‹ Marie StuartChapitre 109 sur 231 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

bien permis à elle qu'à la reine d'Angleterre d'avoir des correspondances. « Sa Majesté, dit Bourgoing, avoua quelques chiffres; dit qu'il y en avait eu d'autres plus vieux et plus récents, et que cela ne faisait rien, parce que plusieurs se peuvent servir d'un même chiffre en diverses occasions, selon les intelligences qu'ils ont en divers endroits. » « Ne pouvait-il se faire, ajouta-t-elle, que Morgan, qui, autrefois, lui avait rendu des services, se fût servi « de ses chiffres mêmes » , par suite des intelligences qu'il avait avec d'autres princes '? »

Au nom de ce fougueux catholique qui, du fond de la Bastille, poursuivait avec une implacable ardeur le meurtre d'Elisabeth, lord Burghley prit feu : « On n'ignore pas, dit-il à Marie avec emportement, qu'il se professe votre serviteur et que vous lui donnez une pension annuelle , bien que vous sachiez « qu'il a machiné la mort de la reine, ma maîtresse, « avec Parry » . Il est encore prisonnier en France pour cela , ayant été poursuivi et accusé, au nom de la reine, par milord Derby ^

— Vous savez bien, messieurs, dit Marie en se tournant vers les seigneurs, que je n'ai été mêlée en rien à cette entreprise et que je n'ai suborné personne. "

A cet appel, plusieurs gentilshommes avouèrent hautement qu'elle était tout à fait innocente d'une telle accusation '.

« Vous avez par là une preuve, messieurs, ajouta Marie, « du « mal que me veulent quelques conseillers de votre reine « . Si l'on a entrepris quelque chose contre la personne de votre maîtresse, « ce n'est pas moi », et il y a longtemps que l'on

* Journal inédit de Bourgoing, Cette désignation de Morgan par la reine, comme pouvant avoir organisé, peut-être le premier, la conjuration de Babington, ne se trouve, à notre connaissance, dans aucun document publie jusqu'à ce jour.

2 Journal inédit de Bourgoing.

^ Ibidem,

conspire contre elle, «comme vous l'avez vu maintes fois. « Je suis bien marrie que Morgan se soit mêlé de telle chose , « mais je ne puis répondre de ses actions. Quant à Taider en ses « nécessités, je ne puis moins faire, en reconnaissance de ses (^ services que je n'oublierai jamais, non plus que j'ai accou- « tumé de faire envers tous ceux qui se sont employés pour « moi ' . »

Et comme Burghley insistait pour prouvet que Morgan était son pensionnaire , elle le nia , en reconnaissant toutefois qu'elle lui avait fait donner de temps à autre quelque « argent pour sa dépense * » .

« Mais, objecta Marie, l'Angleterre n'a-t-elle paS^ foit des pensions à Patrick de Gray, à des Ecossais mes ennemis et même à mon fils?

— II est vrai , répondit Burghley ; les revenus de l'Ecosse, par la négligence des régents, sont tellement diminués que la reine , dans sa bonté , a fait quelques largesses à votre fils , le roi d'Ecosse, qui est son propre parent '. »

Nau et Curie, dont on lui opposait sans cesse les confessions, n'avaient pas plus été confrontés avec elle que ne l'avaient été Babington et ses complices. Afin de pouvoir exploiter impunément les pièces falsifiées, afin d'étouffer la voix de la vérité , Elisabeth et ses ministres avaient , en violation flagrante des lois anglaises protectrices des accusés , évité avec le plus grand soin cette confrontation *. Les justiciers soutenaient, dit Bourgoing, que les secrétaires de la reine d'Ecosse avaient avoué que leur maîtresse avait reçu « cer~

1 Journal inédit de Bourgoing

2 Ibidem. Toute rettu imjioi tante partie des débats ne se trouve que dans notre Journal.

3 Ibidem.

* Elisabeth , prévoyant que Marie demantierait la confrontation de ses secrétaires avec elle, avait écrit à Burghley qu'elle considérait cela comme inutile.

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