CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
manger de cette dame, et ont accès auprès de leur maîtresse comme ils veulent, car ils sont hors de vue des soldats. J'ai permis cela pour éviter qu'ils prennent leurs repas dans le vestibule avec mes serviteurs et mes soldats et parce que je n'ai pas d'autre chambre pour les réunir. Quoique plusieurs d'entre eux ne puissent être éloignés, comme. je le voudrais pour ma tranquillité, j'ai jugé convenable de vous envoyer ci-incluse une note de leurs noms et fonctions. — Vous m'écrivez que Sa Majesté désirerait que je me rendisse plus souvent auprès de cette dame pour provoquer sa colère afin de la faire parler ex abundantia cordis. Je l'ai fait dans le temps où ma santé était bonne, et vous m'excuserez si je n'ai pas continué. Depuis quatorze jours j'ai beaucoup souffert de la goutte, et je n'ai pas quitté le lit où je suis encore, non sans peine, et n'espère pas être guéri avant plusieurs jours. Ce sont les fruits de mon long séjour à Chartley, environné d'eaux malsaines et corrompues qui ont augmenté mon mal de telle sorte que je m'en sentirai pour le reste de mes jours. — J'ai demandé à sir Drue Drury de me remplacer, mais il m'a prié de l'excuser, alléguant bien des raisons pour sa défense, et surtout qu'il est étranger à tous ces stratagèmes et qu'étant fort peu au courant de nos rapports anciens, il pourrait mal réussir. Il espère que votre amitié l'excusera jusqu'à ce que Dieu me rende la santé, et si derechef on le croit bon pour ce service, il essayera de se conformer aux. instructions de Sa Majesté. Je ne saurais vous exprimer toute ma reconnaissance envers Sa Majesté pour m'avoir envoyé cet honnête gentilhomme dont la compagnie m'a été d'un grand soulagement dans ma dernière maladie. Il a porté tout le poids du service de Sa Majesté, pendant ce temps-là, avec courage et fermeté. — J'espère que les perverses conspirations récemment découvertes feront ouvrir les yeux à Sa Majesté et la porteront enfin à prendre soin de l'Eglise de Dieu, d'elle-même et de son royaume Qui pourrait être assez dépourvu de raison et assez insoucieux de son
devoir pour ne pas gémir de cet effrayant délai ! Nous pouvons craindre de voir se réaliser le vieux proverbe : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse , surtout quand nous tentons Dieu par notre trop grande sécurité. Vous autres qui environnez Sa Majesté, faites tous vos efforts pour prévenir ces dangers par vos actes, et moi, pauvre infirme, je vous assisterai de mes prières, ce à quoi sir Drury, mon compagnon de joug , dit : amen ' . »
Le lendemain du jour où Paulet écrivait cette lettre dans laquelle il donnait un libre cours à son cruel fanatisme, Marie envoyait auprès de lui son médecin pour lui adresser les plus vives plaintes sur les odieux traitements qu'on lui faisait subir (22 janvier). « N'était-ce pas sur l'invitation même de lord Buckurst, dit Bourgoing à Paulet , que, pour se préparer à la mort, ma maîtresse avait écrit à la reine d'Angleterre? Cette lettre ne contenait rien qui pût nuire ni à l'Etat , ni à la personne de la reine, et sir Amyas lui-même s'était formellement engagé à la faire parvenir en mains sûres. Ce n'était pas pour obtenir sa grâce que la reine d'Ecosse avait écrit cette lettre, loin de là, car elle était «toujours prête et joyeuse de répandre « son sang « pour la cause de Dieu et de l'Eglise. Elle n'avait d'autre intention que d'être autorisée à faire son testament, à ordonner de ses funérailles, toutes choses qui ne pouvaient causer le moindre préjudice à personne au monde , et pourtant elle n'a reçu aucune réponse. Pourquoi cet inexplicable silence? Sir Amyas avait-il ou non reçu défense de faire parvenir à la reine d'Angleterre une nouvelle lettre de la reine d'Ecosse? »
Interpellé si vivement, Paulet donna l'assurance à Bourgoing qu'il avait fait tenir fidèlement à la reine Elisabeth la dernière lettre qui lui avait été confiée, mais qu'il n'avait reçu d'elle aucune réponse pour sa prisonnière, ajoutant d'un ton
1 Paulet a Davison, 21 janvier 1587 (n. s.); The Lelter-Books of Amiâs Poulet, etc., p. 348 à 3îi2.