‹ Marie StuartChapitre 155 sur 231 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

ment que cette dame garde un esprit de vengeance contre Sa Majesté, sa noblesse et tous ses fidèles sujets '. »

Après avoir commencé sa lettre en protestant qu'elle n'avait jamais eu la pensée d'attenter à la vie d'Elisabeth, Marie poursuivait : « Je me résolus dès lors de me fortifier en Jésus-Christ seul, lequel, à ceux qui en tribulation l'invoquent de bon cœur, ne manque jamais de justice et de consolation... A lui en soit la gloire ! Il ne m'a déçue de mon expectation, m'ayant donné le cœur et la force, in spe conlra spem, d'endurer les injustes calomnies, accusations et contumations de ceux qui n'ont telle juridiction sur moi, avec une constante résolution de souffrir la. mort pour le maintien, obéissance et autorité de rÉglise catholique... Or, depuis, m'ayant été de votre part signifiée la sentence de votre dernière assemblée d'aucuns des Etats , m'admonestant par le lord Buckurst et Beale de me préparer à la fin de mon long et ennuyeux pèlerinage, je les ai priés de vous remercier de ma part de si agréable nouvelle, et vous supplier de me permettre certains points pour la décharge de ma conscience, dont, depuis, le sieur Paulet m'a fait entendre que vous m'aviez gratifiée, m'ayant déjà rendu mon aumônier et l'argent que l'on m'avait ôté*... Je ne veux accuser personne, ains pardonner de bon cœur à chacun, comme je désire qu'on me pardonne, et Dieu le premier... Donc, madame, en l'honneur de Jésus (sous le nom duquel tous pouvoirs obéissent), je vous requiers de permettre que, après que mes ennemis auront assouvi leur noir désir de mon sang innocent, vous permettiez que mes pauvres serviteurs désolés puissent tous ensemble emporter mon corps pour être enseveli en terre sainte et avec aucuns de mes prédécesseurs qui sont en France, spécialement la feue reine ma mère... J espère que vous ne me refuserez pas cette dernière requête

' Paulet a Davisou, 21 décembre; The Letter-Books, etc.

2 Voir les extraits des lettres de Paulet que nous avons donnés ci-dessus.

312 MARIE STUARÏ.

que je vous fais, permettant au moins une sépulture libre au corps dont Tàme aura été séparée, puisque, étant unis, ils n'auront jamais su obtenir liberté de vivre en repos, en le vous procurant à vous-même; de quoi devant Dieu je ne vous donne aucune coulpe; mais Dieu vous veuille faire voir la vérité de tout après ma mort. — Et pour ce aussi que je crains la secrète tyrannie d'aucuns de ceux au pouvoir desquels vous m'avez abandonnée, je vous prie de ne permettre que, sans votre su, l'exécution se fasse de moi, non pour crainte du tourment, lequel je suis prête à souffrir, mais pour les bruits que l'on ferait courir de ma mort sans témoins non suspects... C'est pourquoi... je requiers que mes serviteurs demeureront pour être spectateurs et témoins de ma fin en la foi de mon Sauveur et en l'obéissance de son Eglise..." Je vous supplie derechef de me permettre d'envoyer un bijou et un dernier adieu à mon fils avec ma dernière bénédiction... Ce dernier point, je le mets à votre favorable discrétion et conscience; les autres, je vous en requiers au nom de Jésus-Christ et en respect de notre consanguinité... Je voudrais que mes papiers vous fussent tous été présentés sans déguisement, afin que apparût que ce n'est le seul soin de votre sûreté qui fait mouvoir tous ceux qui sont si prompts à me poursuivre. Si vous m'accordez cette mienne dernière requête, commandez que je voie ce que vous en écrirez , car autrement on me fera passer par où Ton voudra; et je désire savoir à ma dernière requête votre dernière réponse. Et pour fin, je piie le Dieu de miséricorde et le juste Juge qu'il vous veuille illuminer de son Saint-Esprit, et qu'il me donne la grâce de mourir en parfaite charité, comme je me dispose de faire , pardonnant ma mort à tous ceux qui en sont cause ou y ont coopéré; et telle sera ma dernière prière jusqu'à la fin... Ne m'accusez de présomption si, abandonnant ce monde, et me préparant pour un meilleur, je vous ramentois que un jour vous aurez à répondre de votre charge aussi bien que ceux qui y sont envoyés les premiers,. , »

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