‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 29 sur 257 · Miss Strickl., IV, p · texte numérisé non relu

Miss Strickl., IV, p

2. Voy. dans Goodal), 1. 1, p. 264, la lettre de Morton et Ruthven ù Throskmorlon, 2 avril 1566, lettre aussi précise que curieuse. Ils uc disent pas un mol de l’intrigue prétendue entre Kiccio cl Marie. Ils ont été mus par le désir de veuir en aide d leurs frères exilés et cl te reliyion. Huthven mourut un mois après, 6 mai.

ASSASSINAT DE RICCIO

parlement, qui devait prononcer aussi contre les fugitifs la peine de la forfaiture; on méditait plus encore, la déposition de Marie Stuart, disons même la mort. Vieux complot, ourdi dès l’année 1561, tenté et manqué un peu avant la célébration du mariage en 1565, repris maintenant en 1566, mais qui , exécuté seulement à moitié dans le sang de Riccio, et toujours renaissant, s’accomplira en 1567 sur le cadavre de Darnley l. Les grands n’osant pas prendre la responsabilité entière d'un pareil coup, avaient attiré Darnley parmi eux. Il revendiquait la couronne matrimoniale, c’est-à-dire le partage du pouvoir suprême d’égal à égal avec la reine. Elle la lui avait promise ; mais elle ajournait, effrayée du caractère despotique qu’il montrait, et de ses habitudes d’ivrognerie. Il attribuait cette résistance à Riccio. Les nobles firent miroiter devant lui l’appât de régner seul sous le titre de roi d’Ecosse'. Ils affectèrent de lui dire, et il affecta de croire que « ce misérable David » souillait son honneur : prétexte hypocrite, qu’il abandonna dès que le crime eut été consommé. Jamais il n’incrimina directement, ni par allusion, la fidélité de sa femme. Leurs dissentiments furent toujours politi-

1. Voici ce que Throckmorton , ambassadeur anglais eu Ecosse, écrira le 26 juillet 1567, à Leiccster el à Cecil, après l’abdicatiou forcée de Marie Stuart & Lochlereu, et avaut le couronnement du jeuue Jacques VI : « Il est à craindre que cette tragédie ne finisse dans la personne de la reine, après le couronnement du prince, de la même manière qu'elle a commencé avec lTtalien David et le mari de la reine. » (Miss Strickl., t. V, p. 371.)

2. M. Mignet attribue (t. I , p. 208) l'initiative de tout ce complot à Darnley qui aurait gagné successivement George Douglas, Hulliveu, Lindsay, Morton. Telle est aussi l’opinion de Tyller (t. V, p. 332, édit. 1833). Mais l’historien écossais ne remarque pas qu'il se contredit, puisqu'à la même page il a dit : « Cet atroce expédient (le meurtre de Riccio) n’était pas nouveau. Car les semences dune conspiration ébauchée contre le favori étranger avaient été répandues quelque temps auparavant.... », et à la page 333, que les ennemis de Marie Stuart, exploitant le mécontentement de Darnley de ce qu’il n'avait pas la couronne matrimoniale, lui persuadèrent que Riccio en était la cause unique. Ruthven, dans le récit qu’il a laissé de la conspiration, dit que ce fut le 10 février que Darnley lui fit faire les premières ouvertures par George Douglas. (Keith, App. p. 119.) Or une lettre de Randolph à Cecil, citée par Goodall, t. I, p. 274, prouve que déjà le 2 février les nobles songeaient à renverser le gouvernement de Marie Stuart. Nous pourrions apporter encore d'autres preuves.

ques. Darnley, appliquant mal à propos le droit civil à la gestion des affaires d’État, prétendait gouverner en qualité d’époux, chef de la communauté.

Près de lui, un mauvais génie attisait son ambition également écervelée et criminelle : c’était son père. Peu d’hommes, môme à cette époque, méritent autant la flétrissure que ce comte de Lennox. Qu’on en juge. Ayant pris part avec les Anglais à leur invasion de 1547 en Écosse, il fut abandonné de plusieurs Écossais qu’il avait forcés de reconnaître la souveraineté de l’Angleterre et de lui livrer douze enfants en otage. De retour à Carlisle, le monstre se saisit des enfants ; il en fit pendre onze. Le douzième avait la corde au cou, quand le soldat qui devait l’exécuter se trouva mal et ne voulut jamais l’achever. Il fallut bien l’épargner '. A partir de ce moment, Lennox eut horreur de la solitude. Il ne pouvait pas être quelque part livré è lui-même, sans éprouver des angoisses de terreur, non pas de remords, car il n’était pas homme à se repentir. S’étant jeté de nouveau sur sa patrie, il parut saccager de préférence les châteaux où vivait son beau-père, ou qui avaient abrité les jeunes années de sa propre femme.

Il ressentit toute sa vie le liel et la fureur des convoitises inassouvies. Avant d’être père de Marie, Jacques V, en haine des Hamiltons, lui avait promis de l’adopter pour son successeur*. La naissance de Marie avait dissipé ce rêve, mais déposé au fond de son cœur les ferments de la haine contre celle qui venait lui fermer ce brillant avenir à peine entrevu. En 1551, il avait été compromis dans un complot de Robert Stuart, archer de la garde écossaise en France, dont l’objet, d’après l’aveu du coupable lui-même, était d’empoisonner Marie Stuart « afin de placer le comte de Lennox, qui était bien disposé pour la foi réformée, sur le trône d’Écosseen écar-

1. Miss Stricltl., t. II, p. 331. L’enfant sauvé ainsi devint Maxwell fl’Herries, un des plus fermes défenseurs de Marie Stuart. — Ou bien quatre seulement auraient été mis à mort. Tytl. t. IV , p. 413, édit. 1845.

2. Miss Stricltl., t. III, p. 34. — Tytl., t. IV, p. 291 , édit. 1843.

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tant le seul obstacle qui l’en séparât1. » Tout autre se serait tenu pour satisfait après le mariage de son fils, puisque désormais les aspirations des Lennox et les droits incontestables des Stuarls devaient se confondre chez l’héritier issu de leur sang. Mais il lui fallait la satisfaction actuelle et personnelle. Le comte ne cessa pas d’exciter son fils à exiger la couronne matrimoniale, et de semer la zizanie entre les deux époux, au point que Marie Stuart s’écria, dans une douloureuse impatience, qu’il eût mieux valu que son beau-père ne remît jamais le pied en Écosse*. Le pardon qu’elle accorda sagement au duc de Châtelleraut, complice peu dangereux de la révolte de Murray, à condition toutefois qu’il passerait cinq années en France, exaspéra Lennox qui visait le comté d’Arran dans les dépouilles des Hamiltons, mais qui surtout aurait voulu être débarrassé d’une famille dont les titres primaient les siens dans l’ordre de la succession au trône. Ce fut cet appât de royauté qui jeta le père et le fils dans la conspiration contre celle qui leuravait rouvert l’Écosse, le chemin de la grandeur après le long exil, contre leur belle-fille et femme, contre leur enfant , celui quelle allait bientôt leur donner et qui tiendrait de la nature la plénitude de tous leurs droits. Ils signèrent donc avec les mêmes nobles qui, en juillet précédent, avaient tenté de les assassiner l’un et l’autre, un bond, ou acte d’association portant que ceux-ci procureraient à Darnley la couronne matrimoniale, et, en cas de mort de la reine, le feraient déclarer légitime successeur, et son père héritier immédiat de la couronne après lui ; et qu'ils poursuivraient, tueraient, extirperaient tout opposant’. Ce fut Lennox en personne qui alla en Angleterre, à Newcastle,

1. Miss Strickl., t. II, p. 137, d’après tes pièces et documents relatifs à l'Hùt. d’Écoue de Teulet.

2. Miss Slrickl., t. IV, p. 229, d’après une lettre de Handolph à Cecil, 3 décembre 1565.

3. Miss Strickl. , t. IV , p. 265-267, d’après le bond encore existant & Malvil dans le charlrier du comte deLeven.et publié par Maitland (Mitctllany). Les autres bonds sont semblables à celui-ci, excepté qu'ils ne font pas mention du droit de succession dévolu à Lennox après son fils.

chercher la signature de Murray Ces abominables projets sont attestés dans la correspondance des agents anglais: « Je sais, écrit Randolph à Leicester (Edimbourg, 13 février 1566), je sais d’une manière certaine que la reine se repent de son mariage, qu'elle hait Darnley et tous ses parents. Je sais que lui-même n’ignore pas que quelqu’un partage ses faveurs avec lui ; je sais qu’il existe des pratiques conduites par le père et le fils pour s’emparer de la couronne malgré elle. Je sais que si le projet réussit, on coupera la gorge à David du consentement du roi, d’ici dix jours. J’ai appris des choses encore plus atroces que celles-ci, des choses dirigées contre la personne de la reine *. »

Naturellement, les conjurés avaient demandé et obtenu l’assentiment secret de l’Angleterre. Le 6 mars 1566, Randolph et Bedfort écrivirent de Berwick à Élisabeth qu’un événement qui n’élait pas de petite conséquence était imminent en Écosse; quant aux détails, ils s’en référaient à leurs dépêches à Cecil. Le même jour, ilsécrivaientà ce dernier qu’ils avaient promis qu<f personne, sauf la reine (Élisabeth;, Leicester, lui, et eux, ne saurait la grande entreprise qui était à la veille de s’exécuter. Ils ajoutaient quant aux choses convenues entre le roi et les conjurés: * si la reine ne cède pas à

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