seraient mises en jugement selon les lois du royaume, et punies avec la dernière rigueur en cas de culpabilité. Elle réitérait à son beau-père la prière de venir de sa personne à Edimbourg afin d’assister au jugement et d’y travailler de son mieux. — Il va sans dire qu’il ne remua pas d’Houston, et qu’il continua déjouer dans le lointain l’amour paternel.
Catholique, il ne vint pas non plus assister à la messe de Requiem que Marie fit célébrer le 23 mars pour le repos de l'âme de leur mari et lils. Cinq jours après, le vendredi saint, elle se rendit à la chapelle d’Holyrood accompagnée de deux dames seulement, et demeura plongée dans la prière, silencieuse et solitaire, depuis onze heures du soir jusqu'à trois heures du matin. C’est Drury, un ennemi, qui mande à Cécil ces détails touchants*. Remarquons le choix du jour de cette pieuse veillée. Sonl-ce là les traits d’une Médée? Urury