CHAPITRE ONZIEME
que les Irlandais n'ont plus d'espoir que je puisse sortir de prison, que je suis déjà hors d'âge, maladive « et en danger de « ne vivre longuement ' » , Quant à mon fils, ajouta Marie d'un ton plein d'autorité, il est à moi aussi bien qu'à la reine, et je ferai de lui ce que bon me semblera. Vous n'avez que faire de vous mêler de cela. Bien marrie suis-je que vous ayez pris tant de soin de faire une ligue avec lui , de séparer le fils de sa mère, de le soutenir, de le défendre contre moi, de le laisser gouverner par un traître tel que le maître de Gray et autres jeunes gens aussi inexpérimentés au gouvernement d'un royaume les uns que les autres. Vous avez fait de mon fils le pensionnaire de votre maltresse, et je l'estime fort mal avisé de se laisser aller ainsi à la dévotion de ses ennemis et à l'appétit de quelque peu d'argent qu'il peut recevoir.
— Il n'est point pensionnaire, s'écria Burghley, mais la reine ma maîtresse lui a donné quelque argent pour l'aider à se soutenir, car il n'en a pas beaucoup, et c'est pour le retirer des dettes dans lesquelles il est engagé. Au reste, poursuivit-il, il a bien fait de vivre avec nous en amitié; nous l'avons toujours défendu, et il est aimé de la reine Elisabeth. Nous ne l'avons point séparé de vous et ne désirons rien de plus que de vous voir tous deux en bonne intelligence ; c'est chose trop raisonnable.
— Je sais trop bien ce qu'il en est , reprit la reine d'un ton plein de tristesse et d'amertume. Quant au roi d'Espagne , je l'aime pour beaucoup de motifs ; car, à dire vrai, je n'ai jamais trouvé personne qui m'ait montré autant de bon vouloir que lui. Il m'a souvent aidée et secourue en mes affaires et nécessités, et je lui suis redevable plus qu'à personne vivante*. »
* Journal inédit de Bourgoing. Les analyses des procès-verbaux de Barker faites par Camden ne renferment pas ces passages de la défense.
Journal inédit de Bourgoing. Tous ces intéressants passages se trouvent a peine analysés dans les documents anglais.
Les avocats royaux ayant ensuite parlé de quelques « traîtres jésuites » qui
Et comme le trésorier reprochait à la reine d'avoir des représentants auprès des souverains de l'Europe : « La reine, votre maîtresse, s'écria Marie avec hauteur, a bien deux cardinaux à la cour de Rome qui sont ses pensionnaires, elle qui professe une religion opposée à celle du pape; et pourquoi moi, qui suis reine et catholique, et de même religion qu'eux, n'en aurais-je pas? »
A ces mots ,' une extrême agitation régna dans l'assemblée : tous les commissaires se levèrent en tumulte et couvrirent la voix de la reine d'un bruit confus et prolongé. Lorsque le calme fut rétabli, Burghley s'écria : « Vous en savez beaucoup, madame, et vous avez bien des intelligences ' ! »
s'étaient rendus en Ecosse pour y troubler l'Etat et la religion presbytérienne,, et, entre autres, le docteur Lewis, avec lequel la reine d'Ecosse avait entretenu des intelligences : « Les jésuites, leur répondit Marie, font leur état quand ils prêchent et travaillent pour remettre l'Eglise catholique et 'réduire les dévoyants à la vraie religion, conseiller et raffermir les chrétiens affligés. C'est leur charge, et je les estime gens de bien de s'exposer ainsi au danger de leur vie, laquelle ils n'épargnent pas pour l'honneur de Dieu et augmenter son Église, et il y en a en mon royaume assez. »
« Il fut aussi dit quelques mots du P. de La Rue (ancien aumônier de Marie Stuart); mais Sa Majesté dit qu'elle n'approuvait pas beaucoup de choses d'eux; qu'ils se mêlaient trop spécialement d'affaires d'État, et qu'elle en avait eu querelle avec un et était mal content d'elle pour cela. »
— Il N'est-ce point ledit de La Rue? » lui demanda le trésorier.
La reine éluda la question. « Quant au docteur Loys (Lewis), poursuivitelle, je ne le connais aucunement, sinon que j'ai entendu que c'était un homme de bien , fort zélateur à sa religion , très-docte et très-savant , et un des supports de l'Église. C'est mon devoir de lui rendre l'honneur qui lui appartient, et je ne suis pas pour donner faute à un si grand personnage. » Journal inédit de Bourgoing.
1 Journal inédit de Bourgoing. Tous ces détails sont inédits.
t Burghley, dit M. Hosack, ne put que récapituler à sa manière les preuves qu'il avait déjà données aux commissaires. Marie l'interrompit de temps en temps pour réclamer ses papiers et l'interrogatoire de ses secrétaires en sa présence. Personne autre ne prit part aux débats. Le solliciteur général osa faire une seule remarque vers la fin de la séance. Il fut promptement réduit au silence par Burghley, qui, dans sa triple charge d'accusateur, de juge et