‹ Marie StuartChapitre 165 sur 231 · CHAPITRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIEME

hautaine qu'audacieuse pour lui montrer le peu de cas qu'elle faisait de ses menaces : «M. de Bellièvre, lui disait-elle, m'a fait entendre un langage que je ne puis trop bien interpréter; car pour vous ressentir que je me sauve la vie me semble une menace d'ennemi qui, je vous le promets, ne me fera jamais craindre , mais c'est le plus court chemin pour dépêcher la cause de tant de malheurs... Laissez-moi entendre, je vous prie, en quels termes je prendrai ces mots; car je ne vivrai heure que prince quelconque puisse se vanter de tant d'humilité de ma part que je boive à mon déshonneur un tel trait... Je ne suis née de si bas ni gouverne si petits royaumes que, en droit et honneur, je céderai à prince vivant qui m'injuriera, et ne doute, par la grâce de Dieu, que je ne fasse ma partie assez forte pour me conserver ' . »

Le jour même du départ de Bellièvre, le gouvernement anglais, afin de paralyser les efforts de Ghâteauneuf en faveur de Marie Stuart , et de soulever contre elle les fureurs de la multitude, prépara le simulacre d'une nouvelle conspiration contre la vie d'Ehsabeth, et fit courir le bruit que l'ambassadeur de France y avait prêté les mains. Stafford, frère de l'ambassadeur anglais à Paris , agent servile et secret de Walsingham , vint trouver Destrappes, l'un des secrétaires de Ghâteauneuf, et lui dit, comme en grande confidence, qu'il y avait dans une prison de Londres un détenu povir dettes qui avait le plus grand désir de communiquer à l'ambassadeur de France des choses importantes pour Henri III et la reine d'Ecosse. Ghâteauneuf, qu'il n'était pas difficile de prendre pour dupe , et qui ne voulait rien négliger, permit à son secrétaire d'aller avec Stafford visiter le prisonnier. Gelui-ci , qui avait appris son rôle, offrit, moyennant cent écus pour payei'ses dettes, de sauver Marie Stuart en assassinant Elisabeth. Destrappes ne donna pas dans ce piège grossier et courut prévenir Ghâteau-

' Egerton et Raumer, cités par J. Gauïiiier.

neuf, qui, dans son indignation, chassa Stafford de son hôtel. Aussitôt , Walsingham , pour cacher son jeu , fit arrêter Stafford; et comme Deslrappes, mal conseillé par Châteauneuf, qui avait pris peur , avait tenté de se sauver en France , on s'empara de lui au moment oii il allait s'embarquer à Douvres, et on le conduisit à la Tour, où il fut interrogé par le Conseil de la reine. Cette malencontreuse tentative de fuite donnait un air de vraisemblance à la prétendue conspiration. Alors les mêmes hommes qui avaient altéré les pièces de la procédure d e Fotheringay semèrent dans Londres de prétendues réponses de Destrappes, toutes contraires à celles qu'il avait faites '. Deux jours après, Châteauneuf fut mandé devant le Conseil, et là, mis en présence de Stafford, celui-ci eut l'impudence de soutenir que l'ambassadeur avait traité avec le prisonnier pour faire assassiner Elisabeth. Châteauneuf, indigné, n'eut pas de peine à prouver la fausseté d'une telle accusation; mais on feignit de croire tout le contraire. Elisabeth envoya même un ambassadeur à Henri III pour accuser le débonnaire Châteauneuf d'avoir pris part à un complot contre sa vie. Henri III , qui ne doutait pas, suivant ses propres expressions, «que le fait de Destrappes ne fût une farce pour donner plus de couleur à ce qu'on méditait contre la reine d'Ecosse » , refusa de donner audience à cet envoyé et ferma ses ports aux navires anglais^. Dès lors toutes relations officielles furent suspendues

1 K Et avaient, ces beaux conseillers d'Angleterre, forgé, falsifié et composé toutes telles écritures qu'ils avaient voulu, sur ce fait par eux inventé et projeté; car il faut noter que jamais ils ne produisent les pièces, même originaux, des procédures, signées des parties, mais seulement des copies, es quelles ils ajoutent et diminuent ce qu'il leur plaît et leur sert en leurs inventions ordinaires. » (Avis /'our M. de Villeroy (rédigé par un attaché à l'ambassade de Bellièvre), dans Teulet, t. IV, p. 147.) C'était, comme on le voit, la manière ordinaire de procéder des Anglais dans les procès politiques. Mane Stuart fut victime de machinations de ce genre.

- Voir, dans Teclet, t. IV, les diverses dépêches à cette date; Hosack, t. II, p. 445 et 446.

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