Goodall, Append. p
3. T. I, p. 299. Le nom de lord Herries se trouve également dans la copie de Kead et dans celle de sir James Baltour, Keith, loc. cit. — A la suite du récit du souper, il y a dans M. Mignet une page étrange (p. 300-1) que nous avons déjà eu à combattre incidemment (chap. V) mais qu'il est bon de résumer ici. L'historien représente Marie plus éprise que jamais de Bothwell; ce mailre violent se défie de sa fidélité et lui ôte lady Reres qui avait la réputation d'élre sa complaisante. 11 la remplace par sa propre sœur, lady Coldingbam. La reine est réduite à lui écrire avec toute l'humilité de la passion : « J’en prendrai quelqu’une dont j’estime que la façon vous contentera.... • — Il est difficile de prendre plus de licence avec les faits et avec les textes. Nous ne parlons pas de cet amour furibond de Marie Stuart, 1a grande erreur de ses juges : qu’à cette époque, Bothwell eût le crédit de remplacer par sa sœur, lady Coldingham, lady Reres auprès de la reine; cela peut être simplement l’habileté d'un homme qui prépare les voies à ses projets ultérieurs. Mais cela autorise-t-il M. Mignet à reculer vers le 20 avril, sans aucun motif plausible ni même indiqué, la lettre supposée de Marie Stuart, lettre que les accusateurs de la malheureuse reine ont toujours donnée comme la quatrième écrite par elle île Glasgow, vers le 27 janvier. Les mômes ont toujours dit que la femme ingrate qu elle voulait renvoyer pour complaire à Bothwell, était Marguerite Carwood. M. Mignet substitue lady Reres, encore sans motif. Mais dans cette lettre, Marie fait allusion au mariage prochain de Marguerite, mariage qui eut lieu le 9 février, quelques heures avant la mort de Darnley; elle dit : « I l quand elle sera mariée. je vous prie de m’en donner une autre, ou bien j’en prendrai quelqu’une dont j’estime....» (Teulet, p. 47). Ces mots « quand elle sera mariée, » ne permettraient pas le doute: car lady Reres était mariée; elle avait mis au monde un fils, l’année précédente, en même temps que Marie. M. Mignet
Pendant que les seigneurs travaillaient si savamment à unir les destinées de Marie Stuart et de Bothwell, ils aiguisaient en cachette le fer qui devaient les trancher. Dés la fin de février, nous l’avons vu, ils avaient posé les bases d’une confédération en présence de Murray, dans la réunion de Dunkeld. Leur prétexte était de venger le roi, eux les assassins du roi autant que Bothwell. Ils étendirent sur le fils l'intérêt que le père leur inspirait maintenant; et leur mot d’ordre fut qu’ils craignaient que la reine, ayant perdu à force de frénésie amoureuse la possession d’elle-méme, ne livrât son fils à Bothwell qui s’en débarrasserait comme il s’était débarrassé du mari. Inquiétude bien superflue : la pauvre mère n’avait-elle pas pris les devants 1 N’avait-elle pas, dès le 19 mars, éloigné d’elle et confié au comte de Mar son enfant, pour qu’il veillât sur lui dans sa forteresse de Stirling, jusqu’à l’âge de dix-sept ans? Ce comte de Mar, n’était-il pas oncle du comte de Murray? Quelle meilleure sûreté pour le jeune prince' ? Bientôt, quand Marie se courbera sous la nécessité et qu’elle épousera Bothwell , avant le mariage, elle enverra secrètement par Leslie, le fidèle évêque de Ross , une lettre au comte de Mar, portant injonction la plus formelle de ne remettre l’enfant à per-
les fait disparaître d’un trait de plume, et, à l’aide de cette dernière violence aux choses, il approprie la phrase & lady Hères.
Autre observation : nous avons eu l’occasion de dire aux endroits rappelés plus haut, qu’il aurait mieux valu laisser dans l’immonde pamphlet de Buchanan, cette allégation que lady Reres avait la réputation d'étre la complaisante de la reine. Encore, ce que l'auteur de la Deleclio entend, c’est complaisante de l’intrigue entre la reine et Bothwell; tandis que, cher l’écrivain français, cela preud un sens général et absolu : complaisante des divers débordements de la reine, et, pour cette raison, suspecte à Bothwell. Ainsi, de cette page regrettable sort une calomnie nouvelle et gratuite, assurément contre l'intention de l’auteur. Mais voilà l’effet des systèmes préconçus.
1. Voy. le ch. vn. Nous avons cherché inutilement dans M. Mignel une mention quelconque de ce fait. Il est bien dit (t. I, p. 290) que la reine investit Bothwell du commandement du château d'Edimbourg, que possédait le comte de Mar, gouverneur du prince royal, mais sans une seule explication.
SON MARIAGE AVEC BOTHWELL. 329
sonne autre qu’à elle-même, sous quelque prétexte que ce pût être'.
Toutefois avant de franchir le pas glissant de la révolte, les conjurés désiraient savoir les dispositions de l’Angleterre, si elle les appuierait ou les abandonnerait, l’attitude qu’elle prendrait devant décider de leur sort. Ce fut un des aflidés, le mieux apprécié de Cécil, qui sonda le terrain. Le 20 avril, le matin après le souper d’Anslie, sir William Kirkaldy de Grange écrivit au comte de Bedford. Analysons d’abord la lettre; nous dirons ensuite ce qu’était le laird de Grange. Il déplorait la folie de la reine, s’étendait sur le danger que courait le jeune prince, prédisait le mariage imminent de la reine avec Bothwell. Elle en était si « effrontément amoureuse » qu'on l’avait entendu,.dire qu’il lui serait indifférent de perdre la France, l’Angleterre et son propre royaume pour lui ; et plutôt que de le quitter, elle le suivrait jusqu’au bout du monde, en jaquette blanche. Kirkaldy terminait en sollicitant l’aide d’Élisabeth pour lui et ses amis, dans le cas où le meurtre de leur souverain ne resterait plus longtemps sans vengeance*.
Et maintenant, avant d’aller plus loin, ouvrons une parenthèse à la fois sur le passé de Kirkaldy de Grange et sur les derniers temps de sa vie. Le lecteur verra que ce n’est pas sortir de notre sujet. Kirkaldy de Grange, un des premiers et des plus fougueux disciples de la réforme en Écosse, avait figuré parmi les assassins du cardinal Beaton en 1546, exploit qui lui avait mérité, de la part de Henri VIII, une pension annuelle de cent livres*. Vingt ans après, il avait trempé ses mains dans le sang de David Riccio. La munificence d’Henri VIII lui avait fait prendre goût à l’argent d’Angleterre; il s’était mis à la solde des ministres de ce pays, pour
1. Miss Slrickland, I. V. p. 295, d’après une lettre de Drury il Cécil.
2. Mignet,t.l, p. 314. — Miss Strickland, t. V, p. 255. Tytler, t. V, p. 403, édit. 1845. Le laird ne pense pas à parler de la contrainte prétendue exercée quelques heures auparavant sur les nobles invités de Bothwell. Il n’y pensera que dans une autre lettre du 8 mai (Tytler, t. V, p. 407, édit. 1845).