‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 190 sur 257 · L’adultère commis par lui sous le toit conjugal · texte numérisé non relu

L’adultère commis par lui sous le toit conjugal

а. L’Eglise réformée.

б. Grossier mensonge. Ce mariage fut célébré devant l'Eglise réformée, exclusivement. — Voy. ch. vil. — Comme il avait eu lieu à quatre heures du matin, presque sans témoins, les rédacteurs du bond du 16 juin, crurent apparemment pouvoir se douner carrière à ce sujet.

CHUTE DE MARIE STUART

de Sa Majesté pour lui parler ou s'acquitter de son office, tant il était soupçonneux, autrement que par lui et en sa présence, tandis que des gardes armés veillaient sans relâche aux portes de la chambre royale : alors nous (trop tard, il est vrai), nous commençâmes à considérer la situation, et à nous préoccuper de nous-mêmes, mais surtout de la conservation des jours du prince orphelin, le fils unique et légitime héritier de notre souveraine, à regarder le honteux esclavage et la captivité de Son Altesse sous le joug du comte; de plus, nçus fûmes frappés du grand danger quec ourait le prince, alors que le meurtrier de 6on père, le ravisseur de Sa Majesté la reine sa mère, était en possession des principales forces du royaume, maître d’une gar de militaire. Avec quelle facilité ne pourrait-il pas à l’improviste accabler et détruire cet innocent enfant, comme il avait fait le père; et ainsi par tyrannie et cruauté, usurper finalement la couronne royale et le gouvernement suprême de ce royaume ! Enfin, dans la crainte et au nom de Dieu, animés de l'obéissance due à notre souveraine, mus et contraints par tous ces justes motifs, nous avons pris les armes pour venger cet horrible et cruel meurtre sur le comte de Bothwell, sur ses autres auteurs et inventeurs, pour délivrer notre souveraine de ses mains, aussi bien que de l’ignominie, de la honte et de la calomnie auxquelles son esclavage avec lui l’expose, à cause de ce mariage illégal; pour préserver la vie de notre prince naturel, et entin garantir la justice également à tous les sujets du royaume * — Suivait la formule de confédération : les signataires s’obligeaient de poursuivre jusqu’au bout, aux dépens de leur vie et de leurs" biens, l’entreprise qu’ils résumaient ainsi en finissant : punir les auteurs du meurtre du roi et du

1. Ils avaient, au bond d’Anslie, commencé par livrer la reine à Bothwell; et tant que le mariage qu’ils avaient recommandé si chaleureusement n'avait pas été consommé, ils n’avaient pas bougé. Puis ils s'étaient soulevés afin de la délivrer, quand elle n’était plus é délivrer. Ils se vantent de lui obéir, alors qu’ils la tiennent, depuis la veille, dans la captivité la plus outrageante, et qu’ils vont la reléguer dan» la captivité perpétuelle. Oue d'hypocrisie !

CHUTE DE MARIE STUART

rapt de la reine, dissoudre et annuler le mariage contracté illégalement', relever la souveraine de l’esclavage, de la captivité et de l’ignominie quelle subissait par le fait du comte, mettre en sûreté la personne de l’innocent prince, la tirer de ^ l’imminent danger où elle se trouvait; restaurer la justice et en assurer l’égale administration à tous les sujets.

Ils promettaient de tenir leurs engagements loyalement, comme ils auraient à en répondre devant le Dieu tout-puissant, sur leur honneur, foi et fidélité, aussi vrai qu’ils ét jient gentilshommes, et dévoués ù l’honneur de la patrie, etc.

En vérité, ces gens sont les Titans de la fourbe. Ils ont projeté une première fois l’assassinat de Darnley en 1 565. Ils renouvellent à Craigmillar en novembre 1566, le pacte homicide; ils ne s’emploient pour le rappel de Morton en décembre suivant, qu’après avoir exigé et obtenu son adhésion au complot. Après le crime, ils font avorter les recherches; le jour du jugement de Bothwell, ils chevauchent à ses côtés, dans la ville remplie de leurs clients en armes, et procurent son acquittement. Quelques jours après, ils se déclarent par écrit résolus de combattre jusqu’à extinction, quiconque oserait ternir l’innocence du comte; avec les mêmes démonstrations de dévouement accompagnées d'imprécations contre eux-mômes, s’ils se démentaient jamais, ils le recommandent pour mari à la souveraine, dont ils ont brisé l'âme et le ressort par deux horribles meurtres en deux ans. Le rapt de Foulbriggs, la captivité de la reine à Dunbar, le divorce les trouvent impassibles : car ces violences et ce scandale étaient les conséquences naturelles du boml d’Anslie. Nul d’entre eux ne pouvait ignorer que pour devenir l’époux de Marie Stuart, il fallait d’abord que Bothwell rompît le lien légitime qui l’unissait à Jane Gordon. Quand le malheureux mariage du 15 mai a rivé la chaîne de Marie Stuart et qu’il n’y a plus à en revenir, alors ils se lèvent pour la délivrer,

1. Une fois maîtres de la personnede la reine, ils ne s'inquiétèrent plus de rompre ce mariage. Que dis-je? Ils s’opposèrent & un divorce en lütiH.

CHUTE I)E MARIE STUAHT.

disent-ils; les voilà qui font un bond pour arracher du joug de Bothwell la reine qu’ils tiennent dans leurs mains, prisonnière; ils fulminent contre le meurtre de Darnley qu’ils ont commis, contre l’acquittement de Bothwell qu’ils ont prononcé, contre le mariage qu’ils ont imposé et qu’ils qualifient aujourd’hui de servitude déshonorante pour la reine, contre l’impiété du comte, qu’ils accusent faussement d’avoir célébré cette union par-devant les deux Églises : en un mot, tout ce qu’ils ont voulu; tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont préparé de leurs propres mains et de longue date, ils le rejettent avec l’accent de la vertu indignée,* sur l’homme aveugle qui a été leur instrument et leur dupe. Lethington devient l’ange du châtiment. Randolph pourtant n’en croira rien; nous, non plus. Car nous relirons son apostrophe à ce traître et à Kirkaldy de Grange

Du moins dans ce bond du 16 juin, Marie Stuart n’est pas accusée; elle a été enlevée de vive force, retenue prisonnière, contrainte de subir l’affront de ce mariage, et quoique mariée, environnée de gardes par un tyran soupçonneux. Point d’allusion à sa passion prétendue pour Bothwell, ni à cet exécrable projet de livrer son enfanta l’assassin du père. En résumé les nobles sont purement les vengeurs de l’innocence, les fidèles sujets qui arrachent leur reine à un esclavage intolérable ; impatients de se remettre sous son obéissance, et de témoigner aussi leur crainte de Dieu.

Alors qu’ont-ils donc fait la veille, lorsque Marie est venue vers eux spontanément? car elle aurait pu tenter au moins la fuite sur Dunbar. Pourquoi les insultes, l’arrestation qui démentirent si brusquement leurs solennelles promesses? Pourquoi l’atroce appareil du retour à Edimbourg, et la rigueur de la captivité chez le prévôt? C’est que tout cela n’était pas autre chose que l’exécution de leur complot contre la royauté.

Après le bond de confédération, ils dressèrent une autre

t. Voy. ch. vin.

CHUTE DE MARIE STUART

pièce dans laquelle ils jetaient le masque. C’était le warrant ou ordre d’emprisonnement de la reine h Lochleven. Ils récapitulaient d’abord les événements depuis la mort du roi, le mariage impie et honteux de la reine; ils ajoutaient qu’ayant fait connaître à la reine le misérable état du royaume, le danger de son fils, la nécessité de punir les assassins, ils avaient rencontré de sa part une répugnance intraitable; qu’elle soutenait donc Bothwell et ses complices ; que si elle conservait son État, elle suivrait sa passion désordonnée et conduirait le royaume è la ruine. En conséquence, ils avaient décidé que la -personne de Sa Majesté serait séquestrée de toute relation avec le comte de Bothwell, et avec quiconque pourrait tenter de le faire échapper au juste châtiment de ses crimes. Ils ordonnaient à Patrick lord Lindsay de Byres, à William lord Butliven, à William Douglas de Lochleven de la conduire au château de Lochleven, la place la plus convenable et la plus commode, de l’y enfermer, de ne pas permettre qu’elle eût des intelligences avec qui que ce fût, si ce n’est en leur présence ou par leur commandement, ou de la part des députés du conseil d’Edimbourg*.

Les signataires de cet ordre étaient Athol , Glencairn , Morton, Mar, Graham, Sanquhar, Symryle, W. Ochiltree’. Parmi eux Glencairn et Morton avaient signé le bond du souper d’Anslie; William Ruthven de même.

Qui s’attendrait aux motifs du warrant après avoir lu ceux du bond, deux actes rédigés le même soir? Quelle audacieuse contradiction! C’est sans doute que si l’un des deux avait pour objet de légitimer devant le public la confédération

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