CHAPITRE SEIZIEME
tions que j'avais reçues à cet effet. L'inconvénient n'est pas aussi grand au point de vue politique qu'au point de vue relij'ieux. Car, en vérité, ce prêtre est une tête si faible qu'il ne saurait donner un avis ou un conseil digne d'un écolier. Je craignais qu'il eût appris quelque mauvaise nouvelle durant son séjour chez M. Gresley. Mais, l'ayant interrogé de mon mieux, je l'ai trouvé tout à fait ignorant de ce que tout le monde sait ; ce que j'attribue à ce qu'il ne connaît pas notre langue et à l'absence de M. Gresley, qui est à Londres dc''puis si longtemps , de sorte que ce prêtre n'a eu d'autre com- . pagnie que son gardien. J'aurais pu croire qu'il me cachait ce f[u'il savait, mais, ayant visité ses papiers, je n'ai trouvé que deux feuilles, qu'il croyait bien cachées parmi des notes philosophiques, et dans lesquelles il avait consigné ce qu'il avait entendu dire, ainsi que ses réponses pendant son absence, le tout aussi ridicule que possible. J'aurais été content, au point de vue chrétien, s'il n'avait eu accès auprès de cette reine que la veille de son exécution, et lorsque j'ai reçu l'ordre de l'envoyer chercher, j'ai pris cet ordre pour une assurance que le temps de l'exécution était proche '. »
En lisant la lettre si noble et si pathétique de Marie Stuart, Elisabeth eut des pleurs de commande. « On a reçu, écrivait Leicester à Walsingham, une lettre de la reine d'Ecosse qui a arraché des larmes, mais j'espère que cela ne changera rien ; un retard serait trop dangereux ^. » Peu de jours avant de recevoir cette lettre, Elisabeth avait « trouvé mauvais que les lettres originales interceptées (sans doute celles de Marie à Babington) ne lui eussent pas été envoyées, ainsi qu'un extrait que Phelipps avait promis ^ » . Peut-être avait-elle un doute sur la culpabilité
1 Paulet a Davison, deuxième lettre du 21 décembre 1586, publiée depuis peu, pour la première fois, par M. John Morris, dans son llecueil : Jlie LeUer-Books of Amias Poulet, p. 339 et suiv-
- Leicester à Walsingham, dans Ellis, t. III.
3 Walsingham à Phelipps, 18 décembre 1586, The Letter Books of Amias Poulet, etc., p. 345.
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de Marie Stuart; elle voulait voir, lire de ses propres yeux, non par esprit de justice, mais par curiosité. Ses ministres se gardèrent bien de jamais la satisfaire sur ce point essentiel. Comme la soif de se venger et d'en finir dominait en elle tout autre sentiment, elle laissa sans réponse la lettre de Marie. Tout en méditant par quels moyens elle pourrait faire peser sur la tète seule de ses ministres la responsabilité du meurtre , à leurs instances les plus pressantes, elle opposait un impénétrable silence. En même temps, avec une lenteur calculée, elle interrogeait l'horizon pour se rendre compte de ce qu'elle pouvait craindre de la colère des rois ou espérer de leur inertie.
Loin d'être pénétrée de reconnaissance pour Walsingham qui. par la découverte du complot, l'avait préservée du plus grand danger qu'elle eût peut-être jamais couru, elle ne lui pardonnait pas de l'avoir réduite à signer d'un moment à l'autre un tel ordre d'exécution à mort. Que n'avait-il pris sur lui de la délivrer de cette horrible nécessité! Walsingham venait d'être ruiné de fond en comble pour s'être imprudemment engagé à payer les dettes de l'attorney, sir Philippe Sidney, un de ses amis. C'est au service de l'Etat que ces dettes avaient été contractées. Etait-il équitable qu'elles fussent laissées à la charge de l'homme qui avait sauvé Elisabeth du poignard et l'Angleterre de l'invasion? Burghley, en se faisant l'avocat de son confrère, avait à plaider aussi sa propre cause. Il représenta vivement à Elisabeth qvi'elle devait la vie à la vigilance de Walsingham et que « ce serait un grand déshonneui pour elle de souffrir qu'il fût ruiné ' » . Elle parut l'écouter d'une oreille favorable, mais elle refusa de se prononcer sur-lechamp. Sur ces entrefaites, et l'on ne sait pour quel motif, Leicester éleva quelques objections contre le projet d'indemniser Walsingham , et la reine les trouva tellement d'accord
1 Walsingham à Leicester, 5 novembre 1586; Wricht's Elisabeth, vol. II.