CHAPITRE ONZIEME
lait pendre et tirer à quatre chevaux ' » nombre de papistes, Burghley lui répondit imperturbablement : « Aucun des catholiques n'a été puni pour la religion *.
— Tous les jours, répliqua Marie avec force, ils sont en tous lieux bannis et exilés, fugitifs et errants de çà et de là pour se cacher, et les prisons d'Angleterre en sont toutes pleines. Enfin, on leur fait croire qu'ils sont coupables de trahison, les uns, parce qu'ils ne veulent pas suivre les injonctions de la reine , qui sont contraires et répugnent à leur religion ; les autres, parce qu'ils ne veulent pas la reconnaître pour chef de
FEglise Quant à moi, je vois bien aussi ce que vous
prétendez faire, en avançant des faits qui ne sont pas, c'est de m'amener à confesser des choses qui ne sont nullement en question et qui peuvent tirer à conséquence. Mais il n'est pas besoin de m'inquiéter davantage de la lecture de ces lettres, je ne vous répondrai plus; vous perdez votre temps; je ne suis pas tenue de vous rendre compte des affaires et des intelligences que j'ai avec les princes chrétiens, et que je ne veux pas discuter avec vous, étant liée avec eux et reçue en leur protection '.
— S'il plaît à Votre Grâce , s'éeria brusquement Burghley en coupant la parole à la reine, elle peut se retirer. Quant à
* Voir l'excellente traduction des Essais historiques et biographiques de lord Macaulay, par M. Guillaume Guizot; l""* série : Burqhley et son temps. On estime à deux cents environ le nombre des catholiques suppliciés sous Elisabeth.
2 i Burghley, pendant les débats, fît passer parmi les membres de la Commission une note résumant les indicjnités et torts commis par la reine d'Ecosse contre la reine d'Angleterre. Aucun avocat chicaneur, dit un historien anglais, à propos de cet incident, n'eût pu employer la lausseté et la sophistique avec plus de licence que cet homme d'Etat revêtu du caractère sacré de juge. » Mary Queen of Scots and lier latest Encjlish historian, etc., by James F. Meline. London, 1872, 1 vol. in-8°.
3 Journal inédit de Bourgoing. Toute la discussion qui précède, entre Marie et Burghley, ne se trouve pas dans les textes officiels.
nous, nous demeurerons ici, pour parachever sans elle '. » Sans daigner répondre à cette ini(]ue proposition, Marie poursuivit : « Quant à moi, je proteste que, fidèle et humble servante de Dieu, je suis prête à obéir à ses commandements et à ceux de son Église catholique, apostolique et romaine, à laquelle il n'appartient pas de résister, sachant bien qu'elle est gouvernée du Saint-Esprit. Que si elle me donne le titre de reine d'Angleterre , on ne saurait m'accuser de le poursuivre moi-même, puisque ce n'est pas moi qui le prends, mais que c'est toute l'Église et tous les princes chrétiens qui me le donnent et m'estiment légitime, sachant bien que tel est mon droit. Et vous-mêmes, ne donnez-vous pas à connaître manifestement le droit que j'ai , en voulant le cacher et le rejeter? En faisant des statuts et des lois contre moi, en prononçant des jugements contre moi , ne montrez-vous pas que vous sentez en vos cœurs et consciences ce que je pourrais dire et prétendre, et que votre intention n'est autre, que toutes vos actions ne tendent à autre fin que de me déposséder de mes droits, en tant que catholique? Mais vous pouvez mettre fin à vos accusations. Je vous ai assez fait paraître que ce n'est pas pour moimême que je défends mes droits , mais que je ne veux pas les faire perdre à ceux à qui ils appartiennent après moi * . Il est de toute évidence que ce n'est point à cause de moi qu'ont eu lieu les troubles de l'Irlande. On sait fort bien que les Irlandais sont sujets à la révolte, que le gouvernement de la reine d'Angleterre n'a jamais été accepté paisiblement en ce pays-là, et que tant s'en faut qu'on l'y veuille pour reine. D'Irlande est sorti un certain livre, écrit par des catholiques, dans lequel ils expriment le désir que mes droits à la couronne d'Angleterre soient transportés à une autre personne, d'autant plus
' Journal inédit de Bourrjoinr/ ,
2 Ibidem. Cette partie de la défense de la reine ne se trouve pas dans les documents anglais.