‹ Marie StuartChapitre 103 sur 231 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

l'exception des deux lettres les plus importantes, c'est-à-dire la lettre de Babington à Marie et la réponse de celle-ci à Babington. Ces deux dernières ne furent produites aux débats qu'en copies. Si l'original de la lettre de Marie, du 17 juillet, ne fut pas mis sous les yeux des juges à Fotheringay, c'est que, évidemment, il ne contenait pas les passages incriminés. Insistons sur ce point capital de la solution duquel dépend la démonstration de la vérité. Si Walsingham et Phelipps avaient eu en main une lettre en chiffres, écrite par Curie ou par Nau, dans laquelle la reine d'Ecosse eût consenti au meurtre d'Elisabeth, ne serait-il pas de toute invraisemblance qu'ils s'en fussent dessaisis pour l'envoyer à Babington, ainsi que Phelipps, afin de donner le change, le prétend dans une lettre? Ne serait-il pas impossible de supposer que des hommes si habiles, si prudents, aient pu renoncer à la pièce qui, à défaut d'une lettre écrite de la main de Marie Stuart, était la plus importante, la plus essentielle du procès? Donc, si l'on tint soigneusement cachée la lettre écrite par Curie, c'est qu'évidemment elle ne renfermait pas les passages incriminés. Ce fut uniquement sur une copie que s'appuya l'accusation et que fut motivée la condamnation.

Pendant la lecture de la confession vraie ou fausse de Babington, lorsque mention y fut faite du comte d'Arundel, de ses frères et du jeune comte de Northumberland , comme impliqués dans le complot, la reine ne put retenir ses larmes : « Hélas! s'écria-t-elle, pourquoi faut-il que cette noble maison d'Howard ait tant souffert pour moi! » « Babington, repritelle, a pu confesser ce qu'il a voulu; et c'est un insigne mensonge que de supposer qu'il ait pu imaginer les moyens de fuite dont on parle; mes adversaires ont pu facilement s'emparer des chiffres que j'ai employés en écrivant à d'autres personnes et s'en servir pour écrire des choses fausses. Est-il vraisemblable que j'aie réclamé l'assistance d'Arundel que je savais être en prison ou celle de Northumberland qui est si

jeune et qui m'est inconnu '? Ai-je pu vérifier si la confession de Babington est ou non écrite de sa main? Si Babington a véritablement avoué de pareilles cboses, pourquoi a-t-il été mis à mort avant d'être confronté avec moi pour qu'il pût les soutenir en ma présence et me convaincre? C'est pour empêcher cette confrontation , qui eût fait éclater au grand jour la vérité, que l'on s'est hâté de le faire disparaître*. »

Un statut du règne d'Elisabeth (15' année) contenait tex tuellement cette disposition : « Nul ne pourra être convaincu de complot contre la vie de son souverain que par le témoignage et le serment' de deux témoins confrontés avec lui, conformément à la loi. » Un autre statut du règne d'Edouard VI ordonnait aussi la confrontation des témoins avec l'accusé, et un autre, de la première année de Marie Tudor, exigeait « que l'accusé fût pourvu de toute l'assistance nécessaire pour sa défense, même dans le cas où le souverain serait sa partie adverse^ «. Marie ignorait l'existence de tous ces statuts, et, parmi tous ces juges iniques, il n'y en eut pas un seul pour l'éclairer !

Peu touchés des justes récriminations et des arguments décisifs que faisait valoir pour sa défense la royale accusée , Burghley et ses séides s'acharnaient avec l'ardeur d'une meute sur cette noble proie. Ils ne cessaient de la presser et de la harceler sans paix ni trêve. Ils lui coupaient la parole, ils vociferaient tous à la fois sans l'écouter, et trépignaient et s'agitaient sur leurs sièges comme des furieux. Pendant les deux longues journées que dura cette dérisoire procédure, la malheureuse princesse, seule et sans défense, fut livrée, dans une lutte inégale, à ces juristes sans conscience et sans pitié qui osaient prendre le nom de juges. Bourgoing, qui assistait aux

• Howell's State Trials, etc., t. I.

2 Camden et Jules Gautiiiei\, t. II.

3 Blackstone, vol. IV, p. 352.

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