‹ Marie StuartChapitre 164 sur 231 · CHAPITRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIEME

une réponse dans quatre jours '. A l'expiration de ce nouveau de'lai , l'audience fut encore ajournée^. Ce fut sur ces entrefaites qu'afin de prouver aux ambassadeurs de Henri III que sa résolution était immuable, elle fit publier à son de trompe par tout son royaume la sentence de mort prononcée contre Marie Stuart.

Bien que sans espoir de réussir dans leur mission, Bellièvre et Châteauneuf, résolus à ne rien négliger pour accomplir leur devoir jusqu'à la dernière extrémité, écrivirent conjointement à la reine d'Angleterre pour lui demander que la vie de la reine d'Ecosse fût épargnée % ou que, du moins, il fût sursis à son exécution jusqu'au moment où ils auraient reçu une réponse du roi leur maître. Après quelques nouveaux délais , Elisabeth leur accorda douze jours *. Ils dépêchèrent aussitôt un courrier à Henri III , qui, sur-le-champ, leur envoya de nouvelles instructions. La fête de Noël fut encore un prétexte pour retarder de quatre ou cinq jovirs l'audience promise. Bellièvre comprenait l'extrême gravité de la situation et avait perdu tout espoir : « Pour vous dire , en un mot, ce que j'en pense, écrivait-il à Brulapt, le secrétaire d'Etat des affaires étrangères de France, je n'attends que tout mal aux affaires de la reine d'Ecosse, tant cette princesse (Elisabeth) se déclare ulcérée contre elle; et chacun, pour lui faire plaisir, crie haro \ » Lorsqu'il fut en présence de la reine , qui se trouvait

1 Lettre de M. de Bellièvre à M. Brulart, 13 décembre 1586, Teulet, t, IV, p. 130. Burghley et Walsinghaoi entretinrent à part les ambassadeurs, pour essayer de les convaincre que l'exécution était absolument nécessaire.

2 Ibidem.

•* Avis pour M. de Villeroj, Teulet, t. IV, p. 142.

^ Ibidem, p. 137.

^ On avait espéré d'abord, à l'ambassade française, que la vie de Marie Stuart serait épargnée. Le secrétaire de Brulart, qui avait accompagné Bellièvre à Londres, rapporta cet espoir à Paris. Il annonça que l'intercession de Henri lll avait réellement prévalu, La reine d'Ecosse, disait-il, serait conduite à la Tour, où elle serait gardée comme une religieuse carmélite,

alors à Greenwich, Bellièvre tint à peu près le même langage que dans sa première harangue ; mais lorsque, vers la fin, il eut dit que, si elle ne tenait compte des prières de son maître , il avait ordre de lui déclarer de sa part qu'il s'en ressentirait, non-seulement comme d'une atteinte portée à l'intérêt commun de tous les rois, mais comme d'une offense personnelle, Elisabeth, qui jusque-là semblait l'avoir écouté avec patience, s'écria d'un ton colère : « Monsieur de Bellièvre, avez-vous charge du roi , mon frère, de me tenir tel langage? — Oui , madame, répliqua-t-il , j'en ai très-exprès commandement de Sa Majesté. — Avez-vous ce pouvoir signé de sa main? — Oui, madame, le roi , mon maître , m'a expressément recommandé par lettres, signées de sa propre main, de vous faire ces remontrances. — Je vous en demande autant signé de la vôtre, s'écria Elisabeth, dont les yeux lançaient des éclairs'. Le roi votre maître , poursuivit-elle , a protégé Morgan et Charles Paget au lieu de me les livrer pour qu'ils soient punis de leurs crimes. Quant à la reine d'Ecosse , c'est en vain que j'ai cherché les moyens de lui sauver la vie , sans exposer la mienne ; et je ne pense pas , d'ailleurs , que votre maître soit désireux de voir souffrir l'innocent tandis que le coupable vivrait en repos et en sécurité*. » Bellièvre ne put rien obtenir d'elle. Elle lui annonça seulement qu'elle allait envoyer à Henri III un ambassadeur pour lui faire connaître ses résolutions ^ Et, sur-le-champ, elle écrivit à ce faible prince une lettre aussi

servie par deux femmes seulement, et séparée à tout jamais du monde par une grille. Burghley avait écrit quelque cliose dans ce sens à Staftord, et Mendoza, se fondant sur ce que lui en avait dit l'ambassadeur anglais, écrivait à Philippe II : « La reine d'Angleterre désire qu'elle vive, et le roi de France et sa mère souhaitent qu'elle soit gardée étroitement en prison. » Froude s History of England, t. XII.

* Avis pour M. de Villcroy, etc., Teulet, t. IV, p. 137.

2 Life of Egerton, p. 91; Hosack, l. II, p. 444.

3 Avis pour M. de Villeroy, etc., Teulet, t. IV.

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