CHAPITRE DOUZIEME
II semble qu'un tel acte était de nature a lui arracher un mot décisif. Il n'en fut rien. Elle ne leur fit qu'une réponse subtile et ambiguë : « Si je vous disais que je n'ai pas l'intention d'acquiescer à votre demande, par ma foi, je vous dirais peut-être plus que je ne pense. Et si je vous disais que j'ai l'intention d'y accéder, je vous dirais alors plus qu'il ne convient que vous ne sachiez, et ainsi je ne puis ^vous donner qu'une réponse sans réponse ' . »
Quelque violent désir qu'elle eût d'être délivrée de sa victime, elle hésitait toujours à signer l'arrêt fatal. Implacable et vindicative autant que prince de son temps, elle était sans pitié comme sans remords, mais non pas sans honte et sans peur. Si la dague d'un serviteur dévoué l'eût délivrée secrètement de Marie Stuart, elle en eût ressenti une joie atroce. Mais à quelles vengeances implacables ne s'exposerait-elle pas de la part des rois de l'Europe si elle osait faire tomber juridiquement la tête d'une princesse, son égale et sa parente? Quelle pitié pourraitelle espérer de l'ambition de Philippe II, elle, la fille adultérine d'Anne Boleyn, elle qui avait aboli le catholicisme dans ses États? Dans ses terreurs paniques, elle se voyait déjà précipitée du trône, jetée à son tour en prison, comme au temps de sa jeunesse, traînée au dernier supplice et soumise à des humiliations cent fois pires que la mort. En proie à ces perplexités et à ces craintes, mais inexorablement fidèle à sa haine
pétition à Sa Majesté, pour lui demander l'exécution de la reine d'Ecosse. J'avais quelques scrupules, pensant que Sa Majesté n'aimerait pas cela parce que, dans les temps anciens, les évêques siégeant au Parlement avaient coutume de s'abstenir. Cependant, je ne crois pas qu'il soit illégal qu'ils assistent à de telles causes, et se prononcent, lorsque l'exécution de la sentence tend au bien de l'Eglise, comme celle-ci. — Je vous prie de savoir si Sa Majesté l'aura ou non pour agréable; milord de Canterbury agira dans le même sens. — J'ai parlé avec sir Drue Drury, que M. le secrétaire dépêchera cette aprèsmidi (à Fotheringay). » The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 306. ' Howell's State Trials; Camden; Tytleb, t. VIII; Miss Strickland, t. VII; HosACK, t. Il, p. 434.
ar* MARIE STUART.
et méditant au fond de son cœur la mort de sa rivale, elle ne répondait à ses ministres que d'une manière évasive. Et eux, la taxant de « mollesse » , feignaient, pour lui arracher enfin une décision, d'être de plus en plus inquiets pour sa vie et pour leur propre sûreté ' .
* Walsint/hatn à Shrewsbury, 6 octobre 1586, et Burtjkley à Leicester, 26 octobre, State Papers Office; J. Gauthier, Histoire de Marie Stuart, t. II.