Tytl. t. V, p. 337. — Miss Strickl. , t. IV, p
2. Traduct. de M. Mignet, t. 1, p. 209, d’après Tytler, t. V, p. 334, édit. 1845. Nous étant imposé la stricte loi de ne pas remanier les textes dans nos citations, nous avons donné ce passage en entier. Les premières lignes qui accusent les mœurs de Marie Stuart sont depuis longtemps reconnues calomnieuses par tout le monde. C’est le mot d’ordre, le prétexte delà conspiration dans la bouche d'un méchant homme; déjà le lecteur a pu apprécier ce que vaut ltandolph. Veut-on sur lui le jugement de James Melvil, qui pourtantavail trahi Mario Stuart quand il écrivit ses mémoires? «Comme Néron se tenait sur un endroit élevé de Rome pour contempler l’incendie de la ville que lui-méme avait allumé, ainsi maître Randolph se délectait à suivre de l’œil les flammes qui dévoraient l’Êcosso ; et dans ses lettres à quelques-uns de la cour d’Angleterre, il se glorifiait d’avoir mis les choses en tel état que le feu ne s'éteindrait pas aisément. Alors, dès que sir Nicolas Throckmorton eu lut informé, il l’écrivit en Ecosse à mon frère et à moi, et nousaverlitdequelle manière on nous traitait, flétrissant à la fois maître Cecil comme le chef, et maître Randolph comme l’exécuteur. • Cité par miss Strickland, t. IV , p. 252.
ASSASSINAT DE RICCIO
la persuasion, ils comptent agir nous ne savons pas comment » — lisons, assassinat. — « Si elle est en état de ramasser quelques forces indigènes, on lui résistera et on la mettra à l’abri de tous autres conseils que ceux de sa noblesse * — lisons, captivité ; — c’est exactement la formule que l’on emploiera plus tard pour l'emprisonner à Locbleven. « Si elle cherche de l’appui à l’étranger, alors Sa Majesté la reine, notre souveraine, sera requise et suppliée de se charger de la défense du roi et des lords avec des offres raisonnables, propres à la contenter*. » Exactement encore ce que l’on dira en 1567.
On invoquait l’intérêt de l’Angleterre, et aussi celui de la foi. Que n’auraient-elles pas à craindre si Marie et son époux succédaient un jour à la couronne? « 11 faut, mandait Randolph à Cecil, faire quelque chose pour rendre impossible une telle éventualité*. » — A Leicester: * Si jamais Votre Seigneurie donnait son consentement à ce qu’elle ou son mari succédassent à notre souveraine, vous agiriez contre Dieu et votre patrie, et vous attireriez sur notre nation le plus grand fléau que l’enfer eût vomi*. » Se débarrasser par Darnley de la mère et de l’enfant, héritiers importuns des Tudors, voilà quel but au fond se proposait la politique anglaise*.
Enfin, pour terminer cette analyse des causes de la mort cruelle de Riccio et des passions de toutes sortes qui déchiraient l’Ecosse, les fanatiques avaient soif du sang du papiste. Knox et les ministres s’efforcèrent d’allumer la furie du peuple avec la Bible, et de transformer le livre saint en un instrument de carnage. Aman, Achab, Jézabel et tout ce qu’il y a de meurtres chez la nation juive étaient les exemples
Tytl. t. V. p. 340, 341, édit. 1845.
2. Lettre ilu 10 février 1566. — Miss Strickl., I. IV, p. 251.
3. Lettre du 10 février 1566. Miss Strickland, t. IV, p. 250.
4- C'est ce que miss Strickland , si sûre et si véridique, affirme résulter de la correspondance de Bedford et île Randolph avec Elisabeth et Cecil, pendant les mois de février et de mars 1566; t. IV, p. 262.
et les arguments que la chaire lança huit jours durant à la foule1.
Darnley lui-même, à ce qu’ont rapporté ses complices, voulut que le coup fût frappé en présence de sa femme*. Mais aussi aveugle que féroce, ce malheureux enfant gâté ne comprenait pas qu’aussitôt le crime consommé, la conscience publique éclaterait contre lui avec tant de force, que Murray, Morton n'auraient plus que l’embarras du choix entre les moyens de le renverser ou de l’envoyer rejoindre ses victimes, et qu’il n’aurait fait que leur livrer l’accès du pouvoir au prix de son honneur et de sa vie.
Rolhwell n’était pas de la conspiration. Il se conduisit honorablement dans cette crise. Surpris à Holyrood avec Athol, Huntly, Sutherland et sir James Balfour, aussi bien que Marie Stuart, il essaya d’abord, à la tête de quelques valets et des gens de cuisine armés au hasard , de dégager sa sou-
t. Goodall, t. I, p. 247-9.
2. Récit de Ruthven, rédigé à Berwick, sur le territoire de la complaisante Elisabeth et daté du 30 avril 1566. Cette pièce à laquelle on a donné une importance excessive (voy. Keith, App. p. 119), se complète par une lettre de Bedford et de Randolph, Berwick, 27 mars, d’après les indications de Ruthven (Robertson, pièces hist ■ n” xv). Elle tend à établir que la reine n’aimant plus son mari, était très-froide et réfractaire à l’amour de ce dernier. Rutliven, aussitôt après le meurtre, revient lui faire un beau sermon sur le devoir du mariage. Séance tenante, il obtient que Marie donne un rendez-vous & Darnley. Celui-ci n’y vient pas, parce qu’il s’est endormi trop profondément (il semble qu’il ne se soit rien passé dans ce palais). Cette histoire, déjà ridicule en elle-même, achève de perdre tout crédit par un billet du 2 avril que Ruthven et Morton adressèrent de Berwick à Cecil, en même temps que leur premier travail , et que l’on conserve au Paper-Office : ils lui envoient, disent-ils. le brouillon de leur récit du meurtre de David. Ils expriment le désir qu'il le corrige et le leur renvoie, « afin qu’on le fasse circuler en Ecosse et ailleurs, pour empêcher les faux rapports. » (Chalrners; t. II, p. 352, note u.) Or en principe. Keith, ce modèle de la sincérité historique, fait observer (p. 364, note g) qu’il n’y a pas de papiers plus trompeurs sur Marie Stuart que les papiers de Cecil : qu’il en a vu à la bibliothèque Cotton un très-grand nombre dénaturés et interpolés de la maindu ministre, pour noircir la reine d’Ecosse. Tout ce qui, dans l’écrit de Ruthven, concerne la vie conjugale de cette princesse, avec l’intention d insinuer qu’elle réservait pour d'autres l’amour qu’elle aurait refusé à Darnley, est donc très-suspect et Je nul poids. Mais ce qui est frappant, c’est 1 assertion réitérée que Ricrio était l’ennemi de la noblesse.
ASSASSINAT DE 1UCC10.
veraine; mais la troupe de Morton, beaucoup plus nombreuse et mieux équipée, leur barra le chemin et les repoussa dans une galerie basse. On leur réservait le sort de Riccio. Le malheureux Italien égorgé, lord Ruthven redescendit à la hâte. Il voulut d’abord avec de belles paroles attirer les lords dans son parti ou bien endormir leurs soupçons. Bothwell, Huntly et sir James Balfour feignirent de s’y prêter; puis, à la faveur de la confusion qui remplissait le palais, ils se laissèrent glisser par des cordes, d’une fenêtre dans un jardin écarté1.
Darnley cependant, éclairé trop tard sur sa propre folie, son crime et les vues des meurtriers qui délibéraient sur la vie ou la mort de la reine captive, reconnaissant qu’il avait été leur dupe, revint à sa femme. Elle lui pardonna; et tous deux cherchèrent les moyens de se sauver de l’abîme où il s’était jeté les yeux ouverts. Il repoussa comme trop hasardeux un plan d’évasion que Bothwell lui lit parvenir pour la nuit suivante. Prudent et habile pour la première fois, il trompa la surveillance de ses maîtres dans la nuit du 1 1 au 12 mars. Dès que le couple royal eut gagné Dunbar en sûreté, Bothwell et Huntly y accoururent. L’Écosse soulevée ramena Marie Stuart en triomphe à Édimbourg, le 18 mars, tandis que les assassins de Riccio allaient chercher près d’Élisabet î la protection qu’elle ne refusait à aucun des attentats commis contre sa cousine.
Ainsi la conjuration contre Riccio avait réussi en tant qu 'assassinat; mais elle avait manqué comme coup politique par l’évasion de Bothwell et de ses amis, l’évasion de la reine et la rupture de Darnley avec ses complices. Dès lors entre eux et lui s’éleva une haine à mort. Ruthven, devinant à llelyrood qu’il voulait leur dérober la prisonnière, avait protesté que, s’il s’ensuivait une effusion de sang ou quelque dommage, tout retomberait sur sa tête et celle de sa posté-
I. Voy. le récit riche et complet de miss Strickland, IV, p. 293. 294, 307.
rité, et non sur la tète des lords'. Le roi fut dès ce moment l’obstacle essentiel contre lequel se tramèrent leurs nouvelles machinations avant d’en venir directement à la reine. Ils y employèrent tout un an (mars 1566 — février 1567). Cependant la cause principale qui avait tourné le crime à la confusion de ses auteurs, c’était la popularité dont la reine jouissait. Ils avaient dû fuir, parce qu’ils s’étaient trouvés dans le vide. Dès lors aussi, et plus que jamais, ayant éprouvé à leur dam combien la position de la jeune princesse était solide, ils s’attachèrent à la déshonorer, seul moyen de lui ôter l’affection et le support du peuple, et d’éloigner d’elle par le dégoût et l’horreur l’opinion publique en Europe.
Ce plan . s’exécuta dans sa plénitude en ce qui regarde Bothwell. Leur instrument d’élection fut un des cicéroniens écossais, George Buchanan (1506-1582). Pendant les agitations d’une vie aventureuse qu’il partagea entre la France, le Portugal, l’Angleterre et l’Ecosse, il fut le maître de latin de la charmante jeune fille, ornement de la cour de Henri II, elle dont Catherine de Médicis disait: « Nostre petite reinette écossoise n’a qu’à sourire pour tourner toutes les testes françoises*. » Buchanan célébra son élève en beaux vers latins et redoubla dûment d’enthousiasme pour entonner l’épithalame, lorsqu’elle épousa le fils d’Henri II. Reine de France, elle le sauva, dit-on, d’un grand péril, peut-être du bûcher, auquel l'exposaient ses opinions religieuses*. Nous le retrouvons près d’elle en Écosse, où il avait fait profession publique de la réforme. Randolph nous apprend qu’au printemps de 1562 Marie lisait tous les jours après dîner quelques chapitres de Tite-Live, sous la direction de ce savant homme*. Elle le gratifia de l’abbaye de Crosraguel, et
t. Keith, Append., p. 128, 179.