‹ Marie StuartChapitre 127 sur 231 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

nières séances) ne peut être achevé que dans cinq ou six jours. C'est pourquoi, si nous avions dû prononcer le jugement, nous aurions été obligés de rester cinq ou six jours de plus ici, et vraiment le pays ne pouvait y suffire, surtout à cause de la dépense pour le pain, notre compagnie, ici et dans les environs, étant de plus de deux cents personnes, y compris les hommes d'armes. Ainsi, de par la lettre do Sa Majesté, nous, ses conseillers, le lord-chancelier, le vice-chambellan, M. le secrétaire ( Walsingham) et moi nous avons rédigé cet acte de prorogation, etc. '. »

Que Marie ait participé ou non au complot contre la vie d'Elisabeth , cela importerait peu au point de vue de l'ordre moral, de la justice absolue. Dans aucun cas , elle ne pouvait être coupable, et, comme telle, être condamnée juridiquement à mort. Tombée dans un abominable piège , retenue prisonnière pendant dix-neuf ans , au mépris de toutes les lois divines et humaines, en violation de ses droits souverains, ne lui était-il pas permis , en vertu du droit naturel, du droit des gens, du droit de légitime défense , de repousser la force par la force, et de recouvrer sa liberté , même en donnant la mort à celle qui la lui avait si odieusement ravie *? Mais toutes ces considé-

^ The Letter-Books of Amias Poulet, p. 296. Burcjhley à Davison, 15 octobre 1586, dans Ellis, t. I, p. 13.

2 Voici comment s'exprime, sur ce point, un historien anglais moderne, d'une grande autorité, lord Brougham : « La conspiration de Babington, dit-il, comprenait la rébellion et l'assassinat d'Elisabeth, et les serviteurs de Marie se donnèrent inutilement beaucoup de peine pour la décharger de toute participation. En vérité, elle ne nia jamais qu'elle eût pris part à la conspiration en général, mais elle dit quelle n'avait pas eu connaissance du projet d'assassinat. En supposant qu'elle l'eût connu, il ne semble pas que •ce soit contre le devoir de soutenir qu'une princesse souveraine, détenue sans raison en captivité par une autre princesse pendant vingt ans, avait le droit de recourir à des mesures extrêmes pour se venger. En cas de défense personnelle, tous les moyens sont bons, et Marie n'avait d'autre moyen que la guerre au couteau contre sa persécutrice. » Egerton et Chàteauneuf ont exprimé la même opinion.

rations ne reposent que sur des hypothèses. Marie a toujours soutenu qu'elle avait été complètement étrangère à tout ce qui avait pu être tramé contre la vie d'Elisabeth , et aucun témoi- ■ gnage indiscutable , aucune preuve certaine ne vient infirmer la sincérité de ses déclarations. Les criminels moyens mis en œuvre par Walsingham , les vices énormes de la procédure ne peuvent laisser de doute, dans tout esprit désintéressé, sur l'innocence de Marie Stuart. Nous partageons pleinement sur ce point l'opinion des historiens anglais et français qui n'ont point fait de cette question une thèse religieuse ou politique, et qui l'ont examinée sans prévention , sans idée préconçue. Parmi les historiens de nos jours qui , en étudiant cette question, ne se sont point demandé s'ils étaient catholiques ou protestants, et qui n'ont eu qu'un seul but : la recherche de la vérité , nous citerons en première ligne : Chalmers , Fraser Tytler, le prince Labanoff , Jules Gauthier et Hosack. Les documents qu'ils produisent et qu'ils discutent, les preuves qu'ils donnent sont de nature à convaincre les esprits les plus prévenus.

En résumé , on ne s'appuya dans les débats sur aucun document certain , authentique , pour prouver que Marie avait consenti au meurtre d'Elisabeth ; la pièce fausse qui servit de base à l'accusation permet de croire à la fausseté des principales pièces du procès '.

« Jamais , dit l'honorable presbytérien Hosack , on ne produisit contre elle un document original, pas même des copies de papiers écrits , mais seulement de prétendues copies d'après les chiffres, sur la parole d'hommes qui ne furent pas confrontés avec l'accusée et dont les signatures , apposées sur leurs prétendues confessions, furent arrachées par la crainte de la

1 « Ce fut au moyen d'un faux, dit M. Wiesener, que les ministres d'Éli- ^abett firent tomber la tête de l'infortunée captive. » Le journal le Temps, du 6 août 1873,

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