CHAPITRE ONZIEME
règles de la justice. Les jurisconsultes ici présents n'ont d'autre but que de mettre en lumière comment vous avez offensé la personne de la reine. Nous avons pleins pouvoirs pour entendre et examiner les faits , même en votre absence. Toutefois , nous avons désiré que vous fussiez présente , de crainte de paraître avoir manqué d'égards envers votre dignité royale. Nous n'avons point eu la pensée de vous reprocher autre chose que ce que vous avez comploté ou tenté contre la vie de la reine. On n'a eu d'autre but , en lisant les lettres , que de découvi'ir l'attentat contre sa personne et les circonstances qui s'y rattachent , lesquelles sont tellement mêlées à d'autres faits , qu'on ne saurait les en séparer. C'est pourquoi l'on a lu publiquement ces lettres en entier, et non des passages extraits çà et là, parce que leur ensemble fait foi de ce que vous avez machiné avec Babington ' .
— On pourra prouver les circonstances, mais jamais le fait, s'écria la reine; mon innocence ne peut dépendre ni du crédit, ni de la mémoire de mes secrétaires, bien que je les tienne pour honnêtes et sincères. Si, par crainte de la torture, par espoir d'une récompense ou de l'impunité, ils ont confessé quelque chose, leur témoignage ne saurait être admis pour de justes motifs que je me réserve de faire valoir ailleurs. L'esprit des hommes est diversement dirigé suivant leurs passions, et mes secrétaires n'eussent jamais rien confessé contre moi s'ils n'y avaient été poussés par quelque offre ou quelque espérance. Il peut arriver que des lettres soient envoyées à d'autres qu'à ceux auxquels elles ont été écrites, et plusieurs choses ont été insérées dans ces lettres que je n'ai point dictées'. Si mes papiers ne m'avaient été enlevés et si j'avais un secrétaire, je
* Howell's State Trials, etc., t. I ; Camden, d'après le Registre de Barker.
^ Allusion aux interpolations de Phelipps et de Walsingham. Bourgoing dit simplement que Marie soutint, dans cette seconde audience, comme dans la première, qu'elle n'avait point écrit à Babington.
pourrais mieux réfuter les accusations portées contre moi '.
— On ne vous objectera rien qu'à partir du 19 juin , poursuivit le trésorier, et vos papiers ne vous serviraient de rien , attendu que vos secrétaires et le chef des conjurés lui-même , qui n'ont jamais été mis à la torture, [ont affirmé que vous aviez envoyé des lettres à Babington, et, quoique vous le niiez, les commissaires auront à juger si l'on doit ajouter plus de crédit à une affirmation qu'à une dénégation*. .Mais, pour revenir à la question, vous avez successivement formé bien des plans pour votre délivrance. S'ils n'ont pas été suivis de succès, c'est votre faute, celle des Ecossais, et non celle de la reine, ma maîtresse, car les lords d'Ecosse ont absolument refusé de remettre leur roi en otage , et lorsque fut conclu le dernier traité pour assurer votre liberté , c'est à ce moment même que Parry, l'un de vos serviteurs, fut envoyé secrètement par Morgan pour assassiner la reine *.
— Oh! s'écria Marie avec feu, vous êtes mon ennemi.
— Oui , répondit le flegmatique Burghley, qui n'avait d'autre culte que celui de sa maîtresse, oui, je suis l'ennemi des ennemis de la reine Elisabeth. Mais assez sur ce point, venons aux preuves. »
Et comme Marie refusait de les écouter : « Eh bien, nous, nous les entendrons » , s'écria Burghley.
« Je les entendrai aussi, dit Marie, mais dans un autre lieu où je pourrai me défendre. »
Lecture fut alors donnée des lettres de la reine d'Ecosse à Charles Paget, dans lesquelles elle déclarait qu'il n'y avait pas
1 Howell's State Trials, etc. , t. I; Gamden, d'après le ^e^rj^fre de Rabker.
2 Ce passage d'Howeli confirme le récit de Rourgoing, à savoir que la reine nia, le second jour comme le premier, qu'elle eût écrit à Babington.
2 Howell's State Trials. La reine avait été complètement étrangère au prétendu complot de Parry, qui n'avait jamais été un de ses serviteurs, et qui était un agent secret de Walsingham.