CHAPITRE XIII
Afin de se disculper devant l'Europe, les ministres d'Elisabeth en étaient encore à chercher une preuve sans réplique de la culpabilité de Marie Stuart. Ne la trouvant pas, ils firent une nouvelle tentative pour lui arracher un aveu. Paulet eut mission de l'interroger, et, s'il était possible, de surprendre sur ses lèvres le mot précieux qui les eût lavés de tout reproche. Peut-être même fut-il chargé de laisser entrevoir à Marie, afin de la perdre plus sûrement, l'espérance du pardon, si elle s'avouait coupable. Le jour donc de la Toussaint, dans l'aprèsdînée ', Paulet se rendit dans la grande salle où la reine avait été interrogée par les commissaires. Comme on l'a vu plus haut, cette salle avait été mise à la disposition de Marie Stuart après leur départ. Sir Amyas feignit de vouloir s'assurer si elle avait été convenablement disposée pour l'usage de la reine, et si les fermetures ordonnées par lui pour sa sûreté étaient en bon état. Sur quelques indices qui durent lui donner l'éveil, il n'était pas sans crainte, comme il semble, que d'un moment à l'autre la reine d'Ecosse ne fût enlevée par ses partisans ou
* Le 30 ojctobre, Paulet avait expédié à Walsingham un bulletin de la santé de la reine : « Je veux vous avertir que cette reine a pris médecine trois fois cette semaine, et, comme à l'ordinaire, elle a été malade, ce qui fait qu'elle n'est pas sortie de son lit depuis cinq ou six jours, et y est encore. » The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 304.
27fi MARIE STUART.
massacrée par ordre du gouvernement anglais, et comme avant tout il avait à cœur, soit de ne pas se laisser surprendre, soit de ne pas tremper dans un pareil crime, par précaution, il avait fait murer quelques ouvertures du château et notamment quelques portes et croisées de cette salle'. Après son inspection, et comme s'il n'eût pas voulu, étant si près de la reine, se retirer sans lui rendre visite, il attendit qu'elle eût fini ses prières et demanda à la voir.
Introduit auprès d'elle , il se montra plus courtois qu'à son ordinaire, et, pendant quelques instants, feignant de n'avoir rien d'essentiel à lui dire, il devisa de choses indifférentes. De propos en propos , la reine en vint à Jui parler de l'état de sa santé qui, jamais, disait-elle, n'avait été meilleure que depuis son départ de Chartley et les dernières épreuves qu'on lui avait
1 Journal inédit de Bourqoing. Le 29 octobre, Davison écrivait à Burghley . 1" Les plaintes que fait entendre sir Amyas sur la faiblesse d'une demeure où il doit résister à toute attaque désespérée qui pourrait être tentée en faveur de la reine d'Ecosse, sont fort à considérer. Selon son opinion, on pourrait faire une levée de cent ou deux cents hommes, que l'on posterait dans des endroits convenables auprès de lui, et qui seraient prêts à repousser toute attaque. Son Altesse me prie de vous en faire part, pour que ce soit exécuté, si vous ne trouvez pas d'autre moyen. Elle ne désire pas que cette reine soit rapprochée d'ici (de Richmond). Elle est si décidée à lui envoyer (à sir Amyas) de la poudre et du plomb, que je suis certain qu'elle n'a pas ledessein de le débarrasser de sa charge. — Sa Majesté trouve qu'il y a un vide (dans ses lettres), en ce qu'il n'avertit pas Son Altesse des discours qu'elle (la reine d'Ecosse) tient depuis que Vos Seigneuries l'ont vue, et elle a fait savoir à M. le secrétaire qu'elle désirait plus de détails à ce sujet. » ÇThe Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 302). Le jour suivant, Burghley répondait à Davison : « J'ai lu les lettres que vous m'avez envoyées, et j'y ai trouvé l'opinion de M. Paulet sur la failjlesse d'une partie du château de Fotheringay et sur le manque de poudre et de plomb. L'attention de Sa Majesté s'est portée sur tout cela. Je pense qu'il serait meilleur d'avoir quarante ou cinquante soldats, pour guetter et veiller, qui, bien choisis, serviraient mieux à notre dessein que deux cents hommes hors du château ou des gentilshommes des environs; quant à la poudre et au plomb, je donnerai des ordres à l'un des serviteurs de M. Paulet, qui est son pourvoyeur à Londres, etc. » The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 303.