‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 3 sur 257 · Par exemple, la Correspondance du Border · texte numérisé non relu

Par exemple, la Correspondance du Border

et tout en rapportant les faits restitués dans leur exactitude matérielle, l'on continue d’édicter le blâme qu’avaient motivé des récits convaincus pourtant de calomnie. C’est ainsi qu’en dernière analyse, et sans l’avoir voulu un seul instant, on aboutit à des conclusions aussi éloignées de l'exactitude historique que de l’équitable justice. Nous nous sommes efforcé d’éviter ce danger, en ne reculant nulle part devant la discussion, en maintenant toujours les droits de la critique, surtout en nous imposant la règle absolue de citer les textes dans leur parfaite intégrité.

Mais outre les écrits déjà mentionnés, un ouvrage nouveau, postérieur à celui de M. Mignet, nous a offert d’inestimables ressources : c’est l’histoire des Vies des reines d'Écosse, par Miss Agnès Strickland*. Recherches aussi profondes que vastes et judicieuses, émotion de la vérité, énergie qui marche droit au but et ne le dépasse pas, délicatesse et coloris de l'imagination et du style, plume virile dans une main féminine, cette belle composition continue dignement la tradition des femmes qui ont su conquérir le titre d'historiens ; et l’on peut hardiment la classer parmi les travaux contemporains, qui honorent le plus l’école historique d’Angleterre.

Quelques mots en finissant, sur le plan que nous avons adopté. Une histoire complète de Marie Stuart nous eût entraîné au delà des nécessités du sujet. Nous

1 . The lifes of the queens of Scotland, t. II-VI1, pour la partie relative à Marie Sluart, Édimbourg et Londres, 1852 1858. — Du même auteur, The lifes of the queens of England. Nous recommandons spécialement la biographie d’Élisabeth.

AVANT-PROPOS

nous renfermons dans la partie du règue comprise eptre le retour de Marie en Écosse en <561, et son abdication forcée dans la prison de Lochleven en 1 567; et daus cette période, pour nous attacher aux événements et aux personnages essentiels, nous choisirons et nous étudierons successivement deux hommes, le comte de Bothwell et le comte de Murray : celui-ci , l’auteur premier, par ses manœuvres directes et indirectes, du détrônement de sa sœur; celui-là, l’instrument aveugle de la dernière heure. 11 paraîtrait peutêtre plus rationnel de commencer par Murray ; mais il est , dans la perspective de l’existence de Marie Stuart, une question qui domine toutes les autres et que l’on doit résoudre de prime abord. Fut-elle, oui ou non, la maîtresse de Bothwell? Un des grands arguments dont ou bancable, c'est que sa conduite morale, avant et après la mort de Uarnley, aurait été en parfait accord avec la supposition de sa complicité dans le meurtre1. Commençons donc par prouver que sa conduite morale fut irréprochable et calomniée : racontons l’histoire de Bothwell.

Nous prions le lecteur de mettre hors du débat la question de mérite littéraire. Nous savons toute la distance qu’il y a entre l’ouvrage éloquent de M. Mignet et l’enquête laborieuse que nous essayons. Mais attachons-nous à l intérêt plus haut de la vérité. Quand l’erreur, ou ce que I on regarde comme tel en conscience, est armée de la supériorité du talent, et qu elle s’impose par ce je ne sais quoi d’achevé et de définitif

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