‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 34 sur 257 · Collection du prince LabanotT, t. VII, p · texte numérisé non relu

Collection du prince LabanotT, t. VII, p

2. BucUauau, Ueleclio , p. 1, 2, édit. Freebairn, Edimbourg, 1715, texte luliu. — Collection d'Anderson, Edimbourg, 1727, t. Il, texte écossais. — Mémoire* de l’Lslat de France* ou* Charles ueu/ietme, Middelbourg, 1578, t. I, p. HO, verso et suiv. — Ces mémoires sont un recueil de pièces relatives à l’histoire de la reforme de France pendant le règne »•“ Charles IX. On y a fait ligurer une traduction française très-mal faite de la Ûelectio sous le litre d’I/istoire Iratjique de la Roysnt d Écosse. Elle est pleine de contresens et de non-sens.

LA FAVEUR DE UOTHWELL

nan, l’accusateur, semble placer les faits les plus choquants après la naissance de Jacques VI; mais il a soin d'avertir que Marie les avait prémédités de loin, et il trace le tableau des embûches diaboliques qu’elle aurait tendues dès lors à son mari et à son frère pour les égorger l’un par l’autre ; par exemple, elle aurait poussé Darnley à séduire la comtesse de Murray : assertion si peu soutenable qu’aucun historien ne l’a prise sous sa responsabilité. Mais en laissant pour compte , si l’on peut parler ainsi , le fond matériel des inventions à qui les a fabriquées, on s’est imprégué de leur esprit; et si parfois l’on n’a pas attribué à Marie Stuart les actions elles-mêmes, on a voulu voir en elle la disposition qui porte à les commettre. Lorsque, au sujet de ces manœuvres de Marie contre ses plus proches , l’auteur de VActio* ajoute qu’il ne connaît pas les causes du changement survenu . chez elle envers Darnley , mais qu’il y a de ces femmes qui ne savent pas supporter la grandeur de leur fortune ; qui , extrêmes dans leurs sentiments, aiment à l’excès et haïssent sans mesure; de quelque côté qu’elles penchent , elles n’obéissent pas à la sage raison , et se livrent à la violence de leur impétuosité; lorsque Buchanan parle ainsi, en s’appuyant sur des calomnies, l’historien qui laisse celles-ci de côté, n’en dit pas moins de Marie Stuart : « cœur aussi facile à émouvoir qu’à dégoûter; — cœur mobile’. » Et cela , sans que la vie de la pauvre reine ait jusque-là révélé la moindre mobilité dans ses affections.

Buchanan, quand il représente Marie comme altérée de vengeance et de sang après la débandade des meurtriers de

1. Nous rappelons que le pamphlet de Buchanan se compose de deux parties, la 1™, la Detectio proprement dite, est l’exposé des faits & la charge de Marie Stuart; la 2’, VActio, est le réquisitoire motivé sur ces faits.

3. M. Mignet, Uitt. de Marie .Stuart, t. I, p. 160 : « Darnley lui plut extrêmement et ne tarda point à s’emparer de ce cœur aussi facile & émouvoir qu’à dégoiller. » P. 207 : « Il (Darnley) s’était fait illusion sur ce cœur mobile, et il n'avait rien oublié pour perdre l’empire qu’il y avait pris un moment, x Ceci est appliqué aux temps antérieurs à la conspiration contre Riccio.

son secrétaire, l’accuse à faux, puisque, si l’on excepte deux personnages subalternes dont Darnley voulut la mort' (il aurait souhaité se défaire de tous ses complices), les autres en furent quittes pour l’exil ou l’amende; et l’année n’élait pas écoulée que Marie, beaucoup trop facile à la clémence, réintégrait tous les coupables. Y a-t-il dans l’histoire un grand nombre de princes qui, après avoir été victimes d’un attentat aussi abominable que celui-là, se soient vengés si peu, de sorte qu’avec Marie Stuart, le pis qui pouvait arriver aux conspirateurs était de manquer leur coup? Et n’est-ce pas l’influence de Buchanan qui fait dire à un éminent écrivain que Marie « sentit la nécessité de se contraindre, de dissimuler, de diviser ses ennemis pour se tirer d’abord de leurs mains et ensuite se venger d’eux; » qu’elle le « lit avec une ruse patiente et une haine habile; » qu’au moment de marcher de Dunbar sur Edimbourg, après avoir différé trois jours sa réponse à un envoyé de Ruthven et de Morton, etc., elle « leva entièrement le masque; » qu’elle poursuivit les meurtriers « avec un implacable ressentiment; » qu’elle rentra dans la ville « avec le désir de se venger et le pouvoir de le faire; » qu’elle « fit saisir et mettre à mort quelques-uns des complices subalternes qui avaient gardé les portes du palais ; « qu’elle montra « une animosité ardente*. » Vous verrez que c’est elle qui est dans son tort.

Ainsi, violente, implacable, c’est la Marie Stuart de Buchanan; ce n’est pas celle de la vérité historique. Adultère,

1. Bandolph à Cicil, 4 avril 1566; Robertson, Apprnd. n° xvt.

2. M. Mignet, t. I, p. 225, 231, 232, 233. Les deux subalternes punis de mort, sur l'insislance de Darnley, furent Henri Tair, auparavant prêtre de la chapelle de la reine, qui, au lieu de s'en tenirà garder les portes du palais, avait pris part à l'assassinat dans le cabinet même de Marie, et Thomas Scott, sous-shérifT de Perth, coupable au premier chef, puisqu'il était magistral commissionné par la couronne. (Miss Slrickland, t. IV, p. 326; Keith, p. 334.) Buchanan, au lieu de deux exécutions, dit plusieurs exécutions, ce qui rend le reproche de cruauté plus plausible : « Multi ex iis qui conscii dicebanlur glii alio relegali; plures pecunia multali; nounulli (sed fere insontes atque adeo securi) supplicio afTecti — llentm Scolicarum liittnria , 1. xvn, p. 347, édit Freebairn, Edimbourg, 1715.

LA FAVEUR DE BOTHWELL

pas davantage. Bothwell était brutal, grossier (comme toute la noblesse d’Écosse), laid, et on ajoute borgne. 11 n'y avait pas là de quoi captiver une femme belle, élégante, spirituelle, chez qui une éducation profonde et raflinée avait cultivé les qualités naturelles les plus heureuses. « Ce Bothwell, dit Brantôme, estoit le plus laid homme et d'aussy mauvaise grâce qu’il se peust voir '. » Buchanan se demande par quelles perfections il pouvait exciter les désirs d’une femme de quelque distinction. L'éloquence? la beauté? les qualités de l’esprit? •> Mais quiconque l’a vu, peut se rappeler sa figure, et sa démarche, et les allures de toute sa personne ; qui l’a entendu, sa parole difticile et inepte*. »

N’importe : si proche de son terme, Marie Stuart poursuit de ses ardeurs 5 l'homme dont, six semaines auparavant, elle a célébré les noces avec Jane Gordon. Alors, elle avait compliqué les choses bien gratuitement. Marier Bothwell avec une autre femme, était-ce le moyen de se l’approprier plus aisément? Et encore, il n’avait pas tenu à elle que ce mariage ne reçût la consécration religieuse la plus auguste, puisqu’elle s’était efforcée d’amener Bothwell au pied de l’autel catholique. Voilà des accusations et des faits qui hurlent ensemble.

Les traits sous lesquels les contemporains nous dépeignent le comte, ne représentent donc ni cet « aspect martial, » ni « les mœurs élégantes et aisées du continent » qui auraient subjugué l’imagination de la reine*. Quant à compter aussi parmi ses séductions « son goût des plaisirs*, » c’est un écho de Buchanan. Nous en appelons au Randolph véridique. Et qui croira qu’une femme irréprochable jusqu’à vingt-trois ans, bientôt mère, soit une maniaque dévergondée à vingt-trois ans et demi? Mais rien n’arréte un Bucha-

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