Edimbourg, 17 juin 1566. — Teulet, p
4. Le matin du 16, quand elle était enfermée dans la maison du préviH.
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au contraire que je vouldrois qu’ilz y fussent, et le Roy en jugeroit comme le faict le mérite, car les malheureux faicts sont trop prouvés. » Voilà un témoignage accablant pour la pauvre reine — , en apparence seulement.
Est-ce ici du Croc qui parle de ce qu’il a vu de ses yeux, entendu de ses oreilles ? Non : c'est Lethington, maître de débiter à son auditeur toutes les fables, qu’il juge opportun de mettre en circulation dans l'intérêt de son parti. Lethington est le meneur de cette révolution aristocratique ; nous n’avons pas besoin de le prouver de nouveau, ni de redire l’amère philippique de Randolph. Il veut abuser du Croc, et par lui, la cour de France, où d’ailleurs l’ambassade anglaise préparait le terrain. Les lords ont besoin d’un prétexte pour colorer l’indignité de lèur trahison envers Marie Stuart. Impossible d’accuser de tyrannie politique ou d'intolérance religieuse la plus douce des souveraines ; l’évidence matérielle crierait trop haut contre une telle fausseté. Que faire? Employer les imputations de nature intime, toujours si difficiles à repousser; attaquer les sentiments supposés du cœur; arguer des apparences qu’avec un art consommé, on a su rendre contraires à une femtne accablée et malheureusement plus spirituelle que sagace; si les preuves manquent, en fabriquer. On ne parle encore ni d'adullère, ni d’assassinat; l’attachement passionné à Bothwell époux suffit pour le moment
Marie Stuart a donné une tout autre version de son entrevue avee le secrétaire. Ses instructions du 29 septembre 1568 à ses commissaires aux conférences d’York, por-
1. Cetté tactique est mise en œuvre par Cécil en même temps que par Lethington. Lettre de Cécil à Norris , ambassadeur' anglais en France , 26 juin 1567 (Chalmers, t. III, p. 244, nota s) : « La meilleure partie de la noblesse s’est confédérée alîn de poursuivre en justice la condamnation de Bothwell pour le meurtre du roi. Bothwell se défend par l’appui de la reine. Le 15 de ce mois, il se npt en campagne avec elle, mais si mal accompagné qu'il s’enfuit sans combattre et abandonna la reine sur le terrain. Celleci se rendant aui lords, refusa nettement de faire justice de Bothwell; aussi l'ont-ils enfermée 4 Lochleven . jusqu’à ce qu’ils en aient fini avec lui. »
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tent qu’elle réclama pour juger entre elle et les lords, la noblesse réunie et les Etats du royaume; qu’elle chargea Lethington de porter celte demande aux lords qui la rejetèrent'. C'est ce que ses commissaires déclarèrent en effet le 16 octobre suivant, en réplique à Murray Leslie le répète dans son éloquente et véridique Défense de l’honneur de la reine5. Et cette affirmation faite le front levé, on ne voit pas que Murray, Lelhington y aient répondu. Au reste, faut-il apporter la preuve matérielle que Lethington mentait devant du Croc? Le même entretien et la même dépêche renferment un mensonge énorme du secrétaire. Du Croc lui faisant observer que la détention de la reine après l’arrestation était une plus grosse affaire que l’arrestation même, parce que les lords, s'ils ne se trouvaient pas les plus forts demanderaient sans doute le secours des Anglais, etqu’alors il ne fallait pas douter que le roi de France ne prît le parti de la reine d’Ëcosse, Lethington se récria ; « il me jura sur son Dieu que, jusque icy, ilz n’avoient aucune intelligence avec la Royne d’Angleterre ni aultre prince estranger, et n’en demandoient point, pourveu que le Roy ne se déclare point pour la Royne d’Escosse, s’assurant assez de leurs forces pour exécuter leur entreprise, et qu’ilz seroient contrains de s’en ayder si cela advenoit ; mais surtout ilz désiroient que le Roy voulût prendre le Prince et ce royaume en sa protection et garde. — Je lui dietz que malaisément le Roy accepteroit cela contre le gré de la Royne, et qu’il ayroeroit mieux laisser executer ceste querelle, pourveu qu’ilz ne se aydent de la Royne d’Angleterre ni d’autres étrangers*. »
Le mensonge de Lethington, qui ne l’a reconnu du premier coup? Jurer sur son Dieu qu'ils n’ont aucune intelligence avec la reine d’Angleterre, et n’en demandent point! mais que font-ils depuis bientôt dix ans, qu’ils conspirent