‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 204 sur 257 · Keith, p · texte numérisé non relu

Keith, p

2. Hoberlson, t. Il, p. 340, Pièces historiques, n“ xxiî; Lettre de Tlirockmorton <1 Cécil, Berwick, U juillet 1567.

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mais aussi l’Angleterre pouvaient leur faire; qu’ils avaient appris par expérience que s’ils couraient la fortune de la reine (d’Angleterre), elle ne manquerait pas de les laisser « dans les ronces, » comme elle avait toujours fait; qu’ils ne voulaient donc pas s’attacher à aucun des deux royaumes, mais marcher entre l’un et l’autre d’un pas égal. Ils se plaignirent de la froideur avec laquelle leurs demandes de secours avaient été accueillies à Londres, et reçurent en branlant la télé, la promesse de Throckmorton au nom d’Élisabeth de leur donner une réponse raisonnable et définitive, dès qu’il se serait mis au courant de la situation. Ils feignaient d’avoir des offres avantageuses de la France : « S'il y a,» écrit Throckmorton en homme qui sait son monde, « s'il y a quelque vérité dans. In bouche de Lethington, du Croc est venu ici pour préparer l’arrivée de Rambouillet ou de quelque autre aussi qualifié, qui aura charge de les délivrer à jamais de leur reine; on l’enfermerait le reste de ses jours en France, dans une abbaye. » Un conseil national, choisi par les Français, gouvernerait le royaume.

Sur la question de permettre l’accès de Lochleven à l’ambassadeur anglais, ils s’y refusèrent, parce que ne l’ayant pas accordé aux ambassadeurs français, ils offenseraient la France, et que les Anglais ne manqueraient pas de se servir de cette faute pour le dommage des lords d’Écosse. A plus forte raison rejetèrent-ils la mise en liberté de la prisonnière, attendu que cette seule mesure préjugerait et trancherait le différend contre eux1.

Que Lethington jonglât si fièrement avec Elisabeth et Charles IX, cela prouve qu’il n’ignorait pas que les démarches ostensibles d’Élisabeth n’étaient que de faux-semblants et qu’en aucun cas Cécil n’abandonnerait les confédérés. Sa manœuvre avait seulement pour but de faire comprendre que,

1. Lettre de Throckmorton à Cécil. Fastcastle. 12 juillet 1567. — Voy. Robertson, t. Il, Pièces historiques , n“xxn, p. 341-344 ; miss Stricklnnd , t. V, p. 353-5.

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les lords valaient la peine qu’on les achetât plus généreusement.

Le lendemain, ils quittèrent ensemble Fastcastle; et une brillante escorte de quatre cents chevaux les conduisit à Edimbourg (12 juillet). Une fièvre de ferveur religieuse agitait alors cette ville. L'assemblée de l’Église prtsbytérienne du mois de juin s’était ajournée au 21 juillet; et ce jour devait être précédé d’une semaine de jeûne solennel : excellent moyen pour les lords de temporiser avec l’ambassadeur anglais. Quand, le 13 juillet, il parla d’audience et d’affaires, on lui répondit que cela n’était pas possible en temps de jeûne. Lethington s’appuya aussi sur ce que la plupart des lords étaient encore absents, et persista plus que jamais à tenir les portes de Lochleven exactement fermées. Il lui garantit d’ailleurs que la reine était en bonne santé sous la garde de lord Lindsay et de Douglas de Lochleven, mais qu’elle s’obstinait dans son attachement à Bothwell; qu’elle déclarait constamment vouloir vivre et mourir avec lui, dûtelle, si elle en avait le choix, abandonner couronne et royaume1.

Fatale complication de misère! On dit qu’elle croyait ressentir les premiers symptômes d’une grossesse. Alors, de peur d’infliger à son enfant la tache de bâtardise, et d’accepter pour elle-même le reproche d’avoir forfait à son honneur, si elle reconnaissait la nullité de son mariage avec Bothwell, elle aurait déclaré qu’elle aimerait mieux mourir*. Robert Melvil qui la vit sans témoins le 15 juillet, rapporta ce refus; il ajouta pourtant qu’elle consentait à confier le gou-

1. Throckmorlon d Élisabeth, Êdimlwurg 14 juillet 1567 ; dans Robertson, t. Il, Pièces hist. ir nu, p. 345-9.

2. Throckmortun à Élisabeth, Edimbourg 18 juillet 15G7 , Robertson , loc. cit. p. 355-6. Throclcmorton dit dans cette lettre , qu’il a conseillé à Marie Stuart de se prêter 4 ce qu'on exigeait d’elle relativement à Bothwell; qu’elle lui a fait dire qu'elle n’y consentirait jamais, etc.... — Il serait intéressant de savoir qui elle chargea de porter ces paroles. Si, par exemple, c’était, comme dit Tytler, Robert Melvit, celui-ci pourrait bien avoir altéré ta réponse.

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vernement du royaume au comte de Murray, seul ou assisté d'un conseil des lords. Il raconta aussi qu’elle l’avait prié de faire parvenir une lettre qu’elle destinait à Bothwell, et qu’irritée de son refus, elle la jeta au feu1 2. Avant d’accepter trop aisément ces divers points, surtout le dernier, réfléchissons que Robert Melvil la trahissait; partant, que sa sincérité est suspecte, surtout après tant de mensonges entassés par lui et ses complices, et lorsqu’ils avaient un intérêt si pressant à refroidir Élisabeth et Throckmorton à l’endroit de leur prisonnière. Celle-ci remit à Melvil une lettre pour les lords.

Ils affirmèrent à Throckmorton sans lui montrer cette pièce*, que la reine demandait, s’ils ne voulaient pas lui rendre la liberté, d’avoir au moins égard à sa santé et de la transférer à Stirling où elle aurait la consolation d’être avec son fils; s’ils la tenaient toujours àLochleven, de mettre près d’elle quelque autre dame (elle évitait de nommer lady Marguerite Douglas, dont la haine l’excédait). Elle réclamait aussi divers arrangements intérieurs. Quant au gouvernement, elle indiquait l’alternative que nous avons mentionnée tout à l’heure. Elle exprimait enfin le désir de voir Throckmorton, et rappelait aux lords que s’ils ne la regardaient, ni ne la traitaient comme leur reine, ils devaient en user du moins avec elle comme avec la fille de leur souverain ët la mère de leur prince.

On dédaigna sa requête et ses.plaintes.

Cependant nobles, ministres presbytériens et fidèles commençaient d'affluer à Edimbourg : John Knox, réfugié en Angleterre depuis l’assassinat de Riccio dont il avait été complice, était rentré en maître; et lui qui des premiers, avait embouché la trompette contre le monstrueux ç/ouvememenl clés femmes, qui de tout temps n’avait trouvé à mettre en comparaison avec sa douce reine que Jézabel et Ilérodiade, donna carrière à ses invectives et à sa cruelle éloquence. 11 s’était,

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