CHAPITRE DOUZIEME
sieurs jours. On récapitula les principaux chefs d'accusation formulés à Fotheringay. Nau et Curie furent ensuite introduits dans la salle, et là, sous le sceau du serment, et toujours en l'absence de leur maîtresse, s'il fallait accorder la moindre confiance aux termes du rapport officiel, ils confirmèrent « leurs interrogatoires, confessions et suscriptions de la manière et dans la forme qu'ils avaient été faits et écrits ' . Ils déclarèrent de nouveau que la reine avait reçu et lu les lettres de Babington, et que, par ses ordres et son commandement exprès, réponse y avait été faite sur tous les points. » Mais on se rappelle combien avaient paru peu satisfaisants leurs deux premiers interrogatoires à Burghley et à Walsingham ". Ils avaient simplement dit, ou étaient censés avoir dit, que Marie Stuart avait reçu des lettres de Babington, et qu'elle leur avait dicté « certaines réponses » à ces mêmes lettres. Mais rien dans leurs aveux ne pouvait laisser soupçonner qu'elle eût dicté les passages ovi il était question du meurtre d'Elisabeth '. Il est permis
à Davison, les commissaires se réuniront à la Star Chamber, et la cause étant fort longue, ils l'entendront et concluront sur le tout, sous forme de procèsverbal. Il sera tard avant que je m'y rende, parce que j'apporte avec moi la goutte à un pied, ce que personne, là non plus qu'ici, n'accepterait de moi, j'en suis certain. Mais, Dieu merci, ma main est libre. » The Letter-Books of sir Amias Poulet, p. 304.
* Hardwick's State Papers, t. I, p. 224. On sait avec quelles précautions et quelle défiance doivent être consultés ces documents.
- Bur(jhley a Walsingham, 8 septembre, lettre citée par Tytler; Hovvell's State Trials, d'après le Registre d'Edouard Barker , principal notaire ou greffier d'Elisabeth, et Thomas Weeler, notaire public, greffier de l'audience de Cantorbery.
3 « Il ne paraît pas, dit ^I. Hosack, que l'on ait adressé des questions aux secrétaires de Marie Stuart, mais il est dit qu'ils affirmèrent j^ar serment certaines déclarations èl confessions, dont ni originaux, ni copies n'ont été conservés. La seule nouvelle pièce de conviction, produite dans la Chambre Etoile'e, était une prétendue déclaration de Curie, « que la lettre <jue Babing- « ton écrivit à la reine d'Ecosse, et les minutes de la réponse de cette prin^ • cesse à cette lettre, furent brûlées par ses ordres » . Mais il est clair qu'une
de croire que leur troisième interrogatoire à la Tour fut sans doute conforme aux deux premiers, puisque Ton a fait disparaître avec soin l'original , et que la copie de ce même interrogatoire, qui fut lue à Fotheringay hors de leur présence, dut être falsifiée dans le sens de l'accusation. Nau, dans son Apologie, présentée à Jacques I", roi d'Angleterre, en 1606, affirma, comme il l'avait déjà fait, que les principaux chefs d'accusation contre sa maîtresse étaient faux; qu'il le soutint énergiquement à Westminster, comme il l'avait fait à la Tour, et qu'en présence de Walsingham, qui, dans la Chambre Etoilée, l'accabla d'injures et le menaça de le mettre en jugement, il déclara que les commissaires auraient à répondre devant Dieu et tous les rois chrétiens, si, sur des charges aussi fausses, ils venaient à condamner une princesse innocente. Il demanda même alors, mais ce fut en vain, que sa protestation fût enregistrée'. Plus tard, Curie, à son lit de mort, protesta de son côté qu'il était prêt à répondre devant le tribunal de Dieu que , loin d'avoir jamais violé son serment de fidélité envers la reine , sa maîtresse , il n'avait cessé, du vivant de cette princesse et après sa mort, de défendre son innocence contre les accusations de ses ennemis *.
Toutes les formes de la procédure furent violées à Westminster comme elles l'avaient été jusqu'alors. « A Fotheringay, dit le consciencieux historien Tytler, nous avions une accusée
déclaration aussi importante, si elle eût été vraie, aurait dû être faite en présence de l'accusée, et il est également clair que, si elle était fausse, elle ne pouvait être faite que derrière son dos, sans qu'il y eût possibilité pour elle de la contredire. » T. II, p. 430 et 431.
1 LiNGARD, Apologie de Nau, Harl. Mss. Nau, dans son Apologie, faisait appel aux souvenirs des gentilshommes encore vivants qui assistaient au procès de la Chambre Etoilée, et il ne paraît pas que ces assertions aient été démenties par aucun d'eux.
2 Tytler, t. VIII; Miss Strickland, t. VII; Jules Gauthier, t. II. — La croyance de Marie dans la culpabilité de ses secrétaires n'est pas une preuve contre eux, car elle n'avait nul moyen de savoir la vérité.