CHAPITRE ONZIEME
pouvoir se défendre et résister, s'il était à ma place, seul, poussé à bout, pris à Timproviste et forcé de répondre « à tant « de gens mal affectés et préparés de longue main » , qui semblent plus disposés à écouter leurs passions et leur colère qu'à «claircir la vérité et accomplir le mandat que leur impose la «Commission. Mais, s'il faut que j'y sois forcée et contrainte, je demande qu'il me soit au moins permis de répondre à chacun d'eux , l'un après l'autre , sans confusion , « et , à chaque point ■a de leur dire , distinctement, sans être interrompue , car je ne «saurais, à cause de ma faiblesse et de ma maladie, re- « prendre une si grande quantité de propos » , mêlés confusément tous ensemble, « pour répondre à chacun en particu- M lier» , comme je le désire, et pour ne plus être «importunément M empêchée de le faire par leurs longs et continuels discours » . A tout événement, je requiers que, de même que l'on a convoqué cette assemblée , comme il semble , pour m'accuser, il en soit appelé une autre dans laquelle je puisse librement et franchement répondre pour défendre mon droit et mon honneur, voire même, comme j'en ai le désir, « pour faire appaii raître mon innocence » . Que , s'il n'y a autre moyen , je ■consens à me défendre, « mais par de telles gens et de même « façon dont vous avez usé à mon égard, ce que l'on ne peut il me refuser » . Enfin, je demande que mes précédents traités, protestations, demandes et réponses soient fidèlement consignés par écrit, et me soient délivrés, comme aussi toutes vos procédures et interrogations, pour que je puisse y répondre en temps et lieu. Et, dès à présent, m'appuyant toujours sur ma première protestation, j'en appelle de tout ce qui s'est fait et qui se fera contre moi, et j'en demande acte '.
- Il est juste, répondit le trésorier, que Votre Grâce dise tout ce qu'il lui plaira, et elle le peut faire. Quant à ceux qui ont porté la parole, le jour précédent, ils ont agi conformé-
1 Journal inédit de Bourgoing. Cfr Howell's State Trials, t. I.
ment à leur charge et à leur devoir. Pour connaître la vérité du fait, il était nécessaire de débattre toutes les questions qui se rattachent à la cause. En ce qui touche votre demande de convoquer une autre assemblée, pour que vous puissiez répondre, il y sera pourvu; mais, quant à nous, nous n'avons pour cela ni pouvoir, ni mandat ' . «
Le motif qui fit changer de tactique à Burghley, nous le connaissons par Bourgoing. Rappelé pour un instant, par les plaintes que venait de proférer la reine, à quelques égards ostensibles envers elle , il voulut éviter à la fois et le scandale et la confusion des débats de la veille/ Aussi, pendant la première partie de l'audience , eut-il soin de maintenir quelque discipline parmi les turbulents légistes placés sous ses ordres. « Il les conduisait par signes , dit Bourgoing , et les faisait parler et taire , quand il voulait , ou selon qu'il lui semblait bon ; et toute cette matinée les chicaneurs se montrèrent plus modestes. »
« En qualité du double personnage que je représente, poursuivit Burghley, l'un de commissaire, l'autre de conseiller, agréez premièrement, madame, que je dise quelques mots en tant que commissaire. Votre protestation est mise en écrit, et l'on vous en remettra une copie. L'autorité dont nous sommes investis nous a été donnée sous le seing de la reine et sous le grand sceau d'Angleterre, dont il n'y a nul appel. Nous ne venons point avec prévention, mais pour juger suivant les
* Journal inédit de Bourgoing . « Il est bon de remarquer, dit M. Hosack, que, dans cette seconde séance, ni l'attorney, ni le solliciteur général, ni le sergent de la reine ne prirent part à la discussion. Soit que Burghley fût mécontent de la manière dont ils avaient conduit l'affaire le jour précédent, soit qu'il fût désireux de donner carrière à son érudition et à son animosité contre la reine d'Ecosse, il prit sur lui la direction du procès. Une telle conduite de la part d'un juge n'était ni digne, ni convenable, et c'est la seule fols que nous ayons à constater, dans les procès d'Etat, une marche si contraire aux usages établis. » Hosack, t. II, p. 427.