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Lettre à Élisabeth, 19 juillet 1561, Keith, p

CHUTE DE MARIE STUART. 447

Un second parti (Athol, Morton), aurait souhaité que la reine allât vivre pour toujours en France ou en Angleterre, après avoir abdiqué en faveur de son fils, et constitué un conseil national de gouvernement.

Un troisième groupe, réclamait la mise en jugement, la condamnation de la reine à la prison perpétuelle en Écosse, et le couronnement du prince.

Enfin venaient les impitoyables qui ne voyaient de sûreté pour eux que dans une exécution à mort, parce que la prison pouvait lâcher sa proie.

Nous ne croyons pas qu’au fond il y eût autant de dissidences qu’on en marquait devant l’ambassadeur. Lethington jouait la douceur, parce qu’il avait besoin d’Élisabeth et qu’il craignait de l'efiaroucher par la rigueur du langage. Était-il sincère, lui qui énonçait comme condition essentielle, le châtiment des assassins de Darnley, châtiment dont il aurait senti les premiers coups. Nous rencontrerons plus loin un autre fait très-propre à nous faire lire au vrai dans sa pensée.

Tandis que ces apprêts de la réunion ecclésiastique passionnaient grands et petits, Throckmorton plus persévérant qu’heureux dans ses efforts, cherchait toujours avec qui négocier officiellement. Le 15 juillet, il avait remis aux lords une note portant demande d’être admis sans plus de délai près de la reine d’Écosse, dont il réclamait en même temps au nom de sa maîtresse la mise en liberté. Mais les jours s’écoulaient sans lui apporter de réponse. Morton qu’il saisit non san3 peine le 20, lui dit que celte journée étant consacrée à la communion, aux sermons et à la prière publique, les lords ne pouvaient pas se dispenser d’y assister, ni s’occuper des affaires du monde; car il leur fallait chercher d’abord les choses de Dieu, et prendre conseil de Celui qui pouvait le mieux les conduire*. — Toutefois le saint homme voulut bien promettre à son interlocuteur mystifié, qu’il aurait des nouvelles très-prochainement. En effet le même jour, à onze

1. Throckmorton à Elisabeth, 21 juillet loti 7 , Keith , I’réf. p. xi.

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du soir, Lethington remit à l’ambassadeur un long mémoire justificatif de leurs faits et gestes.

L’adroit Ecossais déclara dans la conversation, qu’il ne dépendait pas de lui d’accorder à Throckinorton ses deux demandes ; il s’étendit sur les dangers de la politique incertaine de la reine d'Angleterre qui pousserait l’Écosse dans les bras de la France, beaucoup plus que l’Ëcosse elle-même ne le souhaitait; il dit avec une exagération de crainte et de douleur sur le triomphe imminent et irréparable de l’influence française, ce qu’il aurait dit identiquement à un ambassadeur de France, en transposant seulement les noms de souverains et de pays.

Le mémoire qu’il déposa entre les mains de Throckmorton, est la première accusation portée dans les règles par les lords contre Marie Stuart, et par-devant Elisabeth. A ce titre, il est de la plus grande importance; et l’on ne s’étonnera pas que nous en fassions une étude approfondie. Véridique en effet, il condamne et accable l’accusée; mensonger, il se retourne contre les accusateurs. Or le mensonge y est flagrant à toutes les lignes : le mensonge par insinuation, le mensonge qui se ménage en détournant le sens des faits, le mensonge qui les suppose hardiment, le mensonge qui à propos sait approprier à ses fins un lambeau de vérité, ou se cacher derrière elle; le mensonge qui s’attendrit, celui qui s’indigne, en un mot un chef-d’œuvre de mensonge.

En commençant, Lethington s’excuse de ne pas donner de réponse catégorique sur les demandes de l’ambassadeur, parce qu'en ce moment les lords sont dispersés dans les différentes parties du royaume où les retiennent les intérêts de leur juste querelle '. Il s’étend sur leurs sentiments de recon-

I. Voy. ce document dans Keith, p. 417-420. Keith lui a donné dans son texte la date du 1 1 juillet 1567 ; mais il a établi dans sa préface p. xi , notes b et c, que la date véritable est le 20 juillet. Cela ressoil, du reste, évidemment île la lettre de Throckmorton X Elisabeth , 21 juillet 1567 , citée au même endroit par le mémo auteur. On retrouvera dans ce mémoire des choses déjà énoncées par les lords dans d’autres pièces, par exemple dans le bond de la nuit du 16 au 1 ~ juin.

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naissance pour la reine d’Angleterre, à laquelle ils sont tant obligés, qui a bien voulu agir envers eux avec tant d'amitié, et approuver les motifs de leur entreprise'. En elle, repose toute leur confiance; et ils ne craignent pas de soumettre leurs actions à son jugement.

La narration obligée suit cet exorde insinuant. En premier lieu, disait-il, il ne fallait pas croire que les lords eussent agi ainsi avec leur souveraine pour leur plaisir, elle, la personne du monde qu’ils avaient le plus révérée et honorée du fond de leur cœur, dont ils avaient le plus ardemment souhaité la grandeur; pour l’y élever, ils auraient mis leur vie en hasard’. Jamais ils n’avaient eu la pensée, au début de cette entreprise, de restreindre sa liberté et de s’en prendre à sa personne’. Les circonstances qui les avaient déterminés, étaient trop connues du monde, et de bien plus de gens qu'ils ne l'eussent souhaité; car elles couvraient d’ignominie la nation entière, et touchaient à l’honneur de la reine ellemême, autant qu’à l’honneur de tous.

Lethington récapitulait en traits indignés, mais rapides (car il avait ses raisons d’étre bref), l'horrible meurtre du roi1, la comédie dérisoire du jugement et, s’interrompant pour déclarer que le témoignage des lords fût-il suspect, ils étaient convaincus que la conscience de la reine d’Angleterre n’avait pas manqué d’autres moyens de s’éclairer, il reprenait le rapt infâme commis sur la reine; comment la terreur, la force * (et ils avaient tout lieu de la soupçonner),

1 . Lethington a juré à du Croc , le 16 juin , que les lords n’avaient aucune relation avec l'Angleterre.

2 Et le complot de ce même Lethington , en 1561 , pour la 'aire airêter et détenir par les Anglais à son retour de France ? — Et le complot de 1565 pour lui ôter la couronne et l’enfermer à Lochleven? Et le complot de 1566 pour la détrôner, la frapper ainsi que Riccioî

3. Et les lettres de Kirkaldy de Grange, de Lethington, de Robert Melvil? Et les termes de la négociation de James Melvil avec Balfour ? Et Randolph accusant Lethington en 1510 2 (Voy. chap. vin.)

4. Meurtre dont il était l’Instigateur principal. Voy. chap. iv.

5. Comédie dont il avait été l’acteur principal. Voy. chap. vu.

6. Ici Lethington est dans la vérité; nous nous sommes déjà servis de son

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quelque attentat encore plus extraordinaire et plus illégitime, l’avaient contrainte de partager le lit d’un homme marié, qui moins de trois mois auparavant, avait tué si cruellement son époux dans son lit; le danger du jeune prince; la captivité où le ravisseur tenait jour et nuit la reine, entourée de satellites et séparée entièrement de sa noblesse; son intention de la faire boire à la même coupe que le premier mari, car il tenait en réserve sa première femme, avec laquelle il comptait s’asseoir un jour sur le trône C’était là certainement son but. Car quand on acquiert par des moyens pervers, on est condamné à les employer aussi pour conserver. Dans une telle situation, que devait faire la noblesse? Fermer les yeux? « Hélas! elle le lit trop longtemps, et son repentir en est bien amer*. * Agir seulement par avertissements et conseils? Mais avec ce tyran sanguinaire, qui eût parlé librement aurait bien fait de recommander son âme à Dieu, et aussi l’âme du Prince, « et nous le croyons fermement, l’âme de la reine, notre souveraine ; il ne l’aurait pas laissée vivre six mois, comme on peut le conjecturer de ce qui arriva pendant le peu de temps qu’ils furent ensemble, et de son obstination à conserver son autre femme chez lui, dans sa maison \ »

récit, au chap. vin. Mais il va s'embusquer derrière ccs vérités pour mentir avec plus d’effet. Il juge à propos d’omettre la ratification solennelle du jugement par la noblesse assemblée en parlement . et le bond d'Anslie qui eut pour conséquences le rapt et le mariage. Nous n'avons pas besoin d'insister sur la rédaction de ce bond et sa très-fidèle exécution jusqu’au mariage inclusivement.

1. Conte ridicule. Le système des nobles, comme des lettres supposées, est de représenter Marie Stuart amoureuse de Bolliwell, Botbwell amoureux de sa première femme.

2. Il serait superflu de démasquer ici l’hypocrisie une fois de plus.

3. Larmes de crocodile. Nous avons vu que Botbwell avait cédé à lady Gordon la jouissance viagère de Nether-Hales (chap. vin). Il fallait bien lui faire des conditions acceptables pour la décider au divorce. C’est terriblement détourner les faits de leur sens, que de voir là une preuve que Botbwell voulait la reprendre pour orner son front de la couronne, quand il aurait assassiné Marie. — Ces déclarations sur la oruelle tyrannie de Bolhwell portent à faux; car il ne fit périr personne pendant le temps

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lis n’avaient donc pas d’autre ressource que celle de l’insurrection armée. Elle était dirigée uniquement contre la personne de Bothwell; on se proposait de dissoudre la déshonorante et illicite cohabitation déguisée sous le nom de mariage, contraire aux lois divines et humaines, de purger ce pauvre royaume de son opprobre devant les nations, de venger le roi assassiné, et de protéger son innocent rejeton : cela n’était possible que par la punition du comte de liolhwell ; et l’on ne pouvait s’emparer de sa personne que par la force des armes *.

(ju’ils n'en voulussent qu’à Bothwell, continue Lethington, c’estcequ’ils prouvèrent devant Borthwick, lorsqueayant appris qu’il s’était évadé, les nobles n’insistèrent pas, quoique rien ne fût plus facile à prendre que ce château’. « Ils retournèrent à Edimbourg, atin d’aviser à se saisir autrement du comte. Pendant ce temps, pour éviter le danger suspeudu sur sa tête, et se couvrir de l’autorité de la reine en menant avec lui sa très-noble personne, il mit un grand nombre de sujets de la couronne sous les armes , dans l’intention de nous attaquer à Edimbourg et d’empêcher nos délibérations, dont il sentait tout le péril pour lui. Ce qui s'ensuivit, nous pensous que vous en avez eu connaissance suffisamment, et de quelle manière s’inquiétant fort peu ou pas du tout d’elle, il se sauva lui-même; et elle vint avec nous à Edimbourg *.

qu'il eut le pouvoir. Il n’y avait pas un de ses ennemis qui n'eût plus de meurtres que lui sur la conscience. Nous ne savons pas ce qu’il aurait Tait de Marie Stuart au bout de six mois; mais on a lieu de croire qu’elle n’aurait pas duré deux mois avec les lords , comme nous le verrons bientôt , si elle eût refusé d’abdiquer.

1. S'emparer de sa personne ! justement la seule chose qu’ils négligèrent & la journée de Carberry-Uill, le 15 juin. Pas un instant, ils ne se mirent sur ses traces.

2. Ici, Keith remarque qu’il y a plus d'une manière de raconter l'histoire. En effet, s'ils ne prirent pas Borthwick, ce ne fut point par respect pour Marie Stuart qui s’y trouvait; c’est qu’ils ne se crurent pas en état de le prendre. On vit par leur conduite à Carberry-Hill, que leur grand objet était |a capture de la reine.

3. Ce serait le cas de renouveler l'observation de Keith. 11 serait su;>erllu d’ailleurs de prouver combien ce compte rendu de la journée du 15 juin est

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Comme notre entreprise était dirigée droit contre lui, nous nous mimes à agir auprès de Sa Majesté, afin de lui persuader au nom de son honneur, pour la sûreté de son fils, la décharge de sa conscience et la tranquillité de l’État, de consentir à se séparer de cet homme pervers, auquel aucun lien légitime ne l’attachait, et avec qui elle ne pouvait pas demeurer sans perdre l’honneur et risquer son royaume’. Nous y ajoutâmes toutes les bonnes remontrances que de bons sujets peuvent soumettre à leur prince en pareil cas : mais bien vainement; car tout au contraire de notre attente, nous la trouvâmes si passionnée à le soutenir, lui et sa cause, qu’elle ne voulut pas supporter un mot de blâme contre lui, ni souffrir que l’on mit ses actes en question *. Bien loin de là, elle offrit d’abandonner ses États et tout, si on voulait lui permettre de le posséder encore, et cela avec un torrent de menaces contre ceux qui auraient trempé dans ces affaires’. •

« L’âpreté de ses paroles rendit témoignage de l’emporte-

mensonger. Nous renvoyons le lecteur à notre récit. Remarquons, du reste, que Lethington esquive le détail de la capitulation , des engagements solennels pris par les lords, et du retour & Edimbourg. C'est comme Buchanan, quand il ne sait plus sur quoi mentir, il s’écrie : «Qui ne sait comment les choses se passèrent alors?... *

1. Disons encore que ce mariage était l’œuvre expresse des grands qui le

flétrissent ici. «

2. Voilà le thème mensonger que Lethington avait employé le 16 juin avec du Croc.

3. Keith remarque qu’il n’est plus question de la lettre de Marie à Bothwell, que les nobles auraient interceptée la nuit du 15 au 16 juin. N’auraitelle pas valu ici plus que tous les raisonnements du monde? Mais on l'avait supposée pour fournir à Kirkaldv un prétexte de se dégager envers la prisonnière; ensuite on avait abandonné cette invention avec le mépris qu’elle méritait. Cependant , ce n'était pas tout. Les lords n’avaient-ils pas saisi, le 20 juin , la cassette de vermeil contenant les lettres de Glasgow et de Stirling, les sonnets, la promesse de mariage de Marie à Bothwell? Pourquoi donc n’cmployèrenl-ils pas vis-à-vis le gouvernement anglais, ces pièces qui les auraient dispensés de s'avilir à tant d’impostures, qui auraient fourni si amplement à Elisabeth les lumières qu elle demandait, comme condition du secours qu’elle devait leur accorder? C’est évidemment que Morton n'avait rien saisi le 20 juin et que la prétendue correspondance n'éluit pas encore lorgée.

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ment de sa passion ; de là pour nous un juste motif de penser que, sous l’empire de cette passion, aussi longtemps qu’il y aurait en Écosse des hommes prêts à prendre les armes à son commandement, elle ne manquerait pas de les mettre en campagne pour la défense de l’assassin, et qu’il faudrait s’attendre chaque jour à de cruels combats*. Quelles funestes consé .uenccs pouvaient en résulter pour elle, pour son fils, pour nous et tout le royaume, nous vous laissons le soin d'en juger. Cependant nous pensions, et nous le pensons encore, car nous savons la grande sagesse dont Dieu l’a douée, qu’en peu de temps son esprit recouvrerait son assiette, que les yeux de son intelligence s’ouvriraient, qu’alors elle jugerait mieux d'elle-mème et de l’état des choses, » et qu’elle comprendrait que les lords, craignant la perte de son honneur et le bouleversement du royaume, avaient dû choisir de deux maux le moindre, c'est-à-dire la séquestrer momentanément, la priver de toute communication avec cet homme et sa faction, afin qu’on eût le loisir de respirer et de poursuivre le meurtre, •• bien certains qu’aussitôt qu’un juste jugement aurait manifesté la vérité, et que Bothwell aurait reçu la récompense due à l’action la plus abominable, elle ne refuserait pas d’approuver notre conduite comme ayant eu pour objet son honneur, bien plus que l’intérêt particulier d’aucun de nous’. Nous avons la conviction que si l’on examine et l’on pèse avec justice tous nos actes, du commencement à la fin de cette affaire, il en résultera manifestement qu'aucun prince chrétien n’aura sujet de nous condamner, mais qu’on pensera plutôt que nous avons mis l'honneur de la reine au-dessus de toute autre considération, sans nous inquiéter de ce qui pourrait advenir de nous et du

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