‹ Marie StuartChapitre 126 sur 231 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Les commissaires quittèrent Fotheringay le jour même, témoignant tout haut pour la plupart leur mécontentement du retard qu'Elisabeth imposait à l'impatience de leur zèle'.

Le soir même de leur départ, Burghley, dans l'âme duquel le long exercice d'une sanglante tyrannie avait étouffé tout sentiment de pitié et de dignité , rendait ainsi compte à Davison de sa conduite pendant les débats : « Monsieur le secrétaire, hier au soir, au reçu de votre dépêche datée de jeudi , je vous ai fait connaître de quelle manière nous entendions procéder le même jour. La Reine du château * était contente de paraître devant nous en public , afin d'être entendue pour sa défense ; mais elle ne répondit que négativement sur les points des lettres qui concernent les complots contre S. M. la reine ^. Elle soutint qu'ils n'avaient jamais été écrits par elle et qu'elle

retour ici et que vous ayez fait votre rapport, bien que, par votre verdict, elle ait été reconnue coupable des crimes dont elle est accusée. » Mais, le jour suivant, Elisabeth s'était déjà repentie du délai qu'elle accordait pour prononcer la sentence, et Davison écrivait, ce jour-là même, 15 octobre, qu'elle « craignait que ce retard pût nuire au cours des choses, ce qui, disaitelle, lui plaisait aussi peu que possible ». Cette lettre arriva trop tard; les commissaires quittèrent Fotheringay dans la soirée du 15. De son côté, Walsingham écrivait à Leicester : « Nous venions de procéder à la sentence, lorsque nous reçûmes contre-ordre et fûmes obligés de suspendre sous quelque prétexte et d'ajourner notre prochaine réunion jusqu'au 25, à Westminster. Cette perverse créature (la reine d'Ecosse) est, je le vois, envoyée de Dieu pour nous punir de nos péchés et de notre ingratitude; car Sa Majesté n'a pas le pouvoir d'en agir avec elle aussi durement que son propre salut l'exigerait. 11 Le prétexte, dont parle Walsingham, est donné par Burghley dans une lettre à Davison, en date du même jour. Il crut de son devoir de cacher qu'Elisabeth avait donné un contre-ordre secret, et il affirma qu'elle permettrait que la sentence fût prononcée à la prochaine réunion. John Morris, The Letfer-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 296.

' La plupart d'entre eux se rendirent dans les environs, à leurs maisons de campagne, « qu'ils avaient en grand nombre, dit Bourgoing, comme un lieu sain et plaisant à habiter ».

2 Nom que Burghley donnait, par dérision, à la pauvre captive.

3 Ce passage de la lettre de Burghley est parfaitement conforme aux déclarations de Bourgoing sur le même point.

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n'en avait jamais eu la moindre connaissance. Pour les autres choses qu'on lui reprochait, comme pour son évasion de prison, même par la force, pour l'invasion du royaume, elle disait qu'elle ne niait ni n'affirmait. Mais son intention était, par des discours longs et artificieux, d'exciter la pitié des juges, de jeter tout le hlâme sur la personne de S. M. la reine, ou plutôt sur le Conseil , de qui , disait-elle , tous les troubles passés provenaient , soutenant que ses offres , à elle , étaient raisonnables et que les refus venaient de notre part. Et sur ce point , j'ai combattu et réfuté de telle sorte ses discours par mes connaissances et mon expérience , qu'elle n'a pas eu l'avantage qu'elle s'était promis ; comme aussi je suis certain que l'auditoire n'a pas trouvé sa position bien digne de pitié , ses allégations ayant été reconnues mensongères ; et à cause de cela , un long et grand débat s'éleva hier et s'est renouvelé aujourd'hui avec plus d'animation. Nous avons eu de grands motifs pour proroger notre session jusqu'au 25; et ainsi nous, membres du Conseil , nous serons à la cour le 22 courant , et nous trouvons les membres de la Commission pleinement satisfaits, parce que, d'après l'ordre de Sa Majesté , le jugement sera rendu dans notre prochaine réunion'. Le procès-verbal (des deux der-

* British Muséum, Caligula, C. ix, fol. 433. Lettres mss. Burcjhley à Davison, 15-25 octobre 1586, Ellis, vol. I, p. 13. Dans la soirée du 15-25, jour où les seigneurs quittèrent Fotheringay, sir Amyas Paulet fit remettre à Marie Stuart un double de sa protestation sur riucompétence des commissaires. (Journal inédit de Bour(join(j.) — Le même jour, Walsingham écrivit à Leicester sur le même sujet, lui déclarant que les meilleurs amis de Marie, eux-mêmes, croyaient qu'elle était coupable, et il ajoutait que, sans un ordre secret d'Elisabeth, les commissaires auraient prononcé contre elle la sentence. Le délai ordonné par Elisabeth et l'indécision qu'elle montrait parais; «^nt avoir causé une vive contrariété à Walsingham. « Il fallait, disait-il , que le ciel se fût mis à la traverse pour empêcher ainsi la reine de procéder contre l'accusée, comme l'exigeait sa sûreté. » British Muséum, Caligula, C. ix, fol. 315, Walsingham à Leicester, 15 octobre 1586 ; Tyïler, t. VIII, The Lelter-Books of Amias Poulet, etc., p. 296.

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