‹ Marie StuartChapitre 158 sur 231 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

« il vaut mieux que nous le tenions lié et enchaîné, pour le lais- « ser aller quand nous le trouverons bon, afin de nous en servir « en temps et lieu. » Ce qui fut connu par des lettres qui furent surprises et montrées à l'ambassadeur d'Angleterre en Ecosse; ce qui fut déclaré en pleine assemblée , et ces lettres furent envoyées à votre reine'.

Est-ce donc un avantage pour moi , poursuivit-elle d'un ton plein d'amertume, d'avoir été, comme héritière du royaume, toujours prisonnière? Et quel traitement ai-je reçu, sinon d'avoir toujours été soumise à un gardien , sans le congé duquel je ne pouvais faire un pas? Quant à procéder contre moi comme s'il s'agissait d'une sujette , à me faire juger par douze hommes, comme vous le dites, c'est à vous une par trop grande arrogance de tenir un tel langage. Ce n'est que par mes pairs que je puis être jugée. Etre jugée par douze hommes s'entend des sujets, et non des rois et des princes sur lesquels l'Angleterre n'a aucun droit de faire des lois , n'ayant aucune autorité sur eux ^ . »

De propos en propos, Paulet en vint à faire l'éloge du comte de Morton , l'un des régents d'Ecosse , qui avait été l'un des principaux assassins de Darnley, et qui s'était toujours montré l'un des plus ardents ennemis de la reine d'Ecosse.

« 11 faut que vous n'ayez point d'honneur, s'écria Marie d'un ton indigné , de louer un aussi méchant homme que le comte de Morton, tenu par tous pour un tyran et un usurpateur, « qui pillait et renversait tous les biens de mes pauvres « sujets d'Ecosse , qui tenait prisonnier mon fils et rançonnait « tyranniquement un chacun, faux et traître, à la vie débauchée « et vicieux, se consumant en luxure et adultère public. » A ces mots Melvil , qui était présent à cette orageuse discussion, con-

' Journal inédit de Bourgoing.

■^ Ibidem.

firma les paroles de sa maîtresse, ccmme ayant personnellement connu le comte de Morton '.

Marie se plaignit avec une profonde tristesse de la politique dénaturée d'Elisabeth, qui n'avait cessé , disait-elle, de s'interposer entre elle et son fils, de les tenir à jamais séparés l'un de l'autre, d'étouffer l'affection de l'enfant pour la mère , de le

1 Journal inédit de Bourgoing . Voici comment Paulet rend compte de cette partie de la discussion. Il dit que ce fut Drue Drury qui interpella la reine sur ce dernier point et qu'il fut question de Moray et non de Morton ; mais il commet une erreur volontaire. Plusieurs des choses que dit la reine ne peuvent se rapporter à Moray. « Sir Drue Drury répondit que le comte de Moray était un très-lionorable gentilhomme.

— Elle dit que le comte de Moray était un des pires hommes du monde, un adultère coutumier du fait, un spoliateur et un meurtrier.

— Sir Drue affirma l'avoir connu ici six semaines et qu'il se conduisait gravement, avait la réputation d'un noble gentilhomme, et que personne jusqu'ici n'en avait dit du mal.

— Oui, ajouta-t-elle, mes rebelles sont d'honnêtes gens et ont été soutenus par la reine votre maîtresse!

-r— Je lui dis qu'elle s'oubliait grandement en accusant Sa Majesté d'une telle faute, ce qu'elle ne viendrait jamais à bout de prouver...; qu'il y avait une grande ingratitude de sa part, après tant de faveurs reçues, — ce qu'elle ne voulut jamais reconnaître, — que Sa Majesté lui avait sauvé la vie, au grand mécontentement de ses meilleurs sujets du Parlement, qui demandaient justice contre elle, pour crime de rébellion.

— Elle prétendit qu'elle ne savait pas cela...

— Je lui dis qu'elle avait été plus honorablement traitée que ne le furent jamais d'autres prétendants, dont plusieurs avaient été rigoureusement gardés prisonniers, d'autres défigurés ou estropiés, et d'autres assassinés.

— Je n'étais pas prétendante, me répondit-elle, je ne demandais qu'à être considérée comme la plus proche héritière du trône.

— Non, madame, lui dis-je, vous avez été plus loin en prenant- les armes et le sceau d'Angleterre, comme si notre reine avait été une usurpatrice.

— Elle répondit que son mari et ses parents avaient fait ce qu'ils trouvaient bon et qu'elle n'avait rien à y voir.

— Pourquoi, lui dis-je, ne vouliez-vous pas renoncer à vos prétendus droits sans être reconnue comme héritière présomptive de la couronne?

— A cela elle répondit qu'elle avait fait des offres bien des fois et qu'elles n'avaient pas été acceptées.

— Je lui répondis que, jusqu'ici, il avait toujours été prouvé qu'ai\

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