COMMENCEMENTS DE BOTHWELL ET RETOUR DE MARIE STUART EN ÉCOSSE
James Hepburn, quatrième comte de Bothwell, représentait une des familles les plus considérables de l’Écosse méridionale au seizième siècle. Dans cette région tumultueuse du Border, sur la frontière anglaise, les seigneurs se targuaient d’une demi-indépendance séculaire. Écossais au fond, mais mobiles comme les populations barbares, ennemis tantôt du roi qui trônait à Londres, tantôt du roi qui siégeait à Edimbourg, leur histoire est un tissu serré de brigandage et d’héroïsme, de patriotisme et de trahison. Le trop fameux Bothwell trouva toutes ces traditions péle-mèle dans son héritage.
Son aïeul Adam donna sa vie pour son pays à côté de Jacques IV, dans la cruelle défaite de Flodden-Field en 1513. Patrick, son père, banni deux fois d’Ecosse sous Jacques V (1535 et 1539), en punition de quelque délit, eut plus tard
2 COMMENCEMENTS DE BOTHWELL
une noble inspiration de loyauté. La mort de Jacques avait fait passer prématurément la couronne sur la tête de Marie, la fille qui venait de naître (12 décembre 1542), pour épuiser en sa vie toutes les infortunes. Le comte d'Arran, gouverneur du royaume et chef des Ilamiltons, la première maison après les Stuarts, entreprit, à l’instigation de Henri VIII, d’enlever l’orpheline que le roi anglais voulait avoir à sa discrétion, et, en tout cas, de la séparer de sa mère, Marie de Lorraine, de l’illustre sang des Guises. Bothwell et le comte de Lennox rassemblèrent les clans fidèles, et gagnant de vitesse le traître, dérobèrent la proie aux serres du vautour. Iis transportèrent l’enfant, du palais de Linlithgow, derrière les murailles de la forteresse de Stirling qui, sur sa roche escarpée, défiait l’attaque et la surprise (21-22 juillet 1543). Par malheur, les deux libérateurs s’étafent pris de passion pour Marie de Lorraine*. Éconduits tous deux, ils se tournèrent vers l’Angleterre, suivant l’usage des nobles écossais lorsqu’ils étaient mécontents. Pendant que Lennox se rendait ouvertement prèSde Henri VIII, qui le récompensa par la main de sa nièce Marguerite Douglas (1544), Patrick Bothwell, resté dans sa patrie et traité moins généreusement par le roi anglais, dut se contenter d’une pension pour prix des avis qu’il faisait passer au sud de la Tweed. Cette correspondance fut découverte. Le coupable vit ses biens confisqués et imita la fuite de Lennox. Cependant la reine douairière, Marie de Lorraine, aspirait à déposséder le comte d’Arran de la régence. En quête d’amis, elle rouvrit le royaume au banni repentant et toujours amoureux, avec pleine rémission pour ses trahisons (mars 1554). Un mois après, il payait sa dette en contribuant à lui déférer le pouvoir suprême. Ses espérances s’étaient rallumées; il se hâta de se rendre libre par un divorce avec sa femme, Agnès Sinclair (mars 1554). Toutefois, il s’abusait. La mort l’enleva jeune encore (sep-
1. Signalons en passant une fausseté de Buchanan, qui attribue au fils de Patrick Bothwell, c'est-à-dire à notre James Hotliwell, cette rivalité avec Lennox ; nous en verrous bien d’autres.
tembre 1556), sans qu’il eût rien obtenu de la régente que la lieutenance des frontières. James, son iils unique, né probablement vers l’an 1536 (la date flotte entre 1536 et 1531 ), recueillit dans la succession paternelle, outre des domaines étendus, la charge héréditaire de grand amiral que Jacques IV avaitconférée au comte Adam en 1511, et celle de haut shérilf des comtés d'Édimbourg, d’Hadington et de Berwick, de bailli de Lauderdale avec les châteaux forts de Haies et de Ghrichton, que le comte Patrick tenait de Jacques V. Un tel établissement lui assignait le premier rang parmi les seigneurs du sud après les Hamiltons. En religion , il suivit le courant général et se rangea parmi les adeptes fervents de John Knox, l’apôtre delà Réforme; mais, circonstance honorable qui vaut la peine d’étre relevée, il ne crut pas que d’appartenir à l’Église nouvelle fût un motif pour trahir sa patrie et sa souveraine. Au lieu d’imiter les ministres et les chefs politiques de son parti ou lords de la tlongrégaüon, comme le lord James, frère bâtard de la reine, Maitlani de Lethington, Morton, etc. , dans leurs intelligences avec l’Angleterre et leurs complots d’insurrection, il resta franchement Écossais, loya 1 défenseur de la régente Marie de Lorraine. N’exagérons pas sa vertu; accordons que le tempérament avait une grande part à sa haine contre les Anglais; que le sang « lui muait, * comme Froissart dit de Philippe de Valois, à l’aspect du voisin malfaisant , « le vieil ennemi, » auteur de tant de désastres nationaux. Toujours est-il que son instinct était le bon, et qu ’il avait la fibre patriotique. En 1558, il fut nommé lieutenant de la reine dans le Border, et gardien du château de l’Ermitage, arsenal de l’État dans le Liddisdale. Les Marches étaient divisées en trois sections , de l’est, du centre et de l’ouest ; elles continuaient d’avoir chacune leur gardien particulier, sous l’autorité supérieure du lieutenant. Bothwell conduisit avec vigueur les hostilités contre l’Angleterre pendant la guerre entre Henri II et Marie Tudor, guerre à laquelle l’alliance française avait associé l’Écosse, ainsi qu'elle avait fait tant de fois auparavant. Après la paix de Câteau-Cainbréaia
COMMENCEMENTS DE BOTHWELL
(mars-avril 1559), on le voit s’aboucher à diverses reprises avec les gardiens anglais des frontières, pour régler les conflits inextinguibles entre les pillards des deux nations. Mais Élisabeth qui en succédant à sa sœur, Marie Tudor (novembre 1558), avait cru devoir à raffermissement de son règne le sacrifice de Calais et la paix avec la France, suivit par le môme motif une politique tout autre envers l'Ecosse. De ce côté , elle redoutait une rivale et un péril. Tandis qu’à son avènement , elle s’était intitulée reine de France, et qu'elle y avait persisté par ce motif qu’elle ne voulait pas abandonner un titre que douze rois d’Angleterre avaient porté avant elle, elle avait trouvé mauvais qu’Henri II, pendant la guerre, fît prendre à son fils et à sa belle-fille, le dauphin François et Marie Stuart, les armoiries, et à Marie le titre de reine d’Angleterre. Il est vrai que la revendication anglaise, quoique offensante, n’était qu’une puérile satisfaction d’orgueil. Au contraire, la démonstration opposée parut prendre le caractère d'une compétition sérieuse, après que la mort inopinée de Henri II (10 juillet 1559) eut placé sur le trône moins encore François II et Marie Stuart , que les oncles de la jeune reine, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, l’homme d’épée et l’homme d’intrigue. Tout-puissants près des deux époux par leurs services , leurs talents et leur parenté, ils rejetaient avec les catholiques, la légitimité de la naissance d’Élisabeth, et mettaient au-dessus des droits qu’ils lui déniaient, les droits réels de Marie Stuart, arrièrepetite-fille d’Henri VII. Ils comptaient sur l’appui du saintsiège, de Philippe II, qu’ils se flattaient d’armer contre la reine hérétique d’Angleterre. Déjà l’Ecosse leur était ouverte, puisque leur sœur, Marie de Lorraine, y exerçait la régence. Ils pouvaient faire passer dans ce royaume les vétérans des guerres d’Italie, qui eussent assuré le triomphe des catholiques; de là, relevé en Angleterre le parti catholique, encore très-nombreux, renversé la fille usurpatrice d’Henri VIII, et intronisé les Stuarts orthodoxes. Telles étaient les éventualités qu’Élisabeth envisageait avec effroi et
ressentiment. Il faut dire que le danger n’était pas sérieux, et que d’ailleurs il n’eut pas de durée; car, d’une part, l’Espagne ne voulait pas livrer l’Angteterre aux descendants de François Tr, et de l’autre , la prompte explosion des troubles de France paralysa l’ambition de la maison de Lorraine hors du continent. Si par la suite , il se forma autour delà prison de Marie Stuart un foyer de complots contre Élisabeth, c’est que la reine d’Angleterre les provoqua en retenant captive la reine d’Écosse contre toute justice.
Quoi qu’il en soit, en 1559, le ministre anglais secrétaire d’Élat, sir William Cécil, détermina aisément la marche à suivre. Il partit de l’idée juste en soi que l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre serait de toutes les solutions la plus convenable à l’intérêt des deux pays. Indifférent sur la moralité des moyens, il comptait soutenir la réforme à Édimbourg, lui donner assez de puissance non pas seulement pour enchaîner le mauvais vouloir présumé du gouvernement 'de Marie Stuart, mais pour priver cette princesse de sa couronne, que l’on transporterait à une branche protestante de sa famille; ensuite il marierait le nouveau roi avec la reine d’Angleterre. Sans découvrir toute sa pensée à Élisabeth dans un mémoire qu’il lui présenta « sur les moyens de rétablir le royaume d’Ecosse dans son ancienne splendeur*, » il lit prévaloir la politique d’intervention, ouverte ou dissimulée, selon les circonstances. Ce système , continuation astucieuse per fas et nefas des vues d’absorption brutale tentée par Henri VIII, nous donne le secret de la triste destinée de Marie Stuart. Ce qui perdra, ce qui tuera la fille de Jacques V, ce sera sa qualité d’héritière de la reine vierge.
Mais avant d’aller plus loin, il est nécessaire de rappeler l’état politique et religieux de l’Écosse à cette époque tragique , pour avoir la clef des révolutions dont nous nous proposons de rétablir le véritable caractère.
1. Robertson, Hisl. d’Écosse , pièces histor., n* 1. — Keith, The history nf lhe affaire of church and siale in Scotland, Edimb. , 1734. Appendix. p. 23-28, mémoire et discussion par Cécil.
COMMENCEMENTS DE BOTHWELL
Qui ne sait que ce pays n’était monarchique que de nom ? Une aristocratie sans frein avait perpétué les coutumes et les vices des âges barbares jusqu’au seizième siècle Souverains sur leurs fiefs au milieu de leurs clans du Border ou des Highlands, toujours en querelle, les seigneurs ne s’accordaient que pour repousser avec fureur la royauté dès qu’elle essayait d'étendre Son autorité chez eux et de les plier à l’empire de la loi. Alors ils se formaient en confédération (bond) et tiraient l’épée. Terrassée parfois , mais retrempée en quelque sorte dans son opiniâtre anarchie, cette aristocratie se relevait bientôt; et le roi, semblable au damné de la fable , reprenait son labeur toujours recommencé et toujours déjoué.
Ce n’était pas tout. De l’autre côté du Border, veillait l’implacable ennemi, l’Anglais, qui au nom d’un prétendu droit de suzeraineté, jetait de temps à autre sur I’Écosse ses forces supérieures par le nombre et la discipline, et tirait de cruelles vengeances de l’alliance fidèle de ce royaume avec la France. Aussi, depuis un siècle et demi, pas un Stuart qui n’eût fini de mort violente : Jacques I" et Jacques III, sous le poignard des grands; Jacques II et Jacques IV, à la guerre contre leurs voisins du sud ; Jacques V, le père de Marie Stuart , de douleur, parce que ses nobles s’étaient laissé battre sans résistance par les Anglais, pour ne pas fournir à leur prince la satisfaction même d’un combat. A chacune de ces cinq vacances du trône , la royauté semblait s’éteindre. Un règne plus ou moins vigoureux était suivi d’une longue minorité, pendant laquelle la noblesse prenait sa revanche.
Entre ces deux forces ennemies, l’Église d’Écossè, avec ses dignités, ses richesses et ses lumières, avait opposé jusque-là une sorte de contre-poids aux chefs de clans. Les villes des basses terres (Lowlands), au ceiltre du pays , rares et faibles,
l. Voy. sur ce sujet l’excellent chap. t de l'Histoire de Marie Stuart par M. Mignét, Nous nous proposons (le combattre les conclusions du livre, mais nous saisissons tout de suite cette occasion de rendre un juste hommage au talent supérieur du maître.
ne comptaient pas comme ressort politique, quoique susceptibles-de vive émotion à une heure donnée. Leur pauvreté était un des grands obstacles des Stuarts. Ceux-ci sans finances, et par conséquent sans troupes soldées, ne pouvaient pas tenter l’impôt sans soulever le mécontentement populaire.
La réforme religieuse vint encore affaiblir une royauté déjà trop faible, non-seulement en détruisant la puissance ecclésiastique, mais encore en faisant prévaloir des principes contraires aux maximes d’autorité. Le génie enflammé de John Knox jeta dans sa patrie, avec les doctrines calvinistes, leurs tendances républicaines, si conformes à l’esprit de cette aristocratie. Tandis qu’en Angleterre et en Allemagne, la réforme faite ou favorisée par le prince, avait pris un caractère monarchique, en Écosse, où Jacques V et Marie de Lorraine, lui furent contraires, elle se fit contre le prince au moins autant que contre l’épiscopat; et par là, elle offrit à la noblesse une autre machine de guerre pour battre en brèche le pouvoir royal. Prompts à reconstituer au nom de la religion la coutume des ligues insurrectionnelles, le frère de .Marie Stuart, lord James, prieur de Saint-André, les comtes de Morton et de Glencairn, Lorn, plus tard comte d’Argyle, John Erskine, plus tard comte de Mar, dressèrent à Édimbourg le plan d’une ligue qu’ils appelèrent la Congrégation du Seigneur, avec serment de la défendre de toutes leurs forces contre la congrégation de Satan et de l’idolâtrie (3 décembre 1557). Ils se modérèrent cependant, parce qu’ils manquaient d’appui, l’Angleterre étant au pouvoir de Marie Tudor et de la réaction catholique. Mais la mort de Marie, en 1558, l’avénement d’Élisabeth, sa sœur, la rapide révolution par laquelle cette princesse ramena définitivement l’Angleterre à la cause de la réforme, renversèrent la situation et déplacèrent entièrement les passions et les intérêts. Les protestants d’Ecosse et d’Angleterre tirent cause commune contre Marie Stuart et sa mère, contre les Guises et Henri 11. Élisabeth saisit avec joie ce puissant levier, sa sûreté et sa vengeance. Puisque la politique française lui con-
COMMENCEMENTS DE BOTHWEI.L
teslait sa couronne, elle se mit en état d’ébranler la couronne d’Ecosse sur la tête de la rivale qu’on lui suscitait. L’aristocratie écossaise était prête à toutes les extrémités pour soutenir la reine d’Angleterre; et, ajoutons-le, pour à la fois gagner l’argent qu’elle en espérait, et finir avantageusement sa lutte traditionnelle contre la royauté. On se tromperait , en effet, si l’on regardait l'appel des lords de la Congrégation au gouvernement anglais, comme le coup de désespoir d'un parti religieux qui, menacé d’extermination par ses adversaires, invoquerait ses coreligionnaires du dehors au nom de l’humanité et de la foi. Sans contester la part de l’entrainement religieux , il est certain que les opposants d’Écosse suivirent une habitude invétérée de trahison. Dès l’année 1544, Morton avait trahi le berceau de Marie Stuart et s’était vendu à Henri VIH Dès 1552, à vingt et un ans, le lord James, prieur de Saint-André, tendait la main au gouvernement d’Édouard VI, le fils d'Henri VIII1. Le même, étant déjà chef du parti réformé dans son pays, obtenait, en 1555 , de la France et du pape Paul IV, des bénéfices catholiques5. L’argent, instrument de l’ambition , était son dieu préféré. Quant au patriotisme , il l’avait dès son jeune âge brisé au fond de son cœur, comme une vaine idole.
Le li mai 1559, John Knox donna le signal de la guerre civile. Il tonnait dans la chaire de Perth contre les images; le peuple , transporté tout à coup , saccagea les églises de la ville. En peu de jours , la dévastation déchaînée courut le royaume comme l'ouragan, et le joncha de ruines catholiques. Cependant, si l’on prit les armes de part et d’autre, on ne s’en servit pas encore , et ce fut sans effusion de sang que les
1. Chalmers, The life of Hary, qnern of Scott, t. III, p. 407, note 1, d’après les lettres de l'agent anglais Sadler, et une lettre du comte d'Hertford à Henri VIII, 8 avril 1544.
2. Chalmers, t. III, p. 128, note q, d'après les registres du conseil privé d’Angleterre.
3. Chalmers, t. III, p. 134 et note c. Goodall, Inquiry into the murder of kiny Henry Harnley , Mdimh. 1754, t. I, p. 153. — Miss Strickland, Lires of the queens of Scotland, Ëdimb. et Londr. , t. II, p. 141.
lords de la Congrégation pénétrèrent à Edimbourg le 30 juin, pendant que la régente se retirait à Dunbar avec quelques auxiliaires français. Les lords et Knox demandèrent le secours des Anglais1. Mais si le secrétaire Cécil était dans les dispositions les plus favorables, il n’en était pas de môme d'Élisabeth. L’année précédente, l'apôtre écossais avait lancé un pamphlet intitulé : Le premier coup de trompette contre le monstrueux gouvernement des femmes. Il n’avait pas prévu que ses injures, à l’adresse de deux reines catholiques, Marie Tudor et Marie de Lorraine, iraient tomber d’emblée sur une reine protestante. Élisabeth, irritée, défendait que l’on prononçât devant elle le nom de l’insolent. En vain Knox s’excusait humblement et faisant amende honorable, ouvrait une exception en faveur de celle dont il avait besoin, jamais il ne fléchit l’orgueilleuse rancune qu’il avait provoquée si imprudemment*. Son principe de la souveraineté populaire ne révoltait pas moins la despotique fille de Henri VIII. Enfin , elle croyait contraire à son métier de reine de soutenir quelque part les sujets contre la royauté, et il lui répugnait d’enfreindre la paix de Câteau-Cambrésis à peine signée. Elle éprouva donc des hésitations prolongées, des retours fréquents : mais au fond , il lui était si doux d’abaisser la belle reine d’Ecosse, de soustraire ce royaume à l’influence française, qu’elle finit par en passer par où voulut son ministre, et n’étendit pas aux réformés le ressentiment qu’elle avait voué au réformateur.
Sans insister trop au long sur les efforts de Cécil et des Écossais pour la décider, citons cependant quelques-unes de leurs lettres; d’abord, dans une dépêche de Cécil au gouverneur anglais de Berwick, un extrait bien propre à faire apprécier la moralité de ces négociations : « Faites vos efforts pour allumer le feu ; car s'il venait à s'éteindre, jamais de notre vie occasion pareille ne se retrouverait. Ce que les protes-
t. Tytler, Itisl. d’t.eosse, t. V, p. 70, édit. 1845.
2. Lingard , t. H, noie r, traduct. du baron de Roujoux. — Tytler, t. V, p. 80-88. édit. 1845.
COMMENCEMENTS DE BOTHWËLL
tants comptent faire , il faut que cela se fasse en toute hâte ; il ne serait plus temps, une fois les forces françaises arrivées. Avec un homme sage, c’est assez de peu de mots*. » Soufflant aussi le feu directement, il excita les lords à mettre la main sur les richesses du clergé papiste : « Je n’ai pas de goût au pillage, leur écrivait-il; mais j’aime que les bonnes choses soient employées à de bons usages *. »
Tel était sans doute aussi l'avis des lords; ils se hâtèrent de le mettre en pratique. Mais cela ne les empêchait pas de solliciter de plus, par l’intermédiaire de Knox, l’argent et les pensions de l’Angleterre’. Ils n’en obtenaient point, parce que Élisabeth aurait préféré les pousser à la révolte contre la régente, sans dépense et sans risque. En envoyant sir Ralph Sadler en Ecosse (18 août), elle lui donna pour instructions * d’entretenir la discorde entre les Français et les Écossais, de manière que les Français eussent plus à faire avecl'Écosse et d’autant moins avec l’Angleterre. » En même temps, elle aiguillonnait ces tièdes insurgés par le reproche de lenteur, de négligence, de froideur. «Vous n’ignorez pas, répondaient ceux-ci àsirCrofts, combien il est difficile de décider la multitude à la révolte contre l’autorité établie*. »
(les tiraillements avaient arrêté leurs progrès. La régente, à son tour, était rentrée à Edimbourg le 25 juillet, en promettant de n’y point mettre de garnison, et de laisser aux bourgeois le libre exercice de leur religion. On lit une trêve jusqu’au 10 janvier suivant. Marie de Lorraine espérait de France une coopération désormais plus active, depuis la mort d’Henri II. François II et Marie Stuart lui envoyèrent un millier de vieux soldats qu’elle établit à Leith , sur le Forth, poste bien choisi pour surveiller Edimbourg et maintenir les communications avec la France par la mer du
1. Sir William Cécil à sir James Crofts, 8 juillet 1559. — Tytler, t. V, p. 76, note 2, édit. 1845.
2. Cécil aux comtes d’Argyle, de Glencairn, aux lords James, Boyd et Ochillree, 28 juillet 1559. — Tytler, t. V, p. 81 , édit. 1845.