‹ Marie StuartChapitre 160 sur 231 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

testament, mes funérailles et les intérêts de mes serviteurs '. »

Le geôlier nous révèle une partie ignoble de sa mission , jusqu'à ce jour inconnue , et qu'il exécuta sans le moindre scrupule, malgré le puritanisme dont il se piquait. « Ainsi vous voyez, poursuit-il, ce qui s'est passé entre cette reine et nous. Pour obéir à vos instructions , j'ai fait ce que j'ai pu pour provoquer sa colère, quoique je sois persuadé que sa méchanceté a de telles racines que Sa Majesté en aurait peu profité, et que cela ne servirait qu'à augmenter ses péchés, qui sont déjà assez nombreux, comme Dieu le sait. Vous pouvez penser qu'elle a été poussée à dire tout cela , sans quoi elle aurait gardé son silencehabituel; car tous ses discours ont été très-calmes depuis qu'on l'a privée de son dais , etc. ^. J'ai oublié de vous dire, ajoutait-il dans im post-scriptum , que cette reine, prenant la lettre des deux mains et tendant les feuillets ouverts, les a frottés des deux côtés sur son visage , ce qu'elle fit sans doute par dépit de ce que je lui avais dit qu'il pourrait y avoir autant de danger en dedans qu'au dehors de sa lettre ^ »

Le même jour, 21 décembre 1586, Paulet écrivait confidentiellement à Davison, pour le prévenir qu'ayant en main la dépêche de Marie à Elisabeth, il prenait sur lui d'en retarder l'envoi, de peur que cette dernière fût émue et ne signât pas le warrant d'exécution à mort. Ce fut peut-être la connaissance de cet acte d'iniquité et de basse cruauté qui laissa supposer à Walsingham que Paulet serait capable d'un plus grand crime, et qui, plus tard, l'encouragea à lui en faire la proposition. Paulet ne déguise nullement le motif du retard qu'il met à l'envoi de la lettre de sa captive. Il espérait que le warrant d'exécution serait signé avant que la cour, suivant sa coutume,.

' Journal inédit de Bowijoing.

- Paulet à Davison, 21 décemlnc 1586 ^ Tiie Letter-Boolis, etc.; p. 337.

^ Ibidem,

se rendît à Greenwich pendant la semaine qui précédait Noël; car, durant ce temps-là, nulle sentence de mort ne pouvait être signée. Il garda donc la lettre pour qu'elle n'arrivât qu'après la signature du warrant, si elle avait été donnée. La lettre de Paulet est trop intéressante et trop caractéristique à plusieurs points de vue pour que nous n'en citions pas quelques fragments : « Nous craignons beaucoup de causer un retard à l'exécution de la justice, si longtemps désirée. Ayant récemment reçu de Sa Majesté un ordre exprès d'offrir à cette dame d'envoyer ses lettres, si elle était disposée à écrire, quoiqu'elle n'ait pas accepté sur-le-champ cette offre, cependant, de crainte que notre refus d'obéir ne parût offensant à Son Altesse, nous avons aquiescé à son désir en priant Dieu de diriger cette affaire dans l'intérêt de la gloire et du salut de Sa Majesté, dont nous ne douterions pas si elle consentait à saisir cette grande occasion de hâter un sacrifice si agréable à Dieu et aux hommes. Tous les bons et fidèles sujets de Sa Majesté seront anxieux pour sa vie, mais tout particulièrement en ce temps de Noël, qui fournit tant d'occasions à de nombreuses et dangereuses réunions. Incapable de faire aucun bien dans notre service, nous serions très-peiné s il arrivait quelque malheur. Ainsi, pour être franc avec vous comme avec un ami, nous avons employé tous les moyens possibles pour retarder l'envoi de la lettre, afin qu'elle arrivât trop tard à la cour pour arrêter toute décision, touchant cette dame, prise avant Noël. Garnous sommes bien persuadé qu'un retard à l'exécution, après Noël, pourrait se prolonger indéfiniment, soit que Sa Majesté soit trop portée à la clémence, soit à cause du péril auquel sa personne peut être exposée pendant les fêtes de Noël, époque d'assemblées secrètes et pleines de dangers. » Et Paulet, laissant déborder sa haine et son fanatisme, ajoutait ce post-scriptum : « Je regrette beaucoup que vos lettres du 14 ne soient pas venues à temps pour aiTéter le prêtre, qui est arrivé ici le 1 7, et qui a été aussitôt admis en présence de sa maîtresse, suivant les instruc-

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