‹ Marie StuartChapitre 151 sur 231 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

nombreux témoins, et, comme les premiers martyrs, confesser publiquement sa foi et verser son sang pour elle, était devenu, après tant de tribulations et d'angoisses, le plus cher des vœux de la malheureuse reine. Son âme n'était accessible qu'à une seule crainte. Elle soupçonnait, non sans de sérieux motifs, qu'Elisabeth, pour échapper à l'odieux d'une exécution publique , ne négligerait rien pour la faire disparaître en secret. Depuis sa translation à Tixall , cette triste pensée l'obsédait sans cesse nuit et jour. « Je m'attends à quelque poison ou telle autre mort secrète » , avait-elle écrit au duc de Guise, dès le mois de septembre précédent. Cette crainte venait troubler de plus en plus 'les derniers jours de sa vie. Ce n'était assurément pas la pensée de la mort en elle-même qui l'effrayait, mais l'appréhension qu'une mort mystérieuse ne donnât lieu de croire à un suicide. Incessamment plongée dans la lecture des chroniques d'Angleterre , elle y étudiait avec une extrême curiosité la fin tragique de plusieurs rois, et de quelle façon avaient procédé les Anglais à leur égard avant de les mettre à mort. Entre toutes ces lamentables histoires, celle qui l'avait le plus frappée était celle de l'infortuné Richard II, fils du célèbre Prince Noir, si lâchement assassiné par l'ordre de ce duc de Lancastre qui, en 1399, sous le nom de Henri IV, fit passer dans sa branche la couronne d'Angleterre. Que de tristes points de ressemblance entre la destinée de Richard et celle de Marie ! Comme elle , il avait été traîné de prison en prison; comme elle, il avait été déclaré déchu de tous ses droits par un Parlement vendu à l'usurpateur; comme elle à Fotheringay, Richard, dans le donjon de Pomfret, avait été dégradé de tous les attributs de la royauté. Marie n'avait-elle pas à craindre de mourir obscurément comme lui sous la hache ou la dague des assassins '? Tel était, en effet, le plus ardent

désir d'Elisabeth, aux heures mêmes où elle faisait le plus parade de clémence.

Cependant Paulet avait enfin reçu de la cour une réponse aux demandes que Marie avait chargé lord Buckurst de transmettre à Elisabeth. Voici comment il rendait compte de son message à Walsingham, le 15 décembre : « Ayant signifié à cette reine que j'avais reçu l'ordre de lui rendre son argent et que je la priais d'autoriser quelqu'un de ses serviteurs pour le recevoir, elle me fit répondre que, comme je le lui avais pris à elle-même, elle croyait convenable que je le lui rendisse en main propre. Sur quoi, j'allai auprès d'elle, accompagné de sir Drue Drury et de M. Darrell '.Je la trouvai dans son lit^ malade, souffrant d'une de ses jambes; je lui remis une note de l'argent que j'avais reçu d'elle et de ce que j'avais payé de sa part... Elle me demanda ce que l'on avait répondu à ses autres demandes. Je lui dis que ses papiers seraient renvoyés sous peu et que ses serviteurs seraient libres de retourner en Ecosse ou en France selon leur choix. « Oui, dit-elle, mais « je ne puis dire s'ils auront la liberté de se retirer avec ce que « je leur donnerai. » Je lui répondis qu'elle n'en pouvait douter. K J'entends parler de mes meubles, reprit-elle, car j'ai l'inten- « tion d'envoyer un lit à mon fils. C'est pour cela que j'avais « demandé la liberté de faire mon testament. » Elle m'interrogea pour savoir si j'avais reçu une réponse. Je lui dis que non, mais qu'elle n'en avait pas besoin , car cela dépendait de sa volonté. Elle me demanda ce que l'on avait répondu au sujet de son aumônier. Je lui dis qu'on avait l'intention de le lui envoyer sous peu. Tel fut notre entretien. Après lui avoir remis son argent, sir Drue Drury et moi nous prîmes congé d'elle. » Paulet ajoutait à sa lettre ces intéressants détails : «J'ai envoyé deux de mes serviteurs pour aller chercher le prêtre qui est retenu chez M. Thomas Gresley, et je les attends ce soir

1 Le maître d'hôtel qu'Elisabeth avait placé près de Marie Stuart.

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