Voy. Keith, p
CHUTE DE MARIE STUART
reine par ses sujets avaient changé les dispositions d’Klisa- .beth en des sentiments de pitié, et l’avaient déterminée à la mettre en liberté par tous les moyens possibles. L’ambassadeur devait s’entretenir avec elle sur l’état du royaume, sur la manière dont les choses étaient arrivées, sur ce qu’elle croyait que l’on pourrait entreprendre honorablement parles conseils ou par la force, alin de la délivrer et de rétablir la paix dans le royaume; la reine d’Angleterre étant prête à faire en sa faveur, ce qu’elle ferait pour sa propre sœur ou même pour sa fille. Throckmorton ne devait pas non ï>lus laisser ignorer à Marie les accusations que ses sujets élevaient contre elle. Il devait l’écouter dans ses réponses , ses demandes et sa défense ; lui conseiller ia modération, l’oubli des olTenses une fois replacée sur son trône, le châtiment des assassins de son mari quels qu’ils fussent, la concession de garanties raisonnables, telles que ses nobles et ses sujets les désireraient pour leur vie et leurs biens. Sur ce point, Élisabeth offrait son arbitrage.
En résumé, elle estimait qu’il y avait trois questions principales à régler ; 1° la délivrance de la reine et un bon accommodement avec ses sujets, par persuasion, traité ou force ; 2» la punition des meurtriers de Darnley ; 3° la sûreté du prince royal évidemment compromise, si les meurtriers du père restaient impunis. Or quel meilleur moyen de préserver l’enfant, que de l’envoyer oji Angleterre, où il serait élevé par sa grand’mère (la comtesse de Lennox) ; * outre sa sûreté personnelle, il pourrait par la suite, y trouver beaucoup d’autres bonnes choses, qui ne seraient pas d’une médiocre importance1 ».
Avant toute démarche près de Marie, Throckmorton avait ordre de commencer par les lords. Cette autre partie de ses instructions2 portait que sa souveraine, désirant connaître
1. La sanction de ses droits à la succession d’Angleterre, qu’Elisabeth présente de loin comme un appât,
î. Vov. Keith, p. 414 .S.
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directement l’histoire des derniers troubles, l’avait chargé de visiter les lords et la reine; ils devaient d’autant moins hésiter à le mettre en rapport avec cette princesse, qu’Élisabeth n’était pas guidée par d’autres motifs que ceux qui les avaient décidés eux-mêmes à former leur ligue, savoir la punition des meurtriers du roi, et la conservation de l’enfant royal. * Ensuite, il proposerait les bons offices de son gouvernement pour ménager un accord entre eux et Marie Stuart Élisabeth revendiquait d’ailleurs au profit de sa cousine le principe qu’une reine ne peut être ni détenue, ni privée de sa couronne par ses sujets ; qu’il n’appartient pas à des sujets de chercher à.réformer le prince, autrement que par des avis et des conseils; et s’ils ne sont pas écoutés, leur devoir est de s’en remettre à Dieu. Car le prince ne tient que de Dieu. Au reste, elle prétendait seulement sauvegarder le trône de la reine d’Écosse ; passé cela, on prendrait les meilleures mesures pour garantir la tranquillité publique et sévir contre les auteurs du crime qui avait souillé le royaume. Il va sans dire qu’il entrait dans le rôle de Throckmorton de les détourner de renouer l’alliance avec la France, en leur remémorant que l’expérience ancienne et récente était là pour en démontrer les conséquences fâcheuses : d’ailleurs les Écossais n'auraient-ils pas tout à craindre pour leur religion? — Quant aux demandes de secours qu’ils avaient adressées à la reine d’Angleterre, ils ne lui avaient jamais envoyé quelqu’un d’autorisé.'Elle attendrait donc que son ambassadeur l’eût instruite de leur situation : alors elle leur donnerait une réponse définitive et raisonnable.
Ainsi la sévérité de ses doctrines sur l’inviolabilité de la puissance royale, ne l’entraînait pas jusqu’à décourager les rebelles. Un plan de réorganisation de l’Écosse fut par elle adjoint à ses doubles instructions : mise en liberté de la reine, procès de Bothwell , divorce avec lui, convocation d’un parlement, amnistie générale, partage de l’exercice Ae l’autorité entre la reine et la noblesse (réglé de telle sorte qu’il équivalait à la mise en tutelle de la royauté);
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on priera la reine d'Angleterre d’accepter le protectorat dudit parlement'.
Ces arrangements quels qu’ils fussent, auraient sans doule mieux valu pour Marie Stuart que la captivité. Mais Élisabeth n'était pas sincère avec elle-même; il s’en fallait bien qu'elle fût décidée à employer la force en faveur de sa parente. 11 parait môme qu’au moment où elle fit partir Throckmorton, elle penchait plutôt du côté des lords. Au moins c’est ce qui ressort d’une réponse de cet ambassadeur à une dépêche de Cécil qui lui était parvenue à Berwick, le
10 juillet, avant qu’il fût sorti du territoire anglais. « Je suis fâché, disait-il, de voir que les dispositions de la reine envers les lords soient changées, à l'occasion de tout ce qui a été fait. Il est certain que ces lords peuvent être plus utiles à Sa Majesté que la reine sa cousine, et qu’ils sont des instruments plus propres à procurer quelque avantage et tranquillité à Sa Majesté et à son royaume, que la reine d’Écosse, dont la réputation est entachée*. »
On a rangé quelquefois Throckmorton parmi les amis de Marie Stuart ; il est facile ici de voir ce que l’on doit en penser.
11 se contentera de s’acquitter extérieurement de la partie sympathique de sa mission. C’est qu’il faut distinguer en lui le porte-paroles de la variable Élisabeth, et l’agent de l’immuable Cécil. De là, le rôle incertain et même ridicule qu’il va jouer. Le 11 juillet, il entrait en Écosse ; Lethington et James Melvil, accourus au-devant de lui, le conduisirent à Fastcastlc, chez lord Home. Là dans une conférence privée, il leur fit connaître ses instructions et demanda qu’on l’introduisît auprès de la reine. Mais il reconnut tout de suite qu’il avait affaire à des maîtres dans l’art subtil et audacieux, où ils s’étaient montrés si redoutables à l’infortunée Marie Stuart. Ils répondirent qu’ils savaient le mal et le bien que non-seulement la France,