‹ Marie StuartChapitre 133 sur 231 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

sans les témoins; à la Chambre Etoilée, nous avons des témoins sans l'accusée , car Marie était gardée fort étroitement dans sa prison , tandis que l'infatigable Burghley poursuivait sans relâche l'instruction à Westminster. »

Trente-six des commissaires de Fotheringay, réunis dans la Chambre Ëtoilée, après avoir entendu la récapitulation des chefs de l'accusation et les dépositions de Curie et de Nau, prononcèrent une sentence de mort. Douze membres absents envoyèrent, leur adhésion à la sentence. « Ils voyaient aussi clair dans la culpabilité de Marie, dit un récent historien anglais, que ceux qui avaient été présents '. » Un seul membre, lord Zouch, refusa d'acquiescer au jugement de ses collègues. Il était déclaré dans la sentence que Marie, soi-disant reine d'Ecosse, et prétendant avoir des droits à la couronne d'Angleterre, avait, de concert avec Babington, et à l'aide de ses secrétaires, ourdi et imaginé plusieurs projets « tendant au malheur, à la destruction et à la mort de la reine Elisabeth * « . Afin d'apaiser les ressentiments du roi d'Ecosse, il y était énoncé de plus que la condamnation à mort de la mère ne porterait aucun préjudice aux droits du fils à la couronne d'Angleterre , « et qu'il resterait dans le même état, degré et privilège que si la sentence n'avait pas été rendue ^ » .

« On ne sait, dit Robertson, ce qui doit révolter le plus, ou de la forme irrégulière de toute cette procédure , ou de la haute iniquité d'Elisabeth, lorsqu'elle ordonna l'instruction d'un tel procès. De quel droit prétendait-elle exercer son autorité sur une princesse indépendante? Marie Stuart était-elle tenue d'obéir aux lois d'un royaume étranger? Les sujets d'une

1 Mary Queen of Scots and her latest English historian, etc., by James F. Meune. London, 1872.

2 Howell's State Trials; Journal de la Chambre des Communes d'EwES; Hardwick's State Papers; Hosack, t. II, p. 431.

3 Ibidem, Camden; Egerton; Tytler; Jules Gauthier, t. II; Hosack, t. II, p. 431.

autre souveraine pouvaient-ils devenir ses juges? Et lors même qu'une telle insulte à la royauté eût été permise, ne devait-on pas obserA^er du moins les formes ordinaires de la justice? Si le témoignage de Babington et de ses complices était si concluant^ pourquoi Elisabeth ne suspendit-elle pas pour quelques semaines leur supplice, afin que, par leur confrontation avec Marie, elle pût être pleinement convaincue des crimes qu'on lui imputait? Nau et Curie étaient encore vivants. Pourquoi ne les fit-on pas comparaître à Fotheringay? Et pourquoi comparurent-ils^ au contraire, dans la Chambre Êioilée, où Marie n'était pa& présente pour entendre leur déposition? Ces témoignages suspects étaient-ils suffisants pour condamner une reine, et le dernier des criminels eût-il été envoyé à la mort sur des preuves aussi faibles et aussi peu concluantes ' ? » « Et pourtant, comme il importait au plus haut degré à Elisabeth de prouver à la face du monde le crime de la reine d'Ecosse, afin de justifier une condamnation à mort, il est évident que, si l'on ne produisit que des preuves suspectes , c'est qu'il n'y en avait point de positives, et que, par conséquent, Marie était innocente *. » « Ainsi se termina, dit l'honorable presbytérien Hosack, la plus honteuse des iniquités judiciaires qui aient sali l'histoire d'Angle • terre ^ . »

Quelques jours après, le Parlement fut appelé à ratifier la sentence de la Chambre Étoilée. Les lords et les Communes ne montrèrent pas moins de passion et de fanatisme. Une enquête fut ordonnée dans les deux chambres sur la conspiration et sur les dangers qu'avaient courus la reine et le repos du royaume. On feignit d'examiner de nouveau les pièces frauduleuses produites à Fotheringay, et, après les plus violentes invectives Contre Marie Stuart , le Parlement , se montrant aussi servile

1 Robertson's History of Scotland, liv. VII.

2 Histoire de Marie Stuart, par Jules Gauthier, t. II.

3 Hosack, r. Il, p. 431.

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