‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 241 sur 257 · Morton, régent d’Êcosse · texte numérisé non relu

Morton, régent d’Êcosse

port avec des personnes qui ont le pouvoir et la volonté de veiller à la conservation de notre joyau, et qui sauront, s’il en e.'t besoin , tenir la bride aux méchants.

« Je supplie Votre Majesté d’être sans crainte. Qu’elle ait confiance en Dieu; tout ira bien. La trahison de vos traîtres' est mieuxconnue que par le passé. Jesaurai toujours me comporter à la satisfaction de Votre Majesté, Dieu aidant, en tout ce qui pourra tendre à notre mutuelle consolation. Et maintenant je dois offrir à Votre Maj sté mes très-humbles remercîments de son bon souvenir et de sa bonté pour notre petite fille*. Quelque jour elle servira Votre Altesse. Que Dieu lui accorde cette griîce, et à Votre Majesté une longue et heureuse vie. Hackney ce 6 novembre. De Votre Majesté la très-humble et affectionnée mère et tante, Marguerite Lennox. »

Dans l'espace entre la date et la signature, Elisabeth Üavendish ajouta : « je remercie très-humblement Votre Majesté qu'il ait plu à Votre Altesse de se souvenir de moi, sa pauvre servante, et par un présent et dans la lettre à sa Grèce; ce n’est pas pour moi une faible consolation. Je ne puis que faire des vœux et prier Dieu qu’il vous accorde santé et bonheur, en attendant qu’il me soit permis de faire meilleur service Votre Majesté, ce qui est bien long à venir. J’y serai toujours aussi empressée qu’aucune des servantes de Votre Majesté, comme mon devoir m’y oblige. Je prie Votre Altesse d’excuser ces lignes informes, et d’accepter le bon cœur de celle qui les écrit ; elle aime et honore Votre Majesté sincèrement. — De Votre Majesté la très-humble et petite servante pour la vie, E. Lennox. »

M. Teulet a inséré loyalement la lettre de la comtesse de Lennox dans son recueil. Il n’apascru devoir y joindre le billet de ta jeune belle-fille. Cependant, il ne saurait être indifférent dp savoir et d’entendre ce qu’elle pensait. La première lettre

1. Nous aimons mieux traduire mot à mot, pour rendre l’énergie de l’original : « The treachery of your traitons is known better than before. »

2. Charles Darnley venait d’avoir d’Elisabeth Ca verni ish une fille qui fut appelée Arnbella Stuart-

ne prend-elle pas plus d’autorité par la seconde? C’est comme un tableau de famille qui se complète. Le prince LabanofTy a vu, avec raison à notre avis, la preuve évidente que la comtesse « avait reconnu l’injustice des poursuites suscitées par ellemême contre la Reine, sa belle-fille, à l’instigation d’Élisabeth. » — M. Teulet estime qu’en effet l’argument est puissant; mais il ne partage pas à cet égard toute la conviction du prince, et ne lui accorde pas que cette lettre soit « aussi explicite qu’il veut bien le dire*. »

Dans toute autre histoire, et pour tout autre personnage, nous mettons en fait qu’un témoignage de la valeur de celui de lady Lennox, emporterait sur-le-champ la conviction. Mais quand il s’agit de Marie Stuart, l’intraitable prévention ne sait plus reconnaître la vérité. Quoi donc! Voilà une mère à qui un crime horrible a enlevé son fils de prédilection, dans la fleur de la jeunesse et des espérances. Pendant des années, on lui a dit, elle a cru que l’auteur du forfait est sa belle-fille, esclave de viles passions et poussée par l’enivrement du mal, de l’adultère à l’assassinat. Longtemps elle a demandé son sang et sa vie en expiation. Puis un jour, elle rentre en correspondance avec elle, secrètement, par un acte libre et spontané de sa volonté. En agissant ainsi, elle s’expose (elle ne l’ignore pas) à la colère d’Élisabeth et à des dangers. Ses paroles respirent une tendre effusion ; elle tremble avec elle pour leur faible rejeton sur le trône d’Écosse; elle s’indigne contre les traîtres, leurs ennemis communs; elle espère que tout ira bien; elle lui souhaite de longs et heureux jours ; elle revendique pour l’aimer les titres de tante et de mère. Son autre belle-fille, Élisabeth Lennox, est plus gracieuse encore ; chacun de ses mots a la douceur d’une caresse. Comment imaginer cette sympathie chaleureuse et délicate, si le moindre soupçon s’abrite encore dans le repli le plus reculé de leur cœur? Comment ne pas comprendre que, non pas le doute, mais l'hésitation la plus légère devrait glacer à jamais la main

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d’une mère, incertaines! elle doit abhorrer ou bénir? Pardonnât-elle par le plus sublime effort d’héroïsme chrétien, cela irait-il jamais jusqu'au langage maternel , jusqu’à se mettre pour ainsi dire de moitié dans la vie de l’épouse, dont le passé est souillé peut-être d’infamie et de sang? C’est en vain que l’on voudrait affaiblir la portée d’une telle lettre.

Celle qui l'a écrite croit évidemment à l’innocence absolue de celle à qui elle écrit.

L’argus aux cent yeux, qui veillait eans relâche sur Mqrie Stuart, lui envia cette consolation. Au dos est écrit de la main de Thomas Philipps , employé par Cécil au déchiffrement :

« de sa grâce la comtesse de Lennox à la reine d’Écosse ; » et miss Strickland l’a retrouvée parmi les papiers du ministre d’Élisabeth. Ainsi la lettre ne parvint pas à la prisonnière.

Faut-il nous en plaindre? Qui sait si elle n’aurait pas disparu comme les autres que lady Lennox dut écrire encore à Marie? Et ne serait-ce point parce qu’elle fut interceptée alors, qu’aujourd’hui elle arrive à la postérité? Négligée, oubliée dans l’énorme butin d’intrigues que récoltait Cécil, elle nous est transmise justement par les plus cruels ennemis de Marie Stuart, pour l’absoudre et dévoiler leurs calomnies une fois de plus.

L’amitié renouée entre les deux parentes et victimes d’Élisabeth, subsista fidèlement. Marie, par un testamentde février 1577, au manoir de Sheffield', rétablit les Lennox dans leurs droits sur le comté d’Angus , droits qu’ils avaient sacrifiés à Morton, douze ans auparavant, lors de leur réintégration en Écosse. Elle admit même leur droit éventuel à la couronne en cas de mort de son fils.

A la fin de la même année, la mère et l’aïeule travaillaient encore au projet d’enlever le jeune roi au comte de Morton, et de le mettre en sûreté en France. Marie comptait pour un *

coup de main, sur le maître d’hôtel de Jacques VI. « Je sçay.

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