CHAPITRE DIXIEME
laines lettres » de Babington , « et quelle y avait fait réponse » ; « au ils avaient tout fait par son commandement; qu'ils n'avaient rien écrit sans le lui communiquer, comme c'était sa coutume n , car elle ne voulait jamais permettre que rien ne se produisît à son insu, et qu'ainsi « sa direction » était prouvée ; que c'était « par son commandement que ses secrétaires écrivaient dans son cabinet où se faisaient les dépêches, et le plus souvent en sa présence; qu'après les avoir écrites, ils les lui lisaient; que ces dépêches se fermaient et se cachetaient dans son cabinet, et qu'ils l'avaient souvent voulu détourner de telles entreprises ' » .
Le vice de forme de la procédure, en ce qui touchait la nonconfrontation de ses secrétaires avec elle-même, n'échappa point à Marie Stuart : « Pourquoi, dit-elle, Nau et Curie ne sont-ils pas interrogés en ma présence? Eux du moins sont encore en vie; si mes ennemis étaient certains qu'ils dussent confirmer leurs prétendus aveux, ils seraient ici à coup sûr*. » « S'ils ont écrit quelque chose que ce soit touchant l'entre-
1 Journal inédit de Bourgoing. Cfr Howell's State Trials, t. I.
2 „ Il est évident, dit Hume, qui, malgré ses préventions et l'insuffisance de ses informations, laisse parfois échapper les réflexions les plus justes et les arrêts les plus équitables, il est évident que cette complication apparente de preuves se réduit totalement au témoignage des deux secrétaires; ils avaient seuls connaissance de la part que prenait leur maîtresse au complot de Babington ; ils n'ignoraient pas qu'ils s'exposeraient à toutes les rigueurs de la prison, aux tortures, à la mort même, s'ils refusaient les éclaircissements qu'on exigeait d'eux. Dans le cas d'une procédure criminelle ordinaire, cette preuve, malgré ce qu'elle a de défectueux, pourrait passer pour juridique, et même pour suffisante..., mais dans un procès de la nature de celui-ci, où la partie poursuivante appuyait ses propres intérêts de sa puissance absolue, où il était clair que le désir de voir condamner Marie se servait de la raison d'État, très-importante en elle-même, la déposition de deux témoins contre cette princesse ne paraît pas d'un si grand poids. Quand même ils auraient mérité encore plus de considération personnelle, leur témoignage avait besoin d'être étayé par des circonstances plus fortes , pour éloigner tout soupçon d'injustice et de tyrannie. History of England.
prise, ajouta Marie, dont Bourgoing reproduit les paroles, il* l'ont fait d'eux-mêmes; ils ne m'ont rien communiqué, et je les désavoue sur ce point. Nau, comme serviteur du roi de France, peut avoir entrepris tout autre chose que ce que je voulais. Il avait des intelligences que je ne connaissais pas. Il confessait publiquement qu'il appartenait au roi de France, qu'il ne relevait pas de moi et ne ferait pour moi que ce qu'il trouverait bon. Il avait beaucoup de querelles avec moi parce que je ne voulais pas consentir à nombre « de ses conceptions » , et je n'y pouvais donner ordre. Je sais bien qu'il avait « beaucoup de n particularités, affections et intentions » que je ne saurais dire en public, mais dont je suis bien fâchée, car il me fait grand tort. Quant à moi, je ne veux pas accuser mes secrétaires, mais je vois bien que ce qu'ils ont dit est par crainte de la mort et de la torture. Sous promesse de la vie, et pour se sauver, ils n'ont pas manqué de s'excuser sur moi, pensant que je me sauverais mieux qu'eux, ne sachant pas d'ailleurs où j'étais et ne soupçonnant pas qu'on nje voulût traiter de la sorte. Il y avait plus de douze mois que Nau n'écrivait plus dans mon cabinet; il se cachait de tous et faisait ses dépêches dans sa chambre, pour sa commodité, comme il le disait, afin d'être plus à son aise, ce que le sieur Amyas et tous ceux de la maison peuvent bien attester. Quant à Curie, s'il a fait quelquechose, c'est qu'il y a été contraint par Nau, auquel il craignait fort de déplaire, « et pour éviter des noises » , Et toutefois, ajouta Marie, je ne pense pas que l'un et l'autre se soient oubliés à ce point. Malade la plupart du temps, je ne pouvaisvaquer à aucune affaire et ne savais le plus souvent ce qu'ilsfaisaient; mais je m'en remettais à Nau '.
— Nau, il est vrai, répliqua le trésorier, « s'est réclamé à\x
• Journal inédit de Bourgoing. Cette réponse si importante de la reine et celles qui suivent sont à peine analysées dans les documents anglais de source officielle.