Keith , Préf. , p
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LES ASSISES DE JEDBÜRGH
Bothwell, d’écuyers tranchants. Les réjouissances durèrent plusieurs jours, très-solennelles et très-brillantes. Marie s’armait de tout son courage pour fêter ses hôtes; le sourire sur les lèvres, elle dominait la douleur physique et refoulait au fond de son âme le chagrin toujours près de déborder. • La reine, dit encore du Croc à l’archevêque de Glasgow, s’est conduite admirablement bien tout le temps du baptême; elle s’empressa tellement pour traiter de son mieux cette belle compagnie, qu elle en oubliait presque ses maux. Malgré cela, je crois qu’elle nous donnera encore du tourment, et je ne pourrai pas m’empécher de le penser, — tant qu’elle sera en ces ennuis et regrets1. — Elle me lit chercher hier; je la trouvai sur son lit, pleurant à chaudes larmes. Elle se plaignait d’une cruelle douleur au côté. Pour l’achever, le malheur voulut que le jour de son départ d’Edimbourg, en venant ici, elle se froissât la poitrine contre le cheval. Elle me dit qu’elle est très-enflée. Je suis bien chagriné des peines et des afflictions où elle est. »
Il paraît cependant que les prévisions de du Croc sur les brouilleries des deux époux reçurent inopinément un démenti. Marie vit et ramena Darnley; il pleura beaucoup et promit de ne plus écouter ceux qui lui donnaient de mauvais conseils. La magnificence qu’elle venait de déployer dans les fêtes et dans les cadeaux dont elle gratifia ses hôtes anglais, avait dévoré ses maigres finances. Elle envoya une partie de son argenterie à la monnaie; et son mari, comme gage de réconciliation, voulut sacrifier aussi quelques ustensiles du précieux métal affectés à son usage personnel *. Ce fait, naturel dans la situation, change étrangement lorsque Buchanan s’en empare. La reine, enivrée de fureur contre le pauvre jeune homme désarmé, après lui avoir refusé des habits pour paraître en public conformément à son rang,
1. Ce membre de phrase est donné en original par Keith, Préf., p. Vit, note c.
2. Miss Strickland, t. V, p. 78, d’après le litre de l’ Innocence de la reyne d' Écosse, 1572, attribué à Belleforest.
lui enlève de haute lutte les vases d’argent qui dataient de leur mariage, et, par dérision, les lui remplace en étain*.
La bonne harmonie malheureusement ne dura guère; elle se rompit de nouveau sur sa pierre d’achoppement, la question politique. Sous le manteau des fêtes se poursuivait le travail souterrain, ourdi à Craigmillar contre le roietcontre la reine. Archibald Douglas apporta de Newcastle l’adhésion que Lethington et Murray avaient exigée de Morton et des autres exilés avant de s’employer à leur rappel1 2 3. Alors (24 décembre 1566) Murray, Athol, Lethington, Bothwell, le comte de Bedford de la part d’Élisabeth, l’envoyé français de la part de Charles IX, bien abusé par de fausses apparences de concorde, tous ensemble obsédèrent tellement la reine, qu’ils lui arrachèrent le pardon des bannis au nombre de soixante-dix-neuf; en première ligne : Morton, Ruthven, Lindsay, les mêmes qui, six mois après, lui arrachèrent sa couronne*.
Robertson n’est pas dans la vérité lorsqu’il attribue cet acte de clémence à l’influence du seul Bothwell. * Marie, qui jusqu'alors avait résisté à toutes les sollicitations en leur faveur, se rendit enfin aux instances de Bothwell. * M. Mignet dit à peu près de même : « Sur les instances de Lethington et de Bothwell, Marie Stuart, mettaut en oubli ses ressentiments contre les principaux meurtriers de Riccio, rappela Morton.... ■> (T. I, p. 255.) Remontons aux pièces authentiques : nous trouverons que la politique anglaise eut la part