CHAPITRE QUINZIEME
OU au plus tard demain matin. Cette dame garde son caractère pervers et entêté. Elle ne montre aucun signe de repentir et aucune soumission , ne reconnaît pas sa faute , n'en demande aucun pardon et ne témoigne aucun désir de vivre. Il est à craindre qu'elle ne meure comme elle a vécu, et je prie Dieu que ce prêtre ignorant et papiste ne soit pas adinis auprès d'elle , afin d'augmenter sa punition et aussi parce qu'il la fortifiera dans son endurcissement envers Sa Majesté et dans toutes ses erreurs en matière de religion, plutôt que de la ramener à des idées meilleures '. » « M. le secrétaire Walsingham m'avait autorisé à envoyer chercher le prêtre de cette reine qui demeurait chez M. Gresley, écrivait Paulet à Burghley le 18 décembre, et à lui permettre de la visiter. Il est arrivé ici le 17 *, de sorte que , si l'exécution de cette dame est différée , on pourrait bien se repentir, autant au point de vue politique qu'au point de vue religieux, de ce qu'il serait resté si longtemps auprès d'elle \ »
Le lendemain, Paulet, en envoyant à Burghley les comptes de dépenses de la maison de Marie, demandait avec instance, qui le croirait? que sa captive fût exécutée le plus tôt possible, pour raison d'econom2'e. « Désirant, lui disait-il, que les charges de Sa Majesté soient diminuées, je ne vois pas d'autre moyen que de supprimer la cause qui nous les impose, et qui, sans la miséricorde de Dieu , peut amener les plus lamentables et les plus dangereux effets. — Je porte si peu d'intérêt à cette famille écossaise, ajoutait cet homme inhumain, à cause de ma responsabilité dans ce château, que je crois qu'il m'est permis de désirer, sans offense , que l'argent de cette dame ne
1 Paulet à Walsingham, 15 décembre 1586; The Letter-Books, etc., p. 325 et 327.
2 Bouigoing, dans son Journal, dit que du Préau arriva le 16 à Chartley, a quatre heures du soir.
3 Paulet a Bunjhley, 18 décembre 1586; The Letter-Books, etc., p. 328.
lui soit rendu qu'un jour ou deux avant l'exécution , bien que je me fasse fort de l'empêcher de s'en servir directement ou indirectement pour des usages pernicieux ' . »
Ce fut dans la prévision que sa fin devait être très-prochaine que Marie se décida à écrire à son impitoyable rivale , non pour lui demander grâce , mais pour qu'elle ordonnât que son exécution eût lieu devant une nombreuse assistance , afin qu'elle pût faire une confession publique de sa foi. Cette lettre ne pouvait parvenir à son adresse qu'avec le consentement de Paulet, et Bourgoing va nous apprendre, pour la première fois, de quelles précautions étranges s'entoura le geôlier avant de la transmettre à Elisabeth*.
Au seizième siècle , l'art diabolique de préparer des poisons presque invisibles et dont l'action ne laisse aucune trace semble avoir atteint ses dernières limites, surtout en Italie. A Padoue, à Pavie, à Viterbe, à Turin, à Rome, à Venise surtout, il fut imprimé, au seizième siècle, la moitié plus de livres sur les poisons et leurs antidotes que dans tout le reste de l'Europe. Rien de plus éloquent et de plus effrayant que ce bulletin bibliographique'. Pendant plus de cent ans, l'Italie
» Paulet à Burghley, 19 décembre, p. 329 et 330.
2 II s'agit de la lettre en date du 19 décembre 1586, publiée dans Lab\- KOFF, t. VI.
3 De Albaxo (Petrus), De venenis eorumcjue remcdiis. Venetiis, 1473, in-4°. — PoKZETTi (Ferdinandus), De venenis commeniarius . Venetiis, 1492, in-(ol. — Santés de Audoyms, De venenis. Venetiis, 1492, in-fol. — Aver- ROES, De venenis. Argentorati, 1503. — Bouchart (J. F.), De venenis. Basilea-, 1509, in-A". — Guainarius (Antonius), De venenis. Papiœ, 1518, in-4o. — Carraeicx, Quœstio de venenis ad terniinum. Venetiis, in-fol. — Arma (J. Fr.), De venetiis. Turini, 1557,in-8°. — Cardanus (H.), De venenis, libri très. Pataviae, 1563. — Grevinus, Deux livres des venins. Anvers, 1568, in-4o. — De venenis. Antverpiœ, 1571. — Mercurialis (Hieronym.), De venenis et morbis venenosis. Francofurti, 1584, in-8". — Baccius (Andréas), De venenis et antidotis. Romae, 1586, in-4'^. — A. Fonseca (Rodericus), De venenis. Romae, 1587. — Sodroncuus (Johann. Baptista), De morbis veneficis et veneftciis, libri quatuor. Venetiis, 1591, in-S». — Jessknius, Dissertatio de